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ÉCONOMIE Carburants sous haute tension

Prix à la pompe : pourquoi les marges de TotalEnergies en France ne racontent pas toute l’histoire

TotalEnergies réduit ses marges dans certaines stations pour plafonner les prix. Mais le raffinage français, favorisé par la crise, peut générer d’importants bénéfices pour le groupe.

Détail d’une raffinerie de Donges avec tuyauteries, passerelles métalliques et colonnes industrielles sous une lumière diffuse.
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En bref

TotalEnergies peut réduire ses gains dans les stations qui appliquent un prix plafonné, sans être déficitaire dans l’ensemble de ses activités françaises. Ses raffineries profitent de marges élevées lorsque les marchés sont sous tension. Pour les automobilistes, l’effet varie selon la station, la concurrence locale et la durée du dispositif.

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Quand un automobiliste paie plus de deux euros son litre de carburant, une question revient : TotalEnergies perd-il vraiment de l’argent en France ? La réponse dépend du périmètre retenu. À la pompe, le groupe peut rogner ses marges. Mais ses activités françaises ne se résument pas à ses stations-service.

Une phrase présidentielle qui mélange plusieurs réalités

« Ils sont patriotes, ils ne font pas de marge chez nous », a déclaré Emmanuel Macron au sujet de TotalEnergies, jeudi 24 septembre. La formule visait le plafonnement volontaire des prix dans les stations du groupe.

Depuis plusieurs mois, TotalEnergies limite en effet le prix de certains carburants. Le plafond atteint 1,99 euro par litre pour l’essence et 2,25 euros pour le gazole. Ces tarifs sont parfois inférieurs aux prix auxquels le groupe pourrait vendre ses produits selon les conditions du marché.

Le dispositif profite directement aux clients des stations concernées. En revanche, il peut réduire la marge réalisée sur chaque litre vendu. C’est ce que Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, a expliqué devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, le 17 juin 2026.

Le dirigeant a estimé que l’opération de plafonnement avait coûté environ 200 millions d’euros depuis sa mise en place. Dans une autre estimation, il a évoqué une facture comprise entre 250 et 300 millions d’euros depuis le début de la crise au Moyen-Orient. Ces montants restent des estimations du groupe.

À la pompe, TotalEnergies accepte de gagner moins

Le mécanisme est simple. Lorsque le prix de marché augmente fortement, une enseigne peut répercuter cette hausse à ses clients. TotalEnergies choisit de ne pas le faire entièrement dans son réseau.

Cette stratégie rend ses stations plus attractives. Elle peut donc augmenter le nombre de litres vendus. Le groupe perd davantage sur chaque litre, mais il espère compenser une partie de cet effort par des volumes plus élevés et par la fidélisation des clients.

Cette politique ne signifie toutefois pas que toutes les stations TotalEnergies vendent systématiquement à perte. Le résultat dépend du prix d’achat du carburant, des taxes, du transport, des coûts d’exploitation et du niveau de concurrence locale.

Elle peut aussi fragiliser les stations indépendantes. Une petite entreprise dispose de moins de moyens pour réduire temporairement ses marges. Si les consommateurs se concentrent dans les grandes enseignes, les stations rurales ou isolées peuvent perdre des volumes et voir leur équilibre économique se dégrader.

Lors de son audition parlementaire, Patrick Pouyanné a reconnu que l’attractivité des prix pouvait favoriser l’enseigne TotalEnergies. Une députée du Rassemblement national a également alerté sur le risque d’affaiblissement des stations indépendantes. Le débat ne porte donc pas seulement sur le pouvoir d’achat immédiat. Il concerne aussi la structure future du réseau de distribution.

Le raffinage change complètement le calcul

TotalEnergies ne fait pas qu’acheter des produits raffinés pour les revendre. Le groupe possède encore trois raffineries en France : à Donges, en Loire-Atlantique, à Feyzin, dans le Rhône, et à Gonfreville-l’Orcher, en Seine-Maritime.

Une raffinerie transforme le pétrole brut en essence, gazole, kérosène et autres produits. Sa rentabilité dépend de l’écart entre le prix du brut et la valeur des produits obtenus. Cet écart est appelé marge de raffinage.

