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MUNICIPALITéS

Mort d’André Santini : Issy-les-Moulineaux perd l’homme qui a façonné la ville pendant plus de quarante ans

Maire d’Issy-les-Moulineaux depuis 1980, André Santini est mort à 85 ans, deux mois après sa réélection. Sa disparition ouvre une page incertaine pour la ville.

Portrait d’un élu local anonyme dans un couloir lumineux de mairie, dossier à la main, ambiance de succession municipale.

Une ville perd son maire, et avec lui une part de son histoire récente

Pour beaucoup d’Isséens, la question est simple : qui tiendra la barre après plus de quarante ans d’une même main ? André Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux depuis 1980, est mort ce lundi 1er juin à l’âge de 85 ans. Sa disparition clôt une séquence politique rare en France, tant par sa durée que par son empreinte locale.

La nouvelle intervient moins de trois mois après sa réélection, le 22 mars 2026, pour un huitième mandat. Au second tour, sa liste a recueilli 47,93 % des suffrages exprimés, devant la gauche à 29,36 % et une liste divers droite à 22,72 %. Le scrutin a mobilisé 53,71 % des inscrits, dans une ville de 46 084 électeurs inscrits.

Un règne municipal bâti sur la durée, les projets et le rapport de force local

André Santini n’était pas seulement un maire. Il incarnait une manière de gouverner la ville : sur le temps long, avec un appareil municipal solide, une présence constante et une communication très maîtrisée. À Issy-les-Moulineaux, il a occupé le fauteuil de maire sans interruption depuis 1980. Cette longévité a façonné les équilibres locaux, mais elle a aussi réduit l’espace politique pour ses adversaires.

Sous ses mandats successifs, la commune a attiré de nombreux sièges d’entreprises internationales, parmi lesquelles Coca-Cola ou Microsoft. Ce positionnement a servi l’image d’une ville attractive, insérée dans la métropole parisienne et tournée vers les activités tertiaires. En retour, cette stratégie a aussi nourri des attentes fortes sur l’emploi, les services publics et la qualité de vie dans une commune où la médiane du niveau de vie était de 33 650 euros en 2021, selon la page des résultats municipaux.

L’enjeu concret est là : quand une ville concentre des sièges d’entreprises, elle capte des ressources et de l’image, mais elle doit aussi absorber les effets de la densification, des mobilités et de la pression immobilière. Les grands gagnants sont les entreprises, la commune et, souvent, les classes moyennes supérieures qui profitent d’un cadre urbain bien doté. Les perdants potentiels sont les habitants exposés à la hausse des prix, à la tension sur le logement ou à une ville perçue comme trop verrouillée politiquement.

Une fin de mandat marquée par la santé, puis par une affaire judiciaire

Les derniers mois de Santini avaient déjà pris une tournure particulière. Hospitalisé pendant plusieurs mois après une chute, il avait mené campagne depuis l’hôpital avant d’être réélu. Cette campagne à distance a illustré à quel point la personnalité comptait encore plus que la mécanique partisane dans cette ville.

Mais le bilan local ne se résume pas aux succès électoraux ni aux projets urbains. L’élu était visé par une information judiciaire pour harcèlement et agression sexuelle. Deux anciens collaborateurs l’accusaient de faits s’étendant jusqu’en mai 2022. En avril 2026, la cour administrative d’appel a considéré que des enregistrements produits par les plaignants laissaient présumer une emprise et du harcèlement à connotation sexuelle.

Ce point change la lecture de sa fin de carrière. D’un côté, ses soutiens ont retenu l’image du bâtisseur et du maire de longue haleine. De l’autre, ses accusateurs et leurs avocats ont obtenu une première reconnaissance judiciaire de leurs soupçons. Pour les personnes concernées, l’enjeu dépasse la politique : il touche au travail en mairie, au rapport hiérarchique et à la capacité des agents à se protéger face à un élu très installé.

Des hommages appuyés, mais une mémoire politique qui restera disputée

À l’annonce de sa mort, les réactions ont salué un personnage central de la vie politique francilienne. La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a parlé d’une « grande tristesse » et d’un homme qui avait transformé Issy-les-Moulineaux. L’UDI a, de son côté, rendu hommage à l’un de ses fondateurs. Yaël Braun-Pivet a salué une figure qui avait, selon elle, consacré sa vie au service de la commune.

Mais une autre voix s’est aussi fait entendre. La section socialiste locale a rappelé que la ville s’était transformée sous ses mandats, tout en soulignant que ces choix avaient continué de susciter débats et analyses. C’est un point important : un long pouvoir local produit rarement une lecture unique. Il laisse des équipements, des réseaux, des habitudes de gouvernance. Il laisse aussi des contestations, des frustrations et un débat démocratique parfois étouffé par l’ancienneté du maire sortant.

Cette dualité explique la tonalité des jours qui viennent. Les soutiens de Santini insisteront sur le développement de la ville, sa visibilité économique et sa stabilité administrative. Ses critiques rappelleront la concentration du pouvoir, la personnalisation du mandat et les accusations qui ont pesé sur sa fin de parcours. Les deux lectures coexisteront, parce qu’elles renvoient à des intérêts différents : l’efficacité municipale pour les uns, l’exigence démocratique et éthique pour les autres.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Le premier sujet est la succession. À Issy-les-Moulineaux, la disparition du maire ouvre une période d’incertitude politique qu’une ville aussi structurée ne peut pas longtemps laisser en suspens. Le second sujet est judiciaire : l’information ouverte autour des accusations devra suivre son cours, indépendamment des hommages publics. Enfin, il faudra observer si l’équipe municipale parvient à maintenir la continuité de gestion sans l’homme qui, pendant plus de quarante ans, a personnifié la mairie.

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