Quand le loyer et les courses pèsent plus lourd, un étudiant sur deux doit travailler pour tenir ses études
Face à la hausse du coût de la vie, le travail salarié s’impose à une majorité d’étudiants. Selon la Dares, 52 % d’entre eux occupent au moins un emploi sans lien avec leurs études.

Comment payer un loyer, les courses et les frais d’inscription quand on est encore en train d’étudier ? Pour beaucoup d’étudiants, la réponse tient en un mot : travailler. Et ce travail n’a rien d’exceptionnel. Il est devenu une pièce du budget étudiant.
Un réflexe de plus en plus courant pour boucler le mois
La Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), rattachée au ministère du Travail, a publié en 2024 une nouvelle étude sur le sujet. Elle porte sur l’année universitaire 2022-2023 et sur un champ précis : les étudiants inscrits dans un cursus sans parcours professionnel intégré, soit 2,1 millions de personnes. Résultat : 52 % d’entre eux exercent au moins un emploi salarié sans lien avec leurs études.
Le chiffre est fort. Surtout parce qu’il ne parle pas de stages, d’alternance ou d’internat. Il désigne des jobs à part : caissier, vendeur, serveur, employé de l’administration, manutentionnaire. Bref, des emplois alimentaires, souvent pris pour tenir financièrement plutôt que pour accélérer un parcours.
Cette pression financière n’apparaît pas dans un vide. L’UNEF a encore dénoncé à la rentrée 2024 la hausse du coût de la vie étudiante. Dans un contexte d’inflation encore sensible, le loyer, les transports, l’alimentation et les frais liés aux études pèsent lourd sur des budgets déjà serrés.
Qui travaille, quand et dans quels secteurs ?
L’étude de la Dares dessine un profil assez net. Les jobs étudiants sont plus fréquents chez les plus jeunes : 60 % à 19 ans, puis la proportion recule à mesure que les débouchés en lien avec le cursus se multiplient, jusqu’à 35 % pour les 30 ans et plus. Elle est aussi un peu plus élevée chez les femmes que chez les hommes, avec 54 % contre 50 %.
Le niveau d’études compte également. En premier cycle, la part des étudiants en emploi salarié dans l’année atteint 58 % en licence, STS ou CPGE. Elle tombe à 41 % en master ou équivalent. La Dares avance une explication simple : au niveau master, les stages rémunérés sont plus fréquents, donc une partie du travail étudiant est déjà intégrée au cursus.
Le salariat étudiant prend souvent la forme d’une succession de contrats courts. Deux tiers des étudiants concernés signent au moins un CDD sur l’année universitaire. Plus de la moitié enchaînent au moins deux contrats. Le CDI n’est pas absent pour autant : 28 % occupent un emploi en contrat à durée indéterminée à un moment de l’année.
Le commerce arrive en tête, avec 30 % des étudiants concernés, souvent comme vendeurs, caissiers ou manutentionnaires. Viennent ensuite le secteur non marchand, à 29 %, puis l’hébergement-restauration, à 26 %. Ces chiffres disent beaucoup du marché du travail étudiant : il repose surtout sur des secteurs où les horaires sont fractionnés, les remplacements fréquents et les besoins de main-d’œuvre permanents.
Le job d’été reste la porte d’entrée la plus visible
Sur l’ensemble de l’année, l’été reste la période la plus propice pour travailler. Dans l’étude de la Dares, un job d’été est défini comme un contrat qui commence entre le 1er juin et le 30 août 2023, et qui se termine avant le 30 septembre 2023. Avec cette définition, 59 % des étudiants travailleurs ont au moins un job d’été. Parmi eux, 29 % ne travaillent qu’en été. La proportion grimpe à 40 % chez les 18 ans ou moins.
Ce point est important. L’été offre ce que l’année universitaire refuse souvent : du temps disponible. Les étudiants qui ne peuvent pas tenir un poste régulier pendant les cours se rabattent sur une séquence courte, mais intense, pour accumuler quelques semaines de salaire. Pour les employeurs, c’est aussi la saison des besoins urgents, dans la restauration, le commerce, les loisirs, l’agriculture ou la logistique. Les intérêts convergent, mais pour des raisons différentes.
Il faut aussi rappeler que travailler pendant ses études ne produit pas les mêmes effets pour tout le monde. Pour certains, le job étudiant sert à gagner en autonomie, à financer un logement ou à acquérir une première expérience. Pour d’autres, il sert surtout à éviter de décrocher financièrement. La même statistique recouvre donc des réalités très différentes : une contrainte subie pour les uns, un appoint choisi pour les autres.
Une dépendance qui recompose les études
Le problème n’est pas seulement budgétaire. Il est aussi temporel. Plus un étudiant travaille, moins il lui reste de temps pour suivre les cours, préparer les examens, rendre les dossiers ou s’investir dans la vie du campus. Le gain immédiat en revenus peut donc se payer en fatigue, en retards et parfois en décrochage. Ce mécanisme touche plus durement les étudiants les moins favorisés, ceux qui ne disposent ni d’un soutien familial suffisant ni d’un logement abordable.
Les premiers bénéficiaires du système actuel sont les secteurs qui recrutent beaucoup à temps partiel et à bas coût, surtout dans le commerce et la restauration. Les étudiants, eux, gagnent un revenu mais acceptent souvent des horaires décalés, des contrats courts et une forte instabilité. Les universités et les pouvoirs publics, enfin, y voient parfois une forme d’autonomie ou d’insertion. Mais cette lecture masque une réalité plus rude : le salariat étudiant reste souvent la conséquence d’un budget trop fragile.
Cette tension n’est pas nouvelle. Les travaux antérieurs de la Dares montraient déjà qu’une part importante des étudiants actifs occupait un emploi sans lien avec les études, tandis que d’autres combinaient cours et activité rémunérée intégrée au cursus. La nouveauté, ici, tient moins à l’existence du phénomène qu’à sa visibilité : le job étudiant n’apparaît plus comme un complément, mais comme une béquille devenue courante.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La suite dépendra de deux choses. D’un côté, l’évolution du coût de la vie étudiante à la prochaine rentrée. De l’autre, la capacité des politiques publiques à réduire le besoin de travailler pour simplement tenir son budget. Entre aides au logement, bourses, emploi étudiant et qualité des formations, le débat reste ouvert. Mais une chose est claire : tant que les dépenses fixes resteront aussi lourdes, le job étudiant continuera d’être moins un choix qu’un passage obligé.