En temps normal, cette marge peut rester limitée. Elle augmente cependant lorsque l’offre mondiale se tend. Une guerre, une panne industrielle ou l’arrêt d’une raffinerie réduit les volumes disponibles. Les prix des produits raffinés montent alors plus vite que ceux du pétrole brut.

Le ministère de la Transition écologique précise que la marge brute de raffinage sur Brent est un indicateur théorique. Elle donne une tendance du marché, mais ne correspond pas exactement au bénéfice de chaque raffinerie française. Les installations n’ont pas les mêmes coûts, les mêmes équipements ni les mêmes niveaux de production. La définition officielle de la marge de raffinage sur Brent permet de comprendre cette différence.

Selon les déclarations de Patrick Pouyanné devant les députés, la marge de raffinage atteignait environ 13 dollars par baril au printemps 2026. Il l’a comparée à une moyenne d’environ cinq à six dollars sur les dix dernières années.

Le PDG a aussi estimé que l’activité de raffinage en France avait généré environ 500 millions d’euros au premier trimestre 2026. L’essentiel de ce résultat aurait été réalisé en mars, lorsque les marges ont fortement progressé.

Une activité française rentable, mais pas de la manière annoncée

Le groupe peut donc perdre de l’argent sur la vente d’un carburant dans une station et gagner de l’argent en amont, grâce au raffinage. Ces deux affirmations ne sont pas incompatibles.

Les comptes publiés par TotalEnergies montrent d’ailleurs un environnement très favorable pour ses activités de raffinage. L’indicateur européen de marge de raffinage du groupe s’est établi à 11,4 dollars par baril au premier trimestre 2026, puis à 13,5 dollars au deuxième trimestre. Cet indicateur reste une référence de marché. Il ne mesure pas directement le résultat de la France. Les principaux indicateurs financiers de TotalEnergies détaillent cette méthode de calcul.

La situation est donc plus nuancée que la phrase « TotalEnergies ne fait pas de marge en France ». Le groupe peut réduire ses marges dans la distribution tout en profitant de marges élevées dans le raffinage, le négoce ou d’autres activités industrielles.

Cette intégration verticale est un avantage pour un grand groupe. TotalEnergies contrôle plusieurs étapes de la chaîne, de l’approvisionnement au raffinage, puis jusqu’à la distribution. Il peut ainsi compenser une perte sur une activité par un gain sur une autre.

Les consommateurs, eux, ne bénéficient pas tous de cette capacité. Les clients proches d’une station plafonnée peuvent payer moins cher. Ceux qui dépendent d’une station indépendante, d’une zone rurale ou d’un territoire moins concurrentiel peuvent ne pas profiter du même effort.

Le débat porte aussi sur les bénéfices et l’impôt

La question dépasse donc le prix affiché sur les panneaux des stations. Elle concerne aussi la localisation des bénéfices, les investissements industriels et la fiscalité.

Patrick Pouyanné a affirmé que les activités françaises de raffinage et de pétrochimie avaient souvent été déficitaires sur les dix dernières années. Il a également rappelé que le groupe investissait dans ses raffineries, notamment à Donges, pour maintenir l’approvisionnement du pays.

À l’inverse, des députés de gauche estiment que les bénéfices exceptionnels réalisés pendant une crise devraient davantage contribuer au financement des mesures destinées aux ménages. Ils demandent aussi plus de transparence sur la répartition des résultats entre les pays et les activités.

Ces positions ne répondent pas à la même question. TotalEnergies parle de rentabilité globale et de cycles industriels. Ses opposants regardent la situation des consommateurs, les bénéfices réalisés pendant la crise et la contribution fiscale du groupe en France.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Le prochain point clé sera l’évolution des marges de raffinage au second semestre 2026. Si elles restent élevées, TotalEnergies pourrait continuer à compenser le coût du plafonnement des carburants par ses activités industrielles.

Il faudra aussi suivre la durée du dispositif de prix plafonnés et son effet sur les stations indépendantes. Enfin, les prochains résultats financiers permettront de distinguer plus clairement la performance mondiale du groupe et celle de ses activités françaises.

En résumé, Emmanuel Macron a raison sur un point précis : TotalEnergies peut limiter fortement sa marge dans ses stations-service. Mais cette affirmation devient incomplète si elle s’applique à l’ensemble de ses activités en France. Le raffinage, lui, peut générer des bénéfices importants lorsque les marchés sont sous tension.

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