Détroit d’Ormuz, Gaza, Ukraine : les choix de Macron peuvent-ils protéger les Français des effets des guerres ?
À l’ONU, Emmanuel Macron défend la liberté de navigation à Ormuz, l’aide à Gaza et un moratoire sur les frappes en Ukraine. Des annonces dont les conséquences dépassent la diplomatie.

À l’ONU, Emmanuel Macron a défendu plusieurs priorités françaises : rouvrir le détroit d’Ormuz, garantir l’aide humanitaire à Gaza et limiter les frappes contre les infrastructures en Ukraine. Ces crises peuvent affecter directement les Français par l’énergie, les prix, la sécurité et les équilibres diplomatiques.
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Que peut changer un discours présidentiel prononcé à New York pour les Français, alors que les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine pèsent déjà sur la sécurité, l’énergie et les prix ? À l’ONU, Emmanuel Macron a défendu une ligne : maintenir la pression diplomatique, sans renoncer aux règles internationales.
Un discours placé sous le signe des crises
Emmanuel Macron s’est exprimé mardi 22 septembre à New York, devant l’Assemblée générale des Nations unies. Il était accompagné du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.
Le président français a insisté sur le rôle du multilatéralisme. Ce terme désigne la coopération entre plusieurs États, notamment dans le cadre de l’ONU, pour tenter de régler les crises par des règles communes.
Son message : les guerres actuelles ne doivent pas conduire les pays à renoncer à la diplomatie. « Nous devons nous réengager pour trouver des solutions concrètes et bâtir la paix », a-t-il déclaré.
Emmanuel Macron a aussi mis en garde contre le retour de « la loi de la jungle ». Il a rejeté l’idée selon laquelle l’ONU serait devenue inutile. Pour lui, l’affaiblissement de cette organisation favoriserait surtout les rapports de force entre les puissances.
Le détroit d’Ormuz au cœur des préoccupations
Le président français a fait de la réouverture du détroit d’Ormuz une priorité. Ce passage maritime, situé entre l’Iran et Oman, est essentiel pour le transport mondial du pétrole et du gaz.
Une fermeture prolongée peut donc avoir des conséquences bien au-delà du Moyen-Orient. Elle peut ralentir les livraisons d’énergie, accroître les coûts du transport et alimenter une hausse des prix pour les ménages comme pour les entreprises.
Emmanuel Macron a défendu la liberté de navigation. « Celle-ci ne doit pas être un outil de chantage », a-t-il affirmé, en rappelant que le passage des navires devait être assuré « en toute sécurité ».
La France cherche cependant à éviter une escalade militaire. Dans les déclarations récentes de l’Élysée, Paris a insisté sur la nécessité d’une réouverture pacifique, encadrée et coordonnée avec les partenaires internationaux. Cette prudence traduit une difficulté concrète : sécuriser les navires sans élargir la guerre à l’ensemble de la région.
Les effets ne sont pas les mêmes pour tous. Les grandes puissances disposent de moyens militaires et de réserves stratégiques. Les pays importateurs, les transporteurs et les ménages sont davantage exposés à une hausse rapide des coûts.
À Gaza, la France réclame une solution politique
Emmanuel Macron a également dénoncé la situation humanitaire à Gaza. Il a évoqué un « spectacle qui nous fait honte à tous » et critiqué l’absence de réouverture complète des voies humanitaires.
Le chef de l’État a défendu la création de deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité. Cette position s’inscrit dans la continuité de la reconnaissance de l’État de Palestine par la France, annoncée à l’ONU le 22 septembre 2025.
Pour Paris, cette reconnaissance doit soutenir une issue politique. Elle ne règle toutefois ni la question de la sécurité d’Israël, ni celle du Hamas, ni celle de l’administration future de Gaza. Elle ne garantit pas non plus, à elle seule, l’accès de l’aide humanitaire ou la fin des combats.
Le président français a donc voulu relier deux exigences : protéger les civils palestiniens et garantir la sécurité d’Israël. « Bâtir une solution à deux États » serait, selon lui, une condition de la sécurité « d’aujourd’hui et de demain » pour Israël et sa population.
Cette approche se heurte à des oppositions fortes. Les autorités israéliennes contestent régulièrement les initiatives internationales qui conditionnent leur action militaire ou leur coopération diplomatique. De leur côté, les responsables palestiniens et les organisations humanitaires jugent insuffisantes les déclarations si elles ne sont pas accompagnées de mesures concrètes sur l’aide, les déplacements et la reconstruction.
Le Liban et le Hezbollah dans l’équation régionale
Emmanuel Macron a aussi plaidé pour un Liban « pleinement souverain ». Il a dénoncé la destruction de villages et appelé à rétablir la sécurité pour les Libanais et leurs voisins.
Son objectif affiché est de permettre à l’État libanais de reprendre le contrôle de son territoire et de ses forces armées. Il a également appelé à faire rendre les armes au Hezbollah, mouvement politique et militaire implanté au Liban.
Le problème est d’abord institutionnel. L’armée libanaise dispose de moyens limités, tandis que le Hezbollah possède une organisation et un arsenal importants. Dans ce contexte, demander le désarmement du mouvement ne suffit pas : il faut aussi renforcer l’État libanais et réduire les tensions avec Israël.
La population libanaise supporte directement les conséquences de cette instabilité. Elle subit les déplacements, les destructions et une crise économique prolongée. Les États voisins, eux, redoutent une extension des affrontements.
Ukraine : protéger les infrastructures et la sécurité alimentaire
Sur la guerre en Ukraine, Emmanuel Macron a soutenu un « double moratoire » sur les frappes visant les infrastructures énergétiques et civiles en Russie comme en Ukraine.
Un moratoire est une suspension temporaire d’une action. Ici, l’objectif serait de limiter les attaques contre les réseaux électriques, les installations énergétiques et les infrastructures indispensables à la population.
Le président français a aussi appelé à un moratoire en mer Noire. Cette mesure permettrait de faciliter la circulation des céréales et de répondre aux risques pesant sur la sécurité alimentaire de nombreux pays émergents et en développement.
Pour les Ukrainiens, la protection des infrastructures peut réduire les conséquences des bombardements sur les civils. Pour la Russie, une telle mesure pourrait limiter les attaques contre ses installations. Mais l’équilibre reste fragile : chaque camp peut craindre de perdre un avantage militaire en suspendant ses frappes.
La France affirme toutefois vouloir maintenir son soutien aux aspirations du peuple ukrainien à la paix. Cette position combine l’aide à l’Ukraine et la recherche d’un cadre diplomatique.
Une coopération internationale sur l’intelligence artificielle
Dernier volet du discours : l’intelligence artificielle. Emmanuel Macron a appelé à construire un « agenda de coopération » avec les partenaires du G7.
Le président français vise notamment les secteurs liés à la défense, au spatial et à la cybersécurité. Ces technologies peuvent renforcer les capacités des États, mais elles peuvent aussi créer de nouvelles dépendances envers les entreprises et les puissances qui contrôlent les données, les logiciels et les infrastructures.
Emmanuel Macron souhaite donc éviter que l’Europe dépende uniquement des États-Unis ou de la Chine. Pour les gouvernements, l’enjeu concerne la souveraineté et la sécurité nationale. Pour les entreprises, il s’agit aussi d’accéder à des investissements, à des talents et à des marchés suffisamment importants.
Cette ambition se heurte à une contrainte simple : développer une filière européenne exige des moyens considérables. Les grandes entreprises peuvent financer des infrastructures coûteuses. Les PME, les administrations et les citoyens risquent davantage de subir les choix technologiques sans disposer des mêmes capacités d’adaptation.
Les prochaines étapes à surveiller
La portée de ce discours dépendra désormais de sa traduction diplomatique. Il faudra observer les discussions sur la réouverture du détroit d’Ormuz, l’acheminement de l’aide à Gaza et la protection des infrastructures en Ukraine.
Le prochain enjeu sera aussi la capacité de la France à convaincre ses partenaires. À l’ONU comme au sein du G7, les déclarations ne produisent des effets que si elles débouchent sur des engagements communs, des mécanismes de contrôle et des décisions acceptées par les principaux acteurs.



