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ACTUALITé NATIONALE

Un rapport de 264 pages accuse l’Éducation nationale de harcèlement institutionnel envers ses propres personnels

L'association Helpen publie son « livre noir » le jour de la rentrée. Fondé sur des centaines de témoignages, le document réclame une commission d'enquête parlementaire sur l'inaction de l'institution.

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On parle beaucoup du harcèlement entre élèves. Beaucoup moins de celui qui s’exerce entre adultes, derrière les portes des bureaux de proviseurs et des rectorats. L’association Helpen publie ce 1er septembre un rapport de 264 pages, le premier du genre à documenter de manière systématique le harcèlement moral subi par les personnels de l’Éducation nationale. Son constat est accablant : l’institution qui devrait protéger ses agents contribue, selon les témoignages recueillis, à leur marginalisation.

Deux enseignants, un coup de poing sur la table

Helpen est née d’une expérience personnelle. Guillaume Delaby, professeur d’anglais en classes préparatoires au lycée Saint-Louis à Paris, a subi pendant plusieurs années un harcèlement moral de la part de sa proviseure et d’une collègue dans un précédent établissement. Pascal Arthuis, son cofondateur, a vécu une situation similaire. Les deux hommes se sont rencontrés par l’intermédiaire d’une psychologue clinicienne de la Maison du Travail à Paris. En septembre 2024, ils ont fondé Helpen avec Laure Bourdet, avec un objectif : que ce qu’ils ont vécu n’arrive plus à d’autres.

En deux ans, l’association a recueilli des centaines de témoignages vérifiés, structuré une base de données et produit une première enquête en février 2026 sur l’impact du harcèlement moral sur les carrières des fonctionnaires. Le « livre noir » publié ce jour de rentrée en est l’aboutissement.

Un phénomène systémique, pas une somme de cas isolés

Le rapport d’Helpen ne décrit pas des conflits interpersonnels. Il pointe un « harcèlement institutionnel », un phénomène enraciné dans l’organisation du travail, les pratiques managériales et ce que l’association qualifie de « silences institutionnels ». Guillaume Delaby l’a résumé au Café pédagogique : « Trop souvent, l’institution, au lieu de protéger ses agents, contribue à leur marginalisation, les laissant seuls face à un combat inégal et épuisant. »

L’Inspection générale de l’éducation (IGÉSR) a d’ailleurs reconnu en 2026, dans son dernier vadémécum, que le harcèlement moral existait bel et bien dans l’Éducation nationale et qu’il pouvait être « diffus » et « systémique ». Une reconnaissance officielle qui donne du poids aux conclusions d’Helpen, même si le ministère n’en a tiré aucune mesure concrète à ce stade.

Cinq questions, zéro réponse

Entre mai et juillet 2026, cinq questions écrites ont été posées au ministre de l’Éducation nationale par des députés de différentes sensibilités, relayant les constats d’Helpen. Aucune n’a reçu de réponse. L’association a déposé une demande formelle de commission d’enquête parlementaire et lancé une pétition qui a recueilli plus de 3 500 signatures.

La demande n’est pas sans précédent. En juin 2025, la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale a mené, avec les prérogatives d’une commission d’enquête, un travail sur les violences dans les établissements scolaires. Les rapporteurs Violette Spillebout et Paul Vannier avaient documenté les failles du contrôle étatique et formulé des recommandations. Helpen estime que le harcèlement entre personnels, angle mort de ce travail, mérite le même niveau d’investigation.

Le lien avec la crise d’attractivité

Le sujet n’est pas déconnecté de la rentrée. Alors que l’Éducation nationale peine à recruter, que 4 000 postes sont supprimés et que les syndicats dénoncent une dégradation des conditions de travail, le rapport d’Helpen éclaire une dimension rarement abordée : la souffrance au travail comme facteur de décrochage professionnel. Les personnels harcelés ne démissionnent pas toujours. Ils subissent des arrêts longs, des mutations forcées, des carrières brisées.

Reste que le rapport est produit par une association militante, pas par un organisme indépendant. Sa force tient au volume de témoignages et à la méthodologie de vérification mise en place. Sa limite est qu’il documente un phénomène sans en mesurer l’ampleur statistique à l’échelle nationale, une tâche qui, selon Helpen, incombe précisément à la commission d’enquête qu’elle réclame.

La session parlementaire d’automne, qui s’ouvre le 1er octobre, dira si un groupe politique reprend la demande et inscrit la création de cette commission à l’ordre du jour. Le sujet croise celui de la protection fonctionnelle, un mécanisme que les agents victimes de harcèlement peinent à obtenir de leur administration.

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