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ÉCONOMIE

Après Macron, la France devra prouver que son attractivité économique repose sur plus qu’un sommet à Versailles

Choose France a fait de Versailles la vitrine de la politique d’attractivité d’Emmanuel Macron. Mais après 2027, le prochain président devra décider s’il conserve ce format ou s’il le remplace par un outil plus exigeant sur l’emploi et l’industrie.

Couloir clair d’un régulateur français avec porte ouverte sur une salle d’audition vide

Après Macron, qui portera encore le sommet Choose France ?

Pour les entreprises étrangères, la vraie question n’est pas seulement de savoir si la France reste attractive. C’est aussi de savoir si le prochain président gardera le même cap, la même méthode et la même mise en scène du pouvoir économique. Le sommet Choose France, né en 2018, est devenu l’un des symboles les plus visibles du macronisme. Mais son avenir dépend d’un choix politique simple : prolonger cette vitrine, ou la remplacer par autre chose.

Ce doute n’est pas anodin. Le 1er juin 2026, l’Élysée a organisé la 9e édition de Choose France à Versailles. L’exécutif y a rappelé que le sommet avait permis, depuis 2018, plus de 230 décisions d’investissements et près de 87 milliards d’euros investis sur le territoire. Cette année encore, plus de 200 chefs d’entreprise étrangers ont été conviés. Le message est clair : la France veut continuer à se vendre comme une place forte de l’industrie, du numérique et de l’énergie décarbonée.

Un sommet devenu outil de politique économique

Choose France n’est pas un simple rendez-vous de communication. C’est un instrument de diplomatie économique. Le format rassemble des dirigeants, des ministres et le chef de l’État pour accélérer des projets d’implantation, d’extension ou de relocalisation. L’Élysée et France Diplomatie défendent la même idée : la rencontre directe avec le président lève des blocages, rassure les investisseurs et met la France en scène comme un pays stable, industrialisable et prêt à accueillir des projets lourds.

En 2026, l’accent est mis sur l’intelligence artificielle, les infrastructures numériques, l’énergie décarbonée, les semi-conducteurs et le spatial. Le gouvernement veut montrer que ces domaines ne relèvent pas seulement du discours. Ils se traduisent, dit-il, par des usines, des laboratoires, des centres de données et des emplois dans les territoires. C’est l’argument central du sommet : faire de l’attractivité un moteur concret de réindustrialisation.

Cette stratégie bénéficie d’abord aux grands groupes et aux territoires capables d’absorber les gros projets. Une nouvelle usine, un data center ou un centre de R&D peut créer des emplois directs, mais aussi tirer des sous-traitants, du foncier, des travaux publics et des services locaux. Les régions bien connectées, bien équipées et déjà industrialisées partent avec un avantage. Les petites villes ou les bassins fragiles, eux, espèrent des retombées plus lentes et plus incertaines.

Des résultats réels, mais un bilan contesté

Le bilan mis en avant par l’exécutif est solide sur le papier. Business France indique que la France a attiré 852 projets d’investissement étranger en 2025 et qu’elle reste, pour la 7e année consécutive, la première destination européenne pour les investissements internationaux. France Diplomatie souligne aussi que la France est première en Europe pour les investissements industriels, avec 354 projets industriels identifiés en 2025. L’argument officiel est donc simple : malgré un contexte mondial tendu, la France continue de capter des capitaux.

Mais la médaille a son revers. EY relève aussi une baisse de 17 % du nombre de projets en France en 2025, dans un marché européen globalement en recul de 7 %. Le nombre d’emplois créés ou maintenus en France a mieux résisté, mais il a tout de même diminué. Autrement dit, la France reste en tête, mais dans un environnement moins dynamique qu’avant. Elle tient son rang, sans forcément accélérer.

