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ÉCONOMIE Pêche artisanale sous tension

À Cannes, le prix du gazole fragilise la pêche artisanale et pousse l’État à revoir ses aides aux professionnels

Le blocage du Vieux-Port de Cannes met en lumière la fragilité des pêcheurs face au coût du gazole. La profession réclame un prix fixe et une simplification administrative, tandis que le gouvernement renforce son aide carburant.

Au Vieux-Port de Cannes, des pêcheurs bloquent les accès au port pour protester contre le prix du gazole.
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En bref

À Cannes, des pêcheurs ont bloqué le Vieux-Port pour dénoncer la hausse du gazole et le poids des démarches administratives. Ils demandent un tarif plus prévisible et des règles simplifiées. Le gouvernement a relevé l’aide carburant, mais la profession réclame une réponse durable pour préserver la pêche artisanale.

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Quand le prix du gazole grimpe, les pêcheurs ne peuvent pas simplement réduire leurs trajets. Leur carburant est une dépense indispensable pour sortir en mer, mais aussi l’un des coûts les plus difficiles à absorber pour les petites entreprises. À Cannes, cette tension a conduit à un blocage du Vieux-Port lundi 21 septembre 2026.

Pourquoi les pêcheurs ont bloqué le port de Cannes

Depuis le début de la matinée, une quinzaine de pêcheurs cannois empêchent les entrées et les sorties du Vieux-Port. Leur action vise directement la hausse du prix du gazole, qui fragilise la rentabilité des sorties en mer.

Le mouvement est porté notamment par Gilles Dubbiosi, premier prud’homme de pêche de Cannes. Cette instance représente les professionnels d’un territoire maritime et intervient dans l’organisation de la pêche locale.

Les revendications sont précises. Les pêcheurs demandent un prix fixe pour le gazole ainsi qu’un allègement des démarches administratives. « Nous souhaitons notamment bénéficier d’un prix fixe concernant le gazole et d’un allègement administratif », a expliqué Gilles Dubbiosi.

Le maire de Cannes, David Lisnard, a apporté son soutien au mouvement. Il a déclaré : « Soutien total aux pêcheurs. Le problème n’est pas que dans le prix du carburant, le problème est l’absurdité des charges bureaucratiques qu’on impose désormais aux pêcheurs. »

Un métier particulièrement exposé au coût de l’énergie

Pour un bateau de pêche, le carburant n’est pas une dépense secondaire. Il conditionne la durée des sorties, la distance parcourue et le volume de poissons rapporté à terre. Lorsque le prix augmente, chaque sortie devient plus risquée financièrement.

Les pêcheurs ne peuvent pas toujours répercuter cette hausse sur le prix de vente. Le poisson est vendu dans un marché où les prix dépendent de l’offre, de la demande et de la concurrence. Un professionnel qui augmente seul ses tarifs peut donc perdre des débouchés.

Cette contrainte pèse davantage sur les petites unités. Les grands armements peuvent parfois répartir leurs charges sur davantage de bateaux ou négocier leurs achats. À l’inverse, un pêcheur indépendant supporte directement le coût du carburant, de l’entretien, des équipements et des cotisations.

La situation est d’autant plus tendue que la profession doit déjà respecter de nombreuses règles. Les pêcheurs sont soumis à des obligations de sécurité, de déclaration des captures, de contrôle des zones de pêche et de protection des ressources. Pour les professionnels, ces règles sont nécessaires, mais leur accumulation peut alourdir le travail quotidien.

Une mobilisation qui dépasse Cannes

Le blocage cannois s’inscrit dans une mobilisation plus large des pêcheurs français. Depuis plusieurs jours, des actions ont été menées dans plusieurs ports méditerranéens, notamment à Nice, Sète, Frontignan et au Grau-du-Roi.

Des pêcheurs ont également bloqué des accès à des sites pétroliers. Leur objectif est de rendre visible la dépendance du secteur au gazole et de pousser le gouvernement à apporter une réponse durable, au-delà d’une aide temporaire.

Selon des données relayées par Connaissance des Énergies sur la mobilisation des pêcheurs, le gazole dépassait 2,37 euros par litre en moyenne jeudi 17 septembre. Le niveau était proche du record observé récemment, légèrement supérieur à 2,38 euros.

Face à cette flambée, le gouvernement a annoncé une hausse de l’aide carburant destinée aux pêcheurs. Le montant doit passer de 25 à 35 centimes par litre. Cette mesure vise à limiter le choc immédiat, alors que l’aide doit rester un dispositif temporaire.

Une aide jugée insuffisante par les professionnels

Pour le gouvernement, l’aide carburant permet de soutenir rapidement les entreprises les plus exposées. Elle peut éviter qu’une hausse brutale des prix ne mette à l’arrêt une partie de la flotte.

Les pêcheurs, eux, demandent davantage de visibilité. Une aide calculée selon le prix du marché permet de réduire la facture, mais elle ne garantit pas un coût stable. Or un professionnel doit décider plusieurs jours à l’avance s’il peut sortir en mer sans perdre d’argent.

Cette différence explique le débat sur le prix fixe. Les pêcheurs y voient un outil de prévisibilité. Les pouvoirs publics doivent, de leur côté, financer cette protection tout en respectant les règles budgétaires et européennes encadrant les aides économiques.

Le sujet ne se limite donc pas au montant de l’aide. Il concerne aussi la pérennité de la pêche artisanale. Si les petits bateaux cessent leur activité, les conséquences peuvent toucher les criées, les mareyeurs, les poissonniers et les restaurants qui dépendent de l’approvisionnement local.

Le soutien du maire, mais une réponse qui relève de l’État

David Lisnard soutient les pêcheurs et critique le poids des démarches administratives. Cette position rejoint l’un des principaux reproches formulés par la profession : les obligations augmentent, tandis que les marges économiques se réduisent.

Mais la mairie ne peut pas décider seule du prix du gazole ou du niveau des aides nationales. Les principaux leviers relèvent du gouvernement, du budget de l’État et, pour une partie des règles, du cadre européen de la politique commune de la pêche.

Les collectivités peuvent toutefois agir sur les ports, les conditions d’accueil et le dialogue avec les professionnels. À Cannes, le blocage perturbe l’activité portuaire et rappelle que la pêche fait coexister plusieurs usages du littoral : bateaux professionnels, plaisance, transport maritime et tourisme.

Cette cohabitation rend les blocages visibles pour les usagers du port. Elle peut aussi créer des difficultés pour d’autres acteurs locaux. Les pêcheurs cherchent donc à faire pression sans couper durablement l’activité économique du secteur.

Les prochaines étapes du bras de fer

Les représentants des pêcheurs doivent désormais obtenir des réponses concrètes sur le prix du carburant, les aides et la simplification administrative. Une rencontre avec la ministre chargée de la Mer et de la Pêche est au cœur des discussions nationales.

Le gouvernement a promis que les aides suivraient l’évolution des cours du carburant. Les professionnels attendent surtout un mécanisme suffisamment prévisible pour planifier leurs sorties et leurs investissements.

Il faudra aussi surveiller la durée du blocage à Cannes et l’évolution des actions dans les autres ports. Si les réponses sont jugées insuffisantes, la mobilisation pourrait s’étendre ou reprendre dans les prochains jours.

Le conflit oppose donc deux urgences. Les pêcheurs veulent préserver leur activité et leurs revenus. L’État cherche à contenir le coût des aides et à maintenir le respect des règles du secteur. La suite dépendra de la capacité des deux parties à transformer une mesure d’urgence en solution plus durable.

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