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MUNICIPALITéS La rémunération des élus en question

À Saint-Denis, le débat sur les indemnités des élus révèle le défi de concilier transparence et exercice du mandat

Elsa Marcel affirme que Bally Bagayoko perçoit près de 9 000 euros bruts par mois pour ses fonctions, un chiffre contesté par le maire. Au-delà de leur affrontement politique, les règles et les documents publics peuvent éclairer la rémunération réelle des élus.

Feuille récapitulative posée sur un pupitre en bois, devant des rangées de bureaux et de microphones dans une salle de conseil.
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En bref

À Saint-Denis, l’élue d’opposition Elsa Marcel avance un total de près de 9 000 euros bruts mensuels pour les fonctions de Bally Bagayoko, qui conteste ce chiffre. La polémique met en jeu la transparence des revenus des élus et la façon de concilier indemnisation du mandat, règles légales et exigence de proximité avec les habitants.

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Combien faut-il rémunérer un maire pour qu’il puisse exercer ses responsabilités sans s’éloigner des habitants qu’il représente ? À Saint-Denis, cette question provoque un affrontement entre Bally Bagayoko et une opposition située à sa gauche.

Elsa Marcel, conseillère municipale de Révolution permanente, affirme que le maire de La France insoumise perçoit 9 000 euros bruts mensuels pour l’ensemble de ses fonctions. Bally Bagayoko conteste cette affirmation. Derrière le chiffre, deux débats se croisent : quels revenus comparer, et quelle rémunération une gauche de rupture devrait-elle accepter ?

Une bataille politique autour d’un montant contesté

Avocate et élue d’opposition, Elsa Marcel a formulé son accusation le mardi 20 octobre 2026. Bally Bagayoko lui a répondu sur X, demandant comment elle pouvait « mentir de la sorte » et dénonçant « la haine déployée ». Le montant avancé reste donc une affirmation de l’opposante, pas un total reconnu par les deux protagonistes.

La controverse prolonge une intervention lors du meeting d’Anasse Kazib, candidat à la présidentielle, organisé le 11 octobre. Révolution permanente y défendait une limitation des revenus des élus. Le mouvement cherche ainsi à distinguer sa conception de la représentation politique de celle portée par LFI.

L’enjeu dépasse toutefois la concurrence militante. Pour les habitants, un total mensuel ne devient compréhensible qu’avec son détail : fonctions concernées, sommes effectivement versées et période retenue. Une accusation globale et un démenti ne répondent pas, à eux seuls, à ces questions.

Un mandat municipal n’est pas un emploi salarié

Le mot « salaire » simplifie une réalité juridique différente. Un maire reçoit une indemnité de fonction, destinée à tenir compte des dépenses et contraintes du mandat. La présentation officielle des indemnités des élus locaux rappelle que leur versement suppose l’exercice effectif des responsabilités.

Les règles dépendent notamment de la population de la commune. Le maire bénéficie d’un taux légal ; il peut demander une indemnité inférieure, avec l’accord du conseil municipal. Les décisions indemnitaires s’accompagnent également d’un tableau récapitulatif. Autrement dit, la discussion ne relève pas seulement d’un choix individuel : elle engage aussi des décisions publiques consultables.

En cas de cumul de fonctions, la loi prévoit par ailleurs un plafond global pour les rémunérations et indemnités concernées. Mais connaître cette règle ne permet pas de trancher automatiquement la controverse dionysienne. Il faut d’abord connaître la composition exacte du montant dénoncé et appliquer les règles correspondant à chaque versement.

Enfin, brut et net ne sont pas interchangeables. Les indemnités peuvent supporter des cotisations et contributions sociales, comme l’explique l’Urssaf dans ses règles applicables aux élus locaux. Une comparaison avec les revenus des habitants doit donc utiliser une même base.

Petites communes et grandes villes : des contraintes différentes

Bally Bagayoko dirige une commune issue du rapprochement de Saint-Denis et Pierrefitte. La municipalité indique qu’il a remporté le premier tour des élections municipales du 15 mars 2026 avec 50,77 % des voix, dans sa présentation du maire de Saint-Denis–Pierrefitte. La discussion porte donc sur l’exercice d’un exécutif municipal important, pas sur un mandat identique à celui d’une petite commune.

Cette différence compte. Le guide du maire pour 2026 présente des barèmes progressant avec la population. Le cadre national reconnaît ainsi des contraintes différentes selon la taille des collectivités, sans résoudre la question politique du niveau souhaitable des indemnités.

Une limitation stricte vise à réduire la distance matérielle entre représentants et représentés. Elle bénéficie politiquement aux mouvements qui font de cette proximité un critère de crédibilité. C’est le terrain choisi par Révolution permanente pour contester LFI.

En sens inverse, une indemnisation doit permettre d’exercer un mandat sans dépendre d’un patrimoine personnel. Le même plafond n’aurait pas les mêmes conséquences pour une personne disposant de revenus privés et pour un salarié interrompant son activité. Le guide de l’Association des maires de France sur le statut de l’élu détaille précisément les protections sociales liées à ces situations professionnelles différentes.

Deux gauches concurrentes, mais pas opposées sur tout

Pour Révolution permanente, cette bataille permet d’interroger la cohérence entre discours de rupture et conditions matérielles des élus. Pour Bally Bagayoko, contester le montant revient à défendre sa crédibilité personnelle autant que celle de sa majorité. Ces intérêts politiques ne suffisent cependant ni à valider l’accusation ni à l’écarter.

Leurs rapports ne se résument d’ailleurs pas à cet affrontement. Le 4 avril 2026, Elsa Marcel avait exprimé sa solidarité avec le maire face aux attaques racistes le visant. Cette position figure dans le compte rendu publié par son mouvement sur le conseil municipal. Soutien face au racisme et opposition sur les indemnités coexistent donc.

Pour les habitants, la question utile reste distincte de cette rivalité : quelles sommes publiques correspondent à quelles responsabilités ? La transparence permet de discuter simultanément du respect des règles et de l’opportunité politique des montants.

Le prochain point de contrôle : les documents budgétaires

La suite concrète se jouera dans les précisions chiffrées que fourniront les protagonistes, puis dans les documents accompagnant le prochain budget municipal. Le guide officiel du maire prévoit un état annuel des indemnités communiqué aux conseillers avant l’examen budgétaire. Ce rendez-vous permettra de confronter les montants effectivement perçus aux chiffres avancés dans la polémique, fonction par fonction.

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