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MUNICIPALITéS Après le brasier, l’eau menace

Après les incendies en Gironde, les habitants attendent des décisions locales pour prévenir les inondations hivernales

Après les incendies en Gironde, le maire d’Arès demande que les communes participent davantage aux décisions de l’État. Il alerte aussi sur le risque d’inondations et propose de mieux protéger les espaces capables de retenir l’eau.

Journaliste préparant un sujet local sur les incendies et le risque d’inondation dans une rédaction française
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En bref

Le maire d’Arès demande à l’État d’associer davantage les élus locaux aux décisions prises après les incendies en Gironde. Il estime que les forêts détruites pourraient aggraver le ruissellement et propose de protéger des espaces aquatiques pour limiter le risque d’inondations hivernales.

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Quand une forêt brûle, la question ne s’arrête pas aux flammes. Qui décide des évacuations, de l’accès aux routes ou de la préparation de l’hiver ? En Gironde, des maires demandent que les réponses soient davantage construites avec les élus qui connaissent le terrain.

Après le feu, les communes redoutent déjà les inondations

Le maire d’Arès, Xavier Daney, a appelé mardi 11 août à mieux écouter les élus locaux après les incendies qui ont ravagé la Gironde. Son intervention intervient dans le prolongement d’une lettre ouverte du maire de Saumos adressée à Emmanuel Macron.

Le maire de Saumos demandait au président de la République de consulter davantage les élus avant d’adopter de nouvelles normes nationales. Son argument est simple : une règle conçue loin du terrain peut mal répondre aux réalités locales.

À cette date, les incendies avaient parcouru environ 42 000 hectares en Gironde. Le bilan matériel et environnemental était considérable. Les communes devaient toutefois déjà préparer la suite, notamment les conséquences possibles des fortes pluies hivernales.

« Chaque fois que l’on peut faire entendre notre voix, il faut la faire entendre », a déclaré Xavier Daney. Pour le maire d’Arès, les élus municipaux sont des responsables publics directement confrontés aux risques. Ils connaissent les routes, les zones boisées, les points bas et les habitudes des habitants.

Une critique ancienne de la centralisation

Le débat dépasse donc la seule gestion des incendies. Il touche à l’organisation de l’État et à la place des collectivités territoriales.

Les lois de décentralisation adoptées à partir de 1982 ont transféré plusieurs compétences de l’État vers les communes, les départements et les régions. L’objectif était de rapprocher la décision des citoyens et d’adapter l’action publique aux réalités locales. La décentralisation et le partage des compétences entre l’État et les collectivités restent toutefois un système complexe.

En 2015, la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République, dite loi NOTRe, a encore modifié la répartition des responsabilités entre les collectivités. Elle a notamment renforcé le rôle des régions et des intercommunalités dans plusieurs domaines. Le texte est consultable dans le texte officiel de la loi NOTRe du 7 août 2015.

Pour Xavier Daney, ces évolutions n’ont pas supprimé le réflexe centralisateur. « On a toujours une façon de gérer notre État qui reste centralisée », déplore-t-il. Il juge irréaliste d’appliquer les mêmes règles à un territoire du Médoc, à Bordeaux ou au bassin d’Arcachon.

Cette critique renvoie à une difficulté concrète. L’État fixe souvent les grandes règles, mais les communes doivent les appliquer avec des moyens humains et financiers limités. Elles doivent aussi composer avec des territoires très différents, parfois soumis à plusieurs risques en même temps.

Ce que les élus veulent changer

Le maire d’Arès ne demande pas seulement une consultation symbolique. Il affirme que les élus locaux ont des propositions à formuler.

Parmi elles figure la création de réserves de biodiversité aquatique. L’objectif serait de mieux préserver certains espaces capables de retenir ou de ralentir l’eau. Cette approche relie directement la protection de la nature à la prévention des inondations.

Le raisonnement de l’élu repose sur une conséquence physique des incendies. Les 42 000 hectares de forêt brûlés ne joueront plus leur rôle dans le cycle de l’eau. Les sols, la végétation et les zones humides peuvent perdre une partie de leur capacité à absorber ou à ralentir les précipitations.

Il ne s’agit pas de dire que chaque pluie provoquera une catastrophe. Le risque dépendra aussi de l’état des sols, de l’entretien des fossés, de l’aménagement des routes et de la capacité des cours d’eau à évacuer les volumes reçus. Mais les incendies ajoutent une fragilité à un territoire déjà exposé.

Les conséquences ne seront pas identiques pour tous. Les habitants installés près des zones forestières peuvent être confrontés à des évacuations et à une dégradation de leur environnement. Les agriculteurs et les propriétaires forestiers peuvent perdre une ressource économique. Les communes, elles, doivent financer la remise en état des voiries, des réseaux et des équipements publics.

Les petites communes sont particulièrement dépendantes des décisions et des financements venus de l’État ou des départements. Elles disposent rarement des services techniques nécessaires pour conduire seules des études hydrologiques ou forestières. Leur demande de proximité porte donc aussi sur l’accès à l’expertise.

Un rapport de force entre expertise nationale et connaissance locale

Les élus locaux ne sont pas les seuls à intervenir dans la prévention des feux. Les préfets coordonnent les opérations de secours lorsque l’incendie dépasse le cadre communal. Les services départementaux d’incendie et de secours, les forestiers, les associations spécialisées et les services de l’État jouent également un rôle central.

Le Sénat a d’ailleurs souligné, après les incendies de 2022, l’importance des maires dans la prévention et la gestion des crises. Une mission parlementaire a également insisté sur la nécessité de mieux coordonner les stratégies nationales avec les réalités des massifs forestiers. Les travaux du Sénat sur la prévention et la lutte contre les feux de forêt mettent notamment en avant le rôle des plans locaux, des infrastructures forestières et de la coopération entre acteurs.

Pour autant, donner davantage de place aux maires ne signifie pas supprimer le cadre national. Les incendies ne s’arrêtent pas aux limites administratives. Les moyens aériens, les renforts de pompiers et la coordination des évacuations nécessitent une organisation dépassant chaque commune.

Le désaccord porte donc moins sur l’existence d’une stratégie nationale que sur sa conception. Les élus demandent à participer plus tôt aux décisions. Ils veulent pouvoir signaler les obstacles pratiques avant l’entrée en vigueur des normes.

Cette demande bénéficie directement aux communes et aux habitants qui vivent dans les zones exposées. Elle peut aussi compliquer l’action publique si chaque territoire réclame des règles différentes. Le défi consiste alors à combiner un socle commun de sécurité avec des adaptations locales réellement opérationnelles.

La suite se jouera dans les décisions concrètes

Xavier Daney appelle à une rencontre avec les plus hautes autorités de l’État. Il souhaite que les élus puissent présenter leurs propositions sur la forêt, l’eau et l’aménagement du territoire.

La question sera de savoir si cette concertation débouchera sur des moyens précis. Il faudra notamment suivre les décisions concernant la restauration des espaces brûlés, la prévention des inondations et l’organisation des secours.

Il faudra aussi observer la répartition des responsabilités. Qui financera les travaux ? Qui pilotera les réserves de biodiversité aquatique ? Quelle place sera donnée aux communes et aux intercommunalités ?

Après l’urgence des flammes, le débat entre Paris et les territoires entre dans une deuxième phase. Elle sera moins spectaculaire, mais décisive : transformer le retour d’expérience des incendies en règles applicables, financées et adaptées au terrain.

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