Le RN face à Moscou : pourquoi son nouveau discours sur la Russie compte pour les électeurs français
Après les critiques de Dmitri Medvedev, Marine Le Pen et Jordan Bardella affichent une fermeté nouvelle envers Moscou. Cette inflexion vise à crédibiliser le RN, sans lever ses ambiguïtés sur l’aide à l’Ukraine.

Marine Le Pen et Jordan Bardella dénoncent les pressions russes, les saisies d’actifs français et toute influence de Moscou sur la politique nationale. Cette prise de distance répond aux critiques sur les anciennes positions du RN, mais le parti conserve ses réserves sur l’aide militaire et financière à l’Ukraine. Elle vise aussi à renforcer sa crédibilité avant 2027.
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Le Rassemblement national durcit-il son discours envers Moscou, ou cherche-t-il surtout à rassurer avant la présidentielle de 2027 ? La question se pose après une prise de position inhabituelle de Marine Le Pen et Jordan Bardella, immédiatement attaquée par un haut responsable russe.
Un avertissement adressé directement à Moscou
Samedi 19 septembre, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont publié un communiqué commun consacré aux relations entre la France et la Russie. Les deux dirigeants du RN y condamnent la saisie, en Russie, des actifs de filiales de groupes français comme Nestlé ou Auchan.
Ils dénoncent aussi les pressions que Moscou pourrait exercer sur la vie politique française. « Aucune puissance étrangère, en l’occurrence la Russie, ne saurait espérer dicter directement ou indirectement la politique de notre pays par l’intimidation, la menace, la déstabilisation ou la pression psychologique », écrivent-ils.
Le texte va plus loin. « Aucune provocation, aucune opération clandestine et aucune action de déstabilisation ne sauraient conduire la France à faciliter l’obtention par la Russie de ses buts de guerre en Ukraine », ajoutent Marine Le Pen et Jordan Bardella.
Cette formulation rompt avec certaines positions défendues par le RN ces dernières années. Elle ne signifie toutefois pas que le parti adopte une ligne entièrement favorable à Kiev. Le mouvement continue de contester une partie de l’aide militaire et financière accordée à l’Ukraine.
La réponse de Dmitri Medvedev
La réaction russe n’a pas tardé. Lundi 21 septembre, Dmitri Medvedev a commenté le communiqué sur le réseau social X. L’ancien président russe, aujourd’hui vice-président du Conseil de sécurité de Russie, a écrit : « Apparemment, le parti de [Marine] Le Pen est maintenant un parti européen ordinaire : russophobie et soutien aux nazis à Kiev. »
Le terme « nazis » reprend un élément central de la propagande du Kremlin. Moscou présente régulièrement les autorités ukrainiennes comme héritières du nazisme, alors que l’Ukraine est une démocratie pluraliste et que son président, Volodymyr Zelensky, est juif. Cette accusation sert surtout à justifier la guerre russe auprès de l’opinion publique russe.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a adopté un ton moins personnel. Lors d’un échange avec la presse, il a affirmé que « la Russie ne menace personne » et ne fait « de chantage à personne ». Il a néanmoins rejeté les accusations formulées par les responsables du RN contre Moscou.
Cette différence de ton est révélatrice. Dmitri Medvedev intervient souvent dans un registre offensif, avec des attaques visant les dirigeants occidentaux. Le Kremlin, lui, cherche à présenter sa position comme celle d’un État qui répond à des accusations qu’il juge infondées.
Un changement de discours, mais pas une rupture complète
Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, le RN tente de faire évoluer son image sur les questions internationales. En 2023, Jordan Bardella avait reconnu une « naïveté collective » face aux ambitions de Vladimir Poutine. En juin 2024, il avait aussi assuré qu’il ne laisserait pas « l’impérialisme russe absorber un État allié » comme l’Ukraine.
Le parti reste pourtant partagé entre plusieurs impératifs. D’un côté, il veut apparaître comme un mouvement capable de gouverner. Cela suppose de rassurer les partenaires européens, les militaires et les électeurs sensibles aux questions de sécurité. De l’autre, il conserve une ligne hostile à l’augmentation de l’aide à Kiev et refuse de s’aligner complètement sur la politique menée par Emmanuel Macron.
Jordan Bardella l’a encore rappelé le 5 septembre. Il estimait alors qu’il n’était pas possible de donner de l’argent à l’Ukraine « sans aucune garantie » et sans s’assurer que ces sommes puissent être remboursées. Cette position distingue deux débats souvent confondus : condamner les pressions russes ne revient pas automatiquement à soutenir toutes les décisions du gouvernement ukrainien.
Le RN cherche donc à tenir une ligne intermédiaire. Il veut dénoncer les ingérences étrangères, tout en limitant l’engagement français dans la guerre. Cette stratégie peut séduire les électeurs qui souhaitent défendre l’indépendance nationale, mais elle expose aussi le parti à des critiques contradictoires.
Des intérêts opposés derrière la polémique
Pour Marine Le Pen et Jordan Bardella, le communiqué répond à un objectif politique clair : montrer que le RN ne dépend d’aucune puissance étrangère. La question est sensible, car Marine Le Pen avait bénéficié en 2014 d’un prêt contracté auprès d’une banque russe pour financer son parti. Ce passé alimente encore les interrogations sur l’autonomie du mouvement.
Pour Moscou, l’enjeu est inverse. Les déclarations du RN peuvent donner le sentiment que le parti se rapproche de la position dominante en Europe sur la Russie. Les attaques de Dmitri Medvedev cherchent donc à disqualifier cette évolution en la présentant comme une trahison ou une soumission aux intérêts occidentaux.
À l’intérieur du RN, cette inflexion ne fait pas disparaître les désaccords. Louis Aliot, vice-président du parti, s’est récemment prononcé pour une interruption de l’aide à l’Ukraine en utilisant l’expression « couper le robinet ». Le parti doit ainsi composer avec des élus et des électeurs attachés à une relation moins conflictuelle avec Moscou.
La controverse concerne également les entreprises françaises présentes en Russie. La saisie de leurs actifs peut fragiliser les groupes disposant de filiales locales et inquiéter leurs salariés ou leurs fournisseurs. Les grands groupes peuvent parfois absorber une perte ou engager un contentieux. Les entreprises plus petites disposent de moyens beaucoup plus limités pour récupérer leurs biens ou sécuriser leurs activités.
Une bataille de crédibilité avant 2027
La Russie n’est pas la seule à observer cette évolution. Les partenaires européens du RN veulent savoir si ses déclarations correspondent à une ligne durable. En cas d’arrivée au pouvoir, la France devrait continuer à coopérer avec l’Union européenne et l’Organisation du traité de l’Atlantique nord. Toute ambiguïté sur Moscou pourrait compliquer ces relations.
Le RN, de son côté, peut soutenir qu’il défend une politique étrangère indépendante. Ses responsables affirment régulièrement que la France doit décider seule de son niveau d’aide à l’Ukraine et de ses engagements militaires. Leurs adversaires répondent que l’indépendance nationale ne doit pas conduire à minimiser les opérations d’influence, les cyberattaques ou les pressions exercées par la Russie.
Cette confrontation ne porte donc pas seulement sur les mots de Dmitri Medvedev. Elle met en jeu la crédibilité internationale du RN, sa stratégie de normalisation et sa capacité à présenter une position cohérente sur la guerre en Ukraine.
Les prochains signaux à surveiller
Dans les prochaines semaines, l’évolution des déclarations de Marine Le Pen, de Jordan Bardella et des autres cadres du RN permettra de mesurer la portée réelle du communiqué du 19 septembre. Il faudra notamment observer leur position sur les sanctions contre Moscou, l’aide à Kiev et les éventuelles nouvelles saisies d’actifs français en Russie.
La question sera aussi suivie à l’échelle européenne. Le RN devra préciser comment il entend concilier sa volonté de limiter l’aide à l’Ukraine avec la défense des intérêts français et la coopération avec les partenaires de Paris. Pour l’instant, une certitude se dégage : Moscou a pris acte du changement de ton, et entend le combattre publiquement.



