À Marseille, les renforts promis pour samedi devront protéger commerces et libertés sans confondre manifestants et casseurs
Après les pillages, Laurent Nuñez promet davantage de policiers et des interventions plus mobiles à Marseille samedi 24 octobre. Reste à protéger les commerces et les habitants sans entraver les manifestations pacifiques.

Après les violences et les pillages, le ministre de l’Intérieur annonce un dispositif policier renforcé pour la manifestation du samedi 24 octobre à Marseille, avec des interventions plus mobiles. La réponse devra protéger habitants et commerces, tout en distinguant les auteurs de violences des manifestants pacifiques et en préservant leurs libertés.
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Comment ouvrir son commerce, circuler ou manifester sans craindre de nouvelles violences ? À Marseille, cette question domine les préparatifs du rassemblement annoncé samedi 24 octobre.
Après les pillages du samedi 17 octobre, Laurent Nuñez promet davantage de policiers et des interventions plus mobiles. Mais le nombre d’agents ne résume pas le défi : il faut protéger plusieurs lieux simultanément, tout en préservant la liberté de manifester.
Des renforts promis, sans effectif annoncé
Le ministre de l’Intérieur a rencontré Benoît Payan lundi 19 octobre au soir, pendant plus de 45 minutes. Le maire de Marseille réclamait sa venue et demandait des comptes sur les moyens engagés lors des violences.
À l’issue de cet entretien, Laurent Nuñez a annoncé « un dispositif policier très important et qui sera de toute façon plus nombreux que ce qu’il était samedi dernier ». Il n’a toutefois communiqué aucun effectif précis.
Le ministre veut aussi modifier la manière d’intervenir. L’emploi des policiers reposera davantage sur la mobilité et une grande réactivité, explique-t-il. Selon son récit, des groupes ont attaqué simultanément dix à quinze endroits, avec parfois 200 personnes sur un même point.
Cette description éclaire le problème opérationnel : protéger un bâtiment ne suffit pas lorsque les dégradations se déplacent dans plusieurs rues. La promesse porte donc autant sur la capacité à intervenir rapidement que sur le volume des renforts.
Benoît Payan affirme avoir obtenu des « réponses claires ». Il dit surtout avoir discuté des jours et semaines à venir, face au risque de nouvelles violences. L’entretien apaise ainsi le désaccord public, sans fournir encore le détail du dispositif attendu samedi.
Des dégâts importants, des estimations contestées
La Chambre de commerce et d’industrie locale a recensé lundi « 500 commerces impactés, dont 317 sinistrés et pillés ». Ces deux nombres ne décrivent pas la même situation : le premier couvre l’ensemble des établissements affectés, le second les commerces sinistrés et pillés.
Le bilan policier et judiciaire apporte un autre éclairage. Le parquet a fait état de 101 interpellations : 74 majeurs et 27 mineurs. Parmi les infractions retenues, 80 % concernent des vols avec dégradations en réunion, c’est-à-dire commis à plusieurs. Les violences contre une personