À Strasbourg, Bellamy fait basculer le débat européen sur les retours vers une ligne plus dure pour les migrants
Au Parlement européen, François-Xavier Bellamy a pesé sur le règlement retour, un texte qui durcit la politique migratoire de l’Union. Ses choix relancent les critiques sur l’influence de la droite sur l’extrême droite.

Quand la politique migratoire européenne se durcit, qui pousse vraiment la ligne ?
Pour les personnes sans titre de séjour, le débat européen ne se joue pas en slogans. Il se traduit en délais de rétention, en ordres d’éloignement, en contrôles plus rapides et, parfois, en éloignements vers un pays tiers.
C’est précisément là que François-Xavier Bellamy s’est retrouvé au centre du jeu. L’eurodéputé Les Républicains est l’un des shadow rapporteurs du règlement européen sur les retours, le texte qui refond la politique de retour des personnes en séjour irrégulier dans l’Union. Dans une procédure parlementaire, le shadow rapporteur suit le dossier pour son groupe, négocie des compromis et pèse sur la version finale du texte.
Un texte né d’un constat politique simple
La Commission européenne a présenté sa proposition en mars 2025. Son argument est clair : les procédures actuelles sont trop lentes, trop fragmentées et trop faciles à contourner. Elle affirme que le taux de retour dans l’Union reste faible et que les États membres ont besoin d’outils communs plus efficaces. La proposition prévoit notamment un cadre européen unique, la reconnaissance mutuelle des décisions de retour et la possibilité d’accords avec des pays tiers pour des « return hubs », des centres de retour hors de l’Union.
Le Conseil a ensuite durci sa position en décembre 2025. Il a validé un projet de règlement qui crée des procédures communes, impose davantage d’obligations aux personnes visées et ouvre la porte à des retours vers des centres dans des pays tiers. Le texte insiste aussi sur la reconnaissance mutuelle des décisions et sur un outillage renforcé pour les États membres.
Ce que Bellamy a changé dans la machine parlementaire
Au Parlement européen, le dossier s’est joué dans la commission des libertés civiles, puis en séance plénière. Le 9 mars 2026, la commission a adopté sa position sur le règlement. Le document de procédure mentionne Bellamy parmi les shadow rapporteurs du dossier, aux côtés d’élus de plusieurs groupes, du S&D à l’extrême droite. Le 26 mars, la plénière a ensuite approuvé l’ouverture des négociations avec le Conseil par 389 voix contre 206 et 32 abstentions.
Le point qui alimente les critiques est plus précis encore. Un document officiel de compromis de la commission LIBE signale des « alternative compromise proposals » de Bellamy, soutenues par les groupes PfE, ECR et ESN, c’est-à-dire des familles politiques situées à droite dure et à l’extrême droite du Parlement. En clair, Bellamy n’a pas seulement voté dans une majorité large. Il a aussi participé à la fabrication du texte de compromis avec des élus qui veulent une ligne migratoire plus répressive.
Pour les partisans du texte, cette méthode permet d’arracher une majorité sur un dossier bloqué depuis des années. Pour ses adversaires, elle consacre une normalisation politique de l’extrême droite sur un sujet sensible. C’est là que la question dépasse la simple technique législative : qui fixe la ligne sur l’immigration, et avec quels alliés ?
Ce que ce durcissement change concrètement
Le règlement ne parle pas seulement d’idéologie. Il touche à des mécanismes très concrets. La Commission et le Conseil ont mis en avant des retours plus rapides, des règles communes et des moyens de contrôle plus solides. Le texte ouvre aussi la voie à des périodes de rétention plus longues que dans le cadre actuel, ainsi qu’à des retours via des pays tiers, sous conditions.
Pour les gouvernements, l’enjeu est opérationnel. Ils veulent éviter qu’une personne visée par une décision de retour disparaisse d’un État membre à l’autre. La reconnaissance mutuelle des décisions et l’inscription d’un ordre de retour européen dans le système d’information Schengen doivent justement réduire cette marge de manœuvre. Pour les administrations, cela signifie aussi plus d’échanges de données et plus d’alignement entre pays.
Pour les personnes concernées, le rapport de force est tout autre. Les ONG et les groupes de gauche alertent sur des risques accrus de détention prolongée, de restrictions accrues des droits de recours et de transferts vers des structures hors de l’Union. Les critiques portent aussi sur une logique qui privilégie l’éloignement au détriment de l’examen individuel des situations.
Et l’impact n’est pas le même selon les acteurs. Les grands États membres, mieux armés administrativement, peuvent tirer davantage parti d’un système harmonisé. Les petits États, eux, attendent souvent du règlement européen un partage du fardeau et des procédures plus simples. À l’inverse, les personnes isolées, les familles ou les demandeurs d’asile déboutés sont ceux qui subissent le plus directement un durcissement des règles.
Une majorité à droite, une opposition qui parle de rupture
La droite européenne défend le texte au nom de l’efficacité. La Commission dit vouloir un système « plus rapide, plus simple et plus efficace », tout en affirmant maintenir des garanties fondamentales. Le Conseil, lui, souligne que le texte donne aux États membres des outils supplémentaires pour exécuter les décisions de retour.
Face à cela, les critiques sont nettes. Les Socialistes et démocrates ont annoncé qu’ils voteraient contre le mandat du Parlement, qu’ils jugent issu d’une « alliance » avec l’extrême droite et inspiré par une logique de type ICE, l’agence américaine chargée des expulsions. Les Verts parlent, eux, d’un texte qui piétine les droits fondamentaux et d’une coopération structurelle entre le PPE et l’extrême droite sur ce dossier. Le groupe de La Gauche va dans le même sens et décrit une réforme parmi les plus dures de la législature.
Cette ligne de fracture a un effet politique direct. Elle pèse sur la crédibilité des modérés qui veulent à la fois tenir un discours ferme sur l’immigration et éviter toute dépendance à l’extrême droite. Bellamy, lui, répond par sa place dans le groupe populaire européen et par sa participation aux négociations de compromis. Ses critiques rétorquent que le fond du texte, lui, raconte une autre histoire.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Le prochain jalon est celui de la fin du processus législatif européen. Après l’accord politique entre Parlement et Conseil conclu début juin 2026, le texte doit encore franchir les étapes formelles menant à son entrée en vigueur. Le calendrier compte, car le pacte sur la migration et l’asile commence aussi à s’appliquer à la même période, ce qui place les États membres sous pression pour rendre le nouveau système cohérent.
Autrement dit, le débat ne va pas retomber. Il va continuer, cette fois sur le terrain de l’application. Et c’est là que se mesurera la vraie portée du travail de Bellamy : non pas dans la polémique, mais dans le texte final, ses garde-fous et ses effets concrets sur les politiques de retour dans toute l’Union.