Les chiffres de la Banque de France apportent un autre éclairage. Fin 2024, le stock d’investissements directs étrangers en France atteignait 931 milliards d’euros, contre 1 499 milliards d’euros pour les investissements français à l’étranger. La France attire donc bien des capitaux, mais elle en exporte encore davantage. Le pays n’est pas un simple réceptacle passif. Il reste aussi un investisseur majeur hors de ses frontières.

Le monde industriel, lui, ne lit pas le sommet avec le même enthousiasme. En janvier 2025, l’Insee signalait déjà que les industriels étaient nettement plus pessimistes sur leurs investissements à venir. Et la Banque de France a montré que les flux d’investissements directs étrangers en France ne disent pas tout : ils peuvent viser des entreprises robustes, mais aussi des acteurs fragiles, parfois au moment où leur situation se dégrade. L’attractivité ne protège donc ni des fermetures, ni des restructurations.

Ce que disent les critiques

La critique la plus nette vient des syndicats, en particulier de la CGT. Pour elle, Choose France relève davantage de la vitrine que de la politique industrielle. Le syndicat reproche au pouvoir d’additionner les annonces sans changer de paradigme, de distribuer des aides publiques sans assez de conditions et de laisser se poursuivre les fermetures de sites. La CGT insiste aussi sur un point sensible : des investissements peuvent créer de l’activité sans garantir des emplois stables ni des relocalisations durables.

Cette critique trouve un écho chez certains économistes et dans une partie du débat public. Le sommet valorise les grands projets visibles, mais il dit moins sur le tissu productif ordinaire : PME, sous-traitants, salaires, formation, coût du foncier, accès à l’énergie, délais administratifs. C’est pourtant là que se joue l’essentiel de l’effet réel sur l’emploi. Un méga-projet peut faire une annonce forte. Il ne remplace pas, à lui seul, une base industrielle large et durable.

Le gouvernement, lui, défend une lecture opposée. Il affirme que les réformes menées depuis 2017, la fiscalité jugée plus compétitive, les simplifications réglementaires et le poids de l’énergie décarbonée expliquent la bonne tenue de la France. Le sommet sert alors de preuve politique : la stratégie de l’offre aurait porté ses fruits. Les investisseurs y voient de la stabilité. Les opposants y voient surtout une politique très favorable aux grands acteurs.

Après 2027, deux scénarios se dessinent

Le premier scénario est celui de la continuité. Le prochain président pourrait conserver Choose France, car le format est devenu utile, lisible et internationalement reconnu. Il offre une scène, des annonces, des contacts et un signal envoyé aux marchés. Sa suppression pure et simple serait perçue comme une rupture. Elle obligerait l’État à inventer un autre outil pour parler aux investisseurs étrangers.

Le second scénario est celui de la réorientation. Le sommet pourrait survivre, mais avec un autre contenu : plus de contreparties, davantage de contrôle des aides, un suivi plus serré des emplois promis, ou un accent plus fort sur les PME et les sous-traitants. Ce serait une façon de garder l’outil tout en répondant à la critique sur le manque d’effets durables. Dans cette hypothèse, les grands groupes resteraient gagnants, mais l’État chercherait à mieux distribuer les bénéfices.

À l’inverse, un changement politique plus net pourrait réduire le rôle personnel du président dans la diplomatie économique. Le sommet perdrait alors son caractère quasi présidentiel. Il deviendrait peut-être un salon plus technique, moins spectaculaire, mais potentiellement plus exigeant sur les résultats. Pour les investisseurs, cela compterait. Pour les territoires, aussi. Car la vraie question n’est pas seulement de savoir si la France attire. C’est de savoir qui profite des investissements, où ils s’installent, et combien de temps ils durent.

Ce qu’il faudra surveiller

Dans les prochains mois, il faudra suivre un point précis : la transformation du sommet en routine institutionnelle ou sa remise en cause par la campagne présidentielle qui s’ouvre déjà en arrière-plan. Les annonces de 2026 donneront la mesure de la force du format. Mais le vrai test viendra après 2027. C’est à ce moment-là que l’on saura si Choose France était seulement le label d’un président, ou un outil durable de la politique économique française.

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