Retour des migrants en Europe : Bellamy force Attal et Philippe à dire jusqu’où ils acceptent le durcissement
Le nouveau règlement européen sur les retours durcit la politique migratoire et met la droite française sous pression. François-Xavier Bellamy a soutenu un compromis qui oblige Gabriel Attal et Édouard Philippe à clarifier leur ligne.

Faut-il durcir encore la politique migratoire européenne, quitte à ouvrir des centres de retour hors de l’Union ? Et, surtout, qui assume politiquement ce virage quand il se retrouve porté par la droite classique et l’extrême droite à Bruxelles ?
Un texte européen qui change d’échelle
Le 1er juin 2026, les négociateurs du Conseil et du Parlement européen ont trouvé un accord provisoire sur un nouveau règlement commun sur les retours des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier. Ce texte doit compléter le pacte européen sur la migration et l’asile, dont l’application commence le 12 juin 2026.
En clair, l’Union ne veut plus seulement fixer des règles d’asile et d’enregistrement. Elle veut aussi accélérer les expulsions quand une personne n’a pas le droit de rester. La Commission explique que le taux de retour a atteint 28 % en 2025, son niveau le plus élevé depuis dix ans, mais juge ce résultat encore trop faible.
Le point le plus sensible tient aux « plateformes de retour », parfois appelées « hubs de retour ». Le principe est simple sur le papier : renvoyer certaines personnes vers un pays tiers qui accepte de les accueillir sur la base d’un accord avec un État membre ou avec l’UE. La Commission précise que ces accords devront respecter les standards internationaux des droits humains et le principe de non-refoulement, c’est-à-dire l’interdiction de renvoyer quelqu’un vers un pays où il risque des persécutions.
Pourquoi François-Xavier Bellamy se retrouve au centre du jeu
À Strasbourg, François-Xavier Bellamy a joué un rôle de négociateur pour le Parti populaire européen, le grand groupe de droite du Parlement. Dans le communiqué du Parlement sur l’adoption du texte en commission, ses « propositions de compromis alternatives » sont mentionnées comme ayant été soutenues par les Patriotes pour l’Europe, les Conservateurs et réformistes européens et l’extrême droite d’ESN. Autrement dit, une partie de la droite européenne a accepté de travailler avec des groupes situés plus à droite qu’elle pour faire avancer le dossier.
Le 10 février 2026, Bellamy résumait lui-même la ligne dure qu’il défendait au Parlement : il disait alors avoir « remporté une victoire essentielle pour protéger enfin l’Europe face à l’immigration illégale ». Cette séquence donne une arme politique à ses adversaires français : elle montre qu’un élu LR est au cœur d’un compromis européen dur, obtenu avec l’appui de l’extrême droite.
C’est là que Gabriel Attal et Édouard Philippe se retrouvent sous pression. Le premier dirige le groupe Renaissance à l’Assemblée nationale. Le second incarne une droite de gouvernement qui revendique l’autorité et la fermeté. Tous deux devront, tôt ou tard, dire jusqu’où ils acceptent d’aller sur les retours, la rétention et les accords avec des pays tiers. Le sujet n’est plus abstrait. Il touche à une ligne de campagne potentielle.
Ce que le texte change concrètement
Le futur règlement aligne les États membres sur une logique beaucoup plus coercitive. Le Parlement a retenu un « ordre de retour européen », une reconnaissance mutuelle des décisions d’éloignement dans tout l’espace Schengen, et la possibilité de détenir une personne jusqu’à 24 mois dans certains cas. Les mineurs non accompagnés et les familles peuvent aussi être concernés, mais selon le texte comme mesure de dernier ressort.
Le texte prévoit aussi des interdictions d’entrée longues, voire permanentes si la personne est jugée dangereuse pour la sécurité. En parallèle, il maintient un mécanisme de contrôle indépendant des droits fondamentaux pendant les opérations de retour. C’est la marque du compromis actuel : plus de contrainte, mais aussi des garde-fous écrits noir sur blanc.
Pour les gouvernements, l’enjeu est opérationnel. Le retour ne fonctionne pas sans documents consulaires, sans coopération des pays d’origine, sans places de rétention et sans moyens administratifs. Pour les petits États, la mutualisation européenne peut aider. Pour les grands États d’accueil, elle peut aussi servir de levier politique. Pour les personnes concernées, en revanche, la marge de manœuvre se réduit. Elles seront davantage exposées à la détention, à la surveillance et à des procédures plus rapides.
La France entre dans cette équation avec ses propres tensions. À l’Assemblée nationale, un texte de résolution déposé le 18 février 2026 par des députés de gauche demande déjà de s’opposer à la révision du texte retour et d’exiger une mise en œuvre du pacte respectueuse des droits humains. Les promoteurs du durcissement répondent, eux, que l’Europe doit sortir d’une situation où les décisions d’éloignement ne sont pas exécutées.
Les critiques, et elles sont lourdes
Les oppositions ne viennent pas seulement de la gauche politique. L’UNHCR a demandé en février 2026 de renforcer les garanties de protection dans les nouvelles règles européennes, en rappelant qu’une détention ne devrait intervenir qu’en dernier recours et qu’elle n’est jamais dans l’intérêt de l’enfant. L’agence onusienne ne rejette pas l’idée d’un système de retour plus efficace, mais elle veut l’encadrer davantage.
Les ONG de défense des migrants sont plus dures encore. L’ECRE estime que l’accord final perpétue la coercition, allonge les durées de détention et affaiblit les garanties procédurales. Amnesty International a, de son côté, dénoncé un dispositif qui banalise les expulsions forcées et ouvre la voie à des violations des droits fondamentaux. Le cœur de leur critique est constant : rendre les retours plus rapides ne suffit pas si le prix payé est une dégradation des protections juridiques.
De l’autre côté, la Commission et le Conseil défendent un discours d’efficacité. Ils disent vouloir un système « juste », « applicable » et plus crédible, alors que 64 % des retours soutenus par Frontex sont encore volontaires. Dans cette lecture, le problème n’est pas l’existence du retour, mais son faible taux d’exécution. C’est cette divergence qui structure tout le débat européen.
Ce qu’il faudra surveiller
La prochaine étape est claire : le texte doit encore être formellement adopté par le Parlement européen et le Conseil. Ensuite, il entrera en vigueur après publication au Journal officiel, avec certaines dispositions applicables plus tard. C’est à ce moment-là que la bataille politique se déplacera des négociations européennes vers les capitales, où chacun devra dire comment il applique, ou conteste, ce durcissement.



