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Cadmium dans l’alimentation : le Parlement veut serrer les vis, mais l’agriculture redoute la facture

L’Assemblée nationale a adopté un texte pour réduire l’exposition au cadmium via les engrais phosphatés. Le débat oppose protection de la santé publique et crainte d’un surcoût pour les agriculteurs.

Réunion européenne sobre avec dossiers et petites drapeaux de table, vue de dos en salle institutionnelle claire.

Un métal invisible, mais bien réel dans l’assiette

Pour beaucoup de Français, le cadmium ne dit pas grand-chose. Pourtant, ce métal lourd se retrouve dans les sols, puis dans certains aliments du quotidien. C’est précisément ce chemin-là que l’Assemblée nationale veut couper plus tôt et plus franchement. L’enjeu est simple : réduire une exposition sanitaire diffuse, sans attendre qu’elle se voie dans les chiffres de demain.

Le sujet revient à un moment où les alertes sanitaires se multiplient sur les contaminations alimentaires. L’Anses rappelle que le cadmium doit être traité à la source, notamment du côté des matières fertilisantes, parce qu’elles contribuent à l’augmentation des teneurs dans les sols et, à terme, dans les aliments. L’agence a aussi classé le cadmium parmi les substances pour lesquelles une baisse de l’exposition est nécessaire.

Mercredi 3 juin, les députés ont donc adopté en première lecture une proposition de loi écologiste visant à limiter l’exposition de la population au cadmium. Le texte a été adopté par 144 voix contre 22. Il prévoit une baisse plus rapide des seuils autorisés dans les engrais phosphatés, ces produits utilisés pour fertiliser les cultures mais aussi pointés comme une source d’accumulation du métal dans les sols agricoles.

Le texte va plus loin que la règle européenne actuelle pour les fertilisants portant le marquage CE. Le règlement européen fixe déjà un plafond de 60 mg de cadmium par kilogramme d’anhydride phosphorique pour certains engrais phosphatés. Mais les engrais non marqués CE restent soumis aux règles nationales. En France, le document parlementaire rappelle qu’une norme technique autorise encore jusqu’à 90 mg/kg pour certains produits, soit un niveau plus élevé que la limite européenne et très supérieur à la recommandation de l’Anses, qui plaide pour 20 mg/kg.

Qui gagne, qui perd, si les seuils baissent ?

Du côté des défenseurs du texte, le raisonnement est sanitaire et agronomique. Moins de cadmium dans les engrais, c’est, à terme, moins de cadmium dans les sols, donc potentiellement moins dans le pain, les légumes, les pommes de terre et les autres aliments qui y poussent. L’Anses indique que l’alimentation est la principale voie d’exposition, et que certaines populations dépassent déjà les repères de sécurité. Les bénéficiaires attendus sont donc les consommateurs, mais aussi les agriculteurs et les filières qui veulent limiter une pollution persistante.

Mais la baisse des seuils n’a pas les mêmes effets pour tout le monde. Le gouvernement, lui, défendait une trajectoire moins rapide en invoquant un risque pour la compétitivité de l’agriculture française. C’est un point central : si les engrais moins chargés en cadmium sont plus coûteux ou plus difficiles à sourcer, la facture peut remonter pour les exploitants. Les grandes exploitations ont souvent plus de marge pour absorber ce choc que les petites, surtout dans les secteurs déjà fragilisés par les coûts de production.

Le ministère de l’Agriculture a d’ailleurs publié début mai une mission sur les effets prévisibles d’un abaissement des teneurs en cadmium dans les engrais phosphatés et les boues d’épuration. Le cadrage est clair : il faut concilier protection des consommateurs et préservation de l’économie des filières nationales. Autrement dit, le vrai débat porte moins sur le diagnostic que sur le rythme de la transition et sur son coût.

La proposition de loi a rassemblé l’ensemble de la gauche, mais aussi MoDem, Horizons et Renaissance, même si ces groupes avaient déposé des amendements proposant d’autres trajectoires. À l’inverse, l’extrême droite a voté contre, ainsi qu’une députée LR. Ce clivage dit beaucoup du dossier : il oppose un impératif de santé publique, porté par des scientifiques et des ONG, à une ligne plus prudente sur le calendrier et les conséquences économiques.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Le texte doit désormais passer au Sénat. C’est là que le calendrier devient décisif, car la haute assemblée peut ralentir, modifier ou durcir la proposition. Le précédent de la discussion à l’Assemblée montre déjà que le compromis sera difficile : les députés ont adopté un texte plus ambitieux que celui voulu par le gouvernement, mais sans effacer les inquiétudes sur l’approvisionnement en engrais et sur le coût pour les exploitations.

La suite dépendra donc de deux choses très concrètes. D’abord, la capacité du Parlement à fixer un seuil plus protecteur sans créer de rupture dans les approvisionnements. Ensuite, la publication éventuelle de règles d’application plus précises pour traduire la loi dans les faits. Sur ce dossier, tout se joue dans l’écart entre le principe voté et son exécution réelle dans les champs, les usines d’engrais et les assiettes.

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