Coupe du monde 2026 : Trump s’est approprié le tournoi, mais hésite encore à se montrer dans les tribunes
La Coupe du monde débute ce jeudi aux États-Unis, au Mexique et au Canada. Donald Trump en a fait une vitrine personnelle, au point de marginaliser ses deux partenaires. Mais sa présence dans les stades reste incertaine.

Le coup d’envoi de la plus grande Coupe du monde jamais organisée a retenti ce jeudi 11 juin au stade Aztèque de Mexico, pour le match d’ouverture entre la Nouvelle-Zélande et l’Algérie. Donald Trump, lui, n’était pas là. Il s’est réservé pour un autre rendez-vous : le match des États-Unis contre le Paraguay, vendredi à Los Angeles. Sauf que, selon le média américain The Athletic, sa présence à ce match-là n’est pas non plus confirmée.
Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio assistera à la rencontre, entouré du ministre des Transports Sean Duffy et du ministre de la Sécurité intérieure Markwayne Mullin. Trump, interrogé mercredi dans le Bureau ovale, a simplement répondu : « J’irai, j’irai. » Sans date ni lieu précis.
Un tournoi sous bannière américaine
La compétition est officiellement tripartite : États-Unis, Mexique et Canada accueillent ensemble 48 équipes nationales sur 16 villes hôtes. Dans les faits, la logique politique est tout autre. Donald Trump a investi ce Mondial comme un projet personnel depuis son premier mandat. C’est son gendre Jared Kushner qui a été chargé d’aller décrocher les voix décisives auprès des fédérations nationales lors du vote d’attribution.
Pour gérer l’organisation, Trump a cette fois missionné Andrew Giuliani, fils de l’ancien maire de New York Rudy Giuliani et ex-avocat du président, à la tête d’une task force qui rend des comptes directement à la Maison Blanche, et non à la Fifa. La frontière entre les deux institutions est devenue poreuse.
Gianni Infantino, le président de la Fifa, est selon la journaliste Sophia Cai de Politico l’hôte le plus fréquent du Bureau ovale depuis le début du second mandat de Trump, devant les chefs d’État alliés. Les bureaux américains de la Fifa ont été installés à Miami, à quelques kilomètres du club de golf de Mar-a-Lago. L’antenne new-yorkaise a posé ses cartons au 17e étage de la Trump Tower. En décembre 2025, Infantino a décerné au président américain un prix de la paix conçu spécialement pour l’occasion, lors du tirage au sort de la compétition.
Canada et Mexique, partenaires de façade
Cette concentration du pouvoir sur Washington a des effets concrets pour les deux autres pays hôtes. À Toronto, le conseiller municipal Josh Matlow ne cache pas son amertume : « L’accord conclu entre notre ville et la Fifa est l’un des pires que j’ai jamais vus. » La capitale ontarienne a engagé 400 millions de dollars pour accueillir six matchs, dont Ghana-Panama et Sénégal-Irak. Vancouver se contentera de sept affiches de groupes comparables.
Le Canada n’est pas seulement marginalisé sportivement. David Pavot, professeur à l’université de Sherbrooke et titulaire d’une chaire sur le sport responsable, est direct : « Donald Trump va s’accaparer le tournoi, il va complètement marginaliser le Canada et le Mexique dans cette opération. » Ni la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, présente au match d’ouverture à Mexico, ni le Premier ministre canadien Mark Carney ne seront en mesure de disputer la vedette médiatique au président américain.
Une Fifa en retrait
L’effacement de la Fifa dans ce dispositif irrite les observateurs de longue date de l’institution. Hans-Joachim Eckert, ancien président de la chambre de jugement de la commission d’éthique de la Fifa sous l’ère Blatter, résume la situation en un mot : servilité. « Le sport est instrumentalisé par Donald Trump à des fins de mise en scène personnelle », estime-t-il.
L’incident autour de l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan illustre ce rapport de force. Reconnu comme le meilleur arbitre d’Afrique et accrédité par la Fifa pour officier à la Coupe du monde, il a été refoulé à l’aéroport de Miami après onze heures d’interrogatoire mardi dernier, malgré des papiers en règle. « C’est malheureux, mais nous ne contrôlons pas tout », a simplement commenté Infantino.
Les enjeux financiers expliquent en partie cette complaisance. Les revenus attendus par la Fifa dépassent déjà les résultats records du Mondial qatari, évalués à plus de 13 milliards de dollars. L’Amérique, avec ses tarifs de billetterie parmi les plus élevés jamais pratiqués, est devenue, selon les mots de Don Garber, le dirigeant de la ligue américaine de football, le « distributeur automatique » de la Fifa.
La vraie question politique des prochains jours est désormais celle-ci : Trump va-t-il finalement se montrer dans un stade ? Son absence au match d’ouverture tranche avec les précédents : lors des trois dernières éditions, les chefs d’État des pays hôtes étaient présents pour le premier coup d’envoi impliquant leur équipe nationale. Un rendez-vous manqué serait un signal politique en lui-même.



