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ANALYSES & OPINIONS Le retour des ronds-points ?

Face à la hausse des carburants, les Français attendent des réponses avant de reprendre le chemin des ronds-points

La hausse des carburants ravive la crainte d’une nouvelle mobilisation sociale. François Hollande appelle les responsables politiques à proposer des solutions, tandis que la gauche débat du rôle à jouer dans la rue.

Un rond-point de zone périurbaine en France, avec chaussée circulaire, panneaux routiers et îlot central.
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En bref

La remontée des prix des carburants ravive le souvenir des Gilets jaunes et inquiète les responsables politiques. François Hollande refuse d’appeler à manifester, estimant que les partis doivent construire des réponses parlementaires. À gauche, plusieurs dirigeants assument au contraire un soutien direct aux mobilisations sociales.

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Quand les prix du carburant remontent, la question est très concrète : faut-il manifester, attendre une réponse politique ou se préparer à une nouvelle mobilisation sur les ronds-points ? François Hollande estime que les responsables politiques doivent d’abord formuler des solutions. Mais il reconnaît aussi qu’une colère sociale pourrait ressurgir si les Français ont le sentiment que rien ne change.

Une colère sociale qui reste possible

Le débat rappelle les « Gilets jaunes », nés à l’automne 2018 après l’annonce d’une hausse des taxes sur les carburants. Le mouvement avait rapidement dépassé la seule question fiscale. Il exprimait une défiance plus large envers les institutions, les élus et les décisions prises depuis Paris.

Cette fois encore, le carburant joue le rôle de révélateur. Pour les ménages qui utilisent leur voiture chaque jour, une hausse à la pompe réduit immédiatement le budget disponible pour l’alimentation, le logement ou les loisirs. La pression est encore plus forte dans les zones rurales et périurbaines, où les transports collectifs offrent moins d’alternatives.

Interrogé sur BFMTV, François Hollande a donc appelé à la prudence. « En matière de météo sociale, il faut être très prudent », a déclaré l’ancien président, en fonction de 2012 à 2017. Selon lui, une partie des Français attend désormais l’élection présidentielle, mais cette échéance est encore lointaine.

Son raisonnement est simple : si les citoyens ont le sentiment qu’aucune réponse sérieuse n’est apportée d’ici là, des mobilisations peuvent apparaître. Le risque ne vient donc pas seulement du niveau des prix. Il vient aussi du sentiment d’abandon et de l’absence de perspective politique.

Hollande refuse d’appeler à descendre dans la rue

L’ancien chef de l’État a toutefois exclu de participer lui-même à une manifestation contre la vie chère. « Mon rôle n’est pas d’aller manifester. Ce serait quand même curieux », a-t-il expliqué.

François Hollande distingue ainsi deux fonctions. Les citoyens et les syndicats peuvent exprimer une colère dans la rue. Les responsables politiques, eux, doivent transformer cette colère en propositions et en décisions. « Chacun doit être dans son rôle », a-t-il insisté.

Cette position le distingue de plusieurs responsables de gauche. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a indiqué qu’il pourrait être aux côtés des manifestants si un mouvement social se déclenchait. Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, a apporté son soutien à une mobilisation syndicale prévue le 29 septembre ainsi qu’à des appels circulant sur les réseaux sociaux pour le 17 octobre.

Fabien Roussel, candidat communiste à l’élection présidentielle, a adopté une ligne plus directe. Il a appelé les Français à se mobiliser et à occuper les ronds-points, en référence au mouvement de 2018. Cette stratégie vise à montrer une proximité immédiate avec les ménages confrontés à la hausse de leurs dépenses. Elle comporte aussi un risque : celui de donner le sentiment que des responsables politiques cherchent à accompagner une colère plutôt qu’à la résoudre.

Deux crises redoutées avant la présidentielle

François Hollande a identifié deux risques qui pourraient se renforcer mutuellement. Le premier est une crise sociale. Elle surviendrait si les Français estimaient qu’aucune réponse crédible n’était apportée à leurs difficultés quotidiennes.

Le second est une crise financière. La hausse des prix du pétrole et des carburants intervient dans un contexte de taux d’intérêt élevés. Lorsque les taux augmentent, l’État paie plus cher le refinancement de sa dette. Les entreprises rencontrent aussi davantage de difficultés pour investir et les ménages peuvent subir une hausse du coût des crédits immobiliers ou à la consommation.

Ces deux phénomènes ne touchent pas tout le monde de la même manière. Les ménages modestes consacrent généralement une part plus importante de leurs revenus aux dépenses contraintes. Ils disposent de moins de marge pour absorber un plein plus cher ou une mensualité de crédit en hausse.

Les petites entreprises sont également exposées. Un artisan, un infirmier libéral, un commerçant itinérant ou une entreprise de livraison ne peut pas toujours réduire ses déplacements. Les grands groupes disposent souvent de davantage de capacités pour négocier leurs achats d’énergie, renouveler leurs véhicules ou absorber temporairement une hausse des coûts.

À l’inverse, des mesures générales de soutien peuvent coûter très cher aux finances publiques. Elles profitent à tous les automobilistes, y compris à ceux qui ont les moyens de supporter la hausse. Le débat porte donc autant sur le montant de l’aide que sur son ciblage.

Une gauche divisée sur la méthode

La différence entre François Hollande et les autres responsables de gauche ne porte pas seulement sur la présence dans les cortèges. Elle révèle une divergence stratégique.

D’un côté, certains élus veulent se placer aux côtés des salariés et des ménages dès le début d’une mobilisation. Ils considèrent que la rue peut imposer un rapport de force lorsque les institutions tardent à répondre. Cette approche bénéficie surtout aux partis qui cherchent à apparaître comme les relais directs des colères populaires.

De l’autre, François Hollande défend une posture institutionnelle. Il estime que les partis doivent présenter des solutions dans le débat parlementaire. Cela peut prendre la forme d’une baisse ciblée des taxes, d’un soutien aux revenus modestes ou d’un encadrement temporaire des prix. Chaque mesure aurait cependant un coût et ses propres effets secondaires.

Les syndicats occupent une place particulière dans cette séquence. Ils peuvent organiser une mobilisation nationale et structurer les revendications. Les appels lancés sur les réseaux sociaux permettent, eux, une diffusion rapide mais plus difficile à coordonner. Le mouvement des Gilets jaunes avait montré cette force, mais aussi les limites d’une mobilisation sans direction clairement identifiée.

Des responsables politiques ont déjà commencé à se positionner face à ce risque de retour des ronds-points. Les appels à la mobilisation se multiplient, tandis que certains partis cherchent à éviter d’être accusés d’attiser la tension. Cette prudence explique les différences de ton entre le soutien à une revendication et l’appel explicite à manifester.

Les prochaines échéances à surveiller

Les dates du 29 septembre et du 17 octobre constituent les prochains points de repère évoqués dans le débat. Leur importance dépendra de la participation, de la capacité des organisations à coordonner les actions et de l’existence de revendications communes.

Il faudra aussi observer les réponses du gouvernement sur les carburants et le pouvoir d’achat. Une annonce ciblée pourrait limiter la mobilisation. À l’inverse, une absence de mesure ou une réponse jugée trop faible pourrait nourrir la contestation.

Enfin, la question centrale restera politique : les partis souhaitent-ils accompagner un mouvement social, le canaliser ou proposer une alternative institutionnelle ? Pour François Hollande, la réponse passe par les propositions. Pour d’autres responsables de gauche, elle commence par la rue. Dans les prochains jours, la réalité de la mobilisation dira quelle stratégie trouve le plus d’écho.

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