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CONFLITS & CRISES Guerre des réseaux énergétiques

Face aux frappes contre l’énergie ukrainienne, l’hiver devient l’épreuve de force entre Kiev et Moscou

À l’ONU, Volodymyr Zelensky menace de riposter aux attaques russes contre les infrastructures ukrainiennes. Kiev réclame aussi le maintien des sanctions, tandis que Moscou refuse toute trêve énergétique.

Sous-station électrique en Ukraine, clôture grillagée, transformateurs et pylônes sous une lumière diffuse grise.
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En bref

À l’ONU, Volodymyr Zelensky a lié une éventuelle suspension des frappes ukrainiennes contre les sites russes à l’arrêt des attaques visant l’énergie en Ukraine. Moscou refuse cette trêve, tandis que Kiev demande à ses alliés de maintenir les sanctions et l’aide militaire avant un hiver qui menace les civils et les réseaux essentiels.

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Que se passe-t-il quand une guerre touche directement le chauffage, l’électricité et l’eau ? En Ukraine, l’hiver qui arrive pourrait devenir un nouveau front. À New York, Volodymyr Zelensky a prévenu que Moscou subirait à son tour les conséquences de ses frappes contre les infrastructures ukrainiennes.

Un hiver sous tension pour les Ukrainiens

Le président ukrainien s’est exprimé mercredi 23 septembre 2026 devant l’Assemblée générale de l’ONU. Il a dénoncé la stratégie de Vladimir Poutine et rejeté l’idée d’une Russie présentée comme raisonnable ou modérée.

« Y a-t-il encore quelqu’un pour penser qu’il est raisonnable et modéré ? », a-t-il lancé à propos du président russe. Selon lui, Moscou accepte de lourdes pertes humaines pour gagner du terrain et prolonger la guerre.

Volodymyr Zelensky a affirmé que l’armée russe avait perdu 248 964 soldats, tués ou grièvement blessés, depuis le début de l’année. Ce bilan est une estimation ukrainienne. Comme pour tous les chiffres militaires communiqués par les parties au conflit, il ne peut pas être vérifié de manière indépendante.

Le dirigeant ukrainien a surtout insisté sur les conséquences civiles des frappes russes. Les attaques contre les centrales, les réseaux de chauffage, les installations électriques et les réserves d’eau risquent de rendre les prochains mois particulièrement difficiles pour la population.

Le secrétaire général de l’ONU avait lui aussi averti que les frappes contre les infrastructures énergétiques pouvaient plonger des millions d’Ukrainiens dans le froid et l’obscurité. Le pays s’apprête à affronter un quatrième hiver de guerre, dans un contexte où ses équipements restent vulnérables.

Pour les habitants, les effets sont très concrets. Une attaque contre une centrale peut provoquer des coupures d’électricité. Elle peut aussi perturber le chauffage collectif, les transports, les hôpitaux et l’approvisionnement en eau. Les grandes villes disposent parfois de solutions de secours. Les zones proches du front ont beaucoup moins de marges.

Une riposte conditionnée aux attaques russes

À l’ONU, Volodymyr Zelensky a déclaré que l’Ukraine rendrait l’hiver « douloureux » pour la Russie si Moscou poursuivait ses attaques contre les infrastructures ukrainiennes.

Cette menace s’inscrit dans une logique de réciprocité. Kiev frappe déjà des raffineries, des dépôts de carburant et d’autres installations énergétiques russes. L’objectif affiché consiste à réduire les capacités militaires et les revenus qui permettent au Kremlin de financer la guerre.

La veille, après une rencontre avec Donald Trump, le président ukrainien s’était dit prêt à accepter un moratoire sur les frappes visant les sites énergétiques russes. Un moratoire est une suspension temporaire d’une action, sans règlement définitif du conflit. Kiev pose toutefois une condition : que la Russie cesse d’abord de viser les infrastructures ukrainiennes.

Cette proposition n’a pas été acceptée par Moscou. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré devant le Conseil de sécurité de l’ONU que la Russie ne ferait pas de pause dans son « opération militaire spéciale », le terme utilisé par le Kremlin pour désigner l’invasion de l’Ukraine.

La Russie accuse régulièrement les pays européens de vouloir utiliser une trêve pour réarmer l’Ukraine. Cette position bloque, pour l’instant, toute désescalade limitée autour des infrastructures énergétiques.

Pourquoi les frappes énergétiques comptent autant

Les infrastructures énergétiques occupent une place stratégique dans cette guerre. Elles servent directement à la vie quotidienne, mais aussi au fonctionnement de l’industrie, des communications et des transports.

Pour l’Ukraine, leur protection exige des systèmes antiaériens, des réparations rapides et des équipements de remplacement. Ces moyens coûtent cher et dépendent largement de l’aide occidentale. Les grandes villes peuvent concentrer les défenses. Les installations éloignées et les réseaux régionaux restent plus exposés.

Pour la Russie, les attaques ukrainiennes contre les raffineries et les infrastructures pétrolières peuvent perturber la production de carburants. Elles peuvent aussi compliquer les exportations et réduire les recettes publiques. Toutefois, l’impact n’est pas identique pour tous les Russes. Les régions éloignées des zones ciblées ne subissent pas les mêmes conséquences que les territoires proches des installations touchées.

Donald Trump a récemment reproché à Kiev ses attaques contre les raffineries russes. La hausse des prix de l’essence et du diesel pèse directement sur les ménages américains et sur les coûts de transport. Pour Washington, la pression militaire ukrainienne peut donc avoir un effet économique international, au-delà du seul champ de bataille.

Le président américain a néanmoins déclaré à l’ONU que la guerre pourrait prendre fin plus tôt que prévu. Cette volonté de parvenir rapidement à un accord crée une tension avec la stratégie ukrainienne. Kiev cherche à augmenter le coût de la guerre pour Moscou. Washington veut aussi éviter une flambée durable des prix de l’énergie.

Sanctions et rapports de force

Volodymyr Zelensky a appelé ses partenaires à maintenir la pression économique sur la Russie. Son raisonnement est simple : réduire les revenus de Moscou doit limiter sa capacité à produire des armes, recruter des soldats et prolonger les combats.

L’Union européenne a prolongé pour trois ans les sanctions individuelles visant environ 3 000 personnes et entités russes. Ces mesures prévoient notamment des gels d’avoirs et des interdictions de déplacement. Le Conseil européen a toutefois retiré de la liste plusieurs personnalités, dont les hommes d’affaires Mikhaïl Fridman et Alisher Usmanov.

Cette décision montre les limites du consensus européen. Certains gouvernements veulent maintenir une ligne dure contre les proches du pouvoir russe. D’autres mettent en avant des considérations judiciaires, économiques ou diplomatiques. La France a notamment soutenu la sortie d’Alisher Usmanov de la liste, dans un contexte de négociations concernant un ressortissant français détenu en Azerbaïdjan.

Pour Kiev, chaque assouplissement peut affaiblir l’effet des sanctions. Pour les gouvernements européens, la difficulté consiste à préserver l’unité tout en défendant leurs propres intérêts. Les sanctions touchent les élites et les entreprises russes, mais leurs effets peuvent aussi se transmettre aux marchés de l’énergie et aux consommateurs européens.

Une menace qui dépasse le territoire ukrainien

Volodymyr Zelensky a également évoqué les risques pesant sur la Moldavie, la Pologne et les États baltes. Il a décrit Vladimir Poutine comme un « patient zéro », capable selon lui de propager la guerre au-delà des frontières ukrainiennes.

Ces inquiétudes rejoignent celles exprimées par Donald Tusk et Emmanuel Macron. Le Premier ministre polonais a évoqué de possibles projets russes de frappes hybrides contre des pays soutenant l’Ukraine. Une attaque hybride combine plusieurs méthodes : cyberattaques, désinformation, sabotage, pressions migratoires ou opérations clandestines.

Pour les pays voisins de la Russie, le danger ne se limite donc pas à une invasion classique. Les infrastructures critiques, les réseaux numériques et les opinions publiques peuvent aussi devenir des cibles. Pour les gouvernements européens, cette évolution pousse à renforcer les défenses. Pour les citoyens, elle signifie davantage de dépenses de sécurité et une vigilance accrue face aux campagnes de manipulation.

Les prochaines échéances

Le premier enjeu sera de savoir si les frappes russes contre les infrastructures ukrainiennes s’intensifient à l’approche de l’hiver. La réponse de Kiev dépendra aussi de la disponibilité des défenses antiaériennes et du soutien militaire occidental.

Il faudra ensuite surveiller les discussions entre Washington, Kiev et Moscou. La possibilité d’un moratoire énergétique reste évoquée, mais le refus russe montre qu’aucun accord concret n’est acquis.

Enfin, le sommet du G20 prévu à Miami en décembre pourrait offrir un nouveau cadre de discussions. Les sanctions européennes, la position américaine et la capacité de la Russie à financer son effort de guerre seront au centre du rapport de force.

À court terme, l’hiver ukrainien restera donc le test le plus visible de cette stratégie. Il dira si les frappes énergétiques rapprochent les parties d’une négociation ou si elles installent un nouveau cycle de représailles.

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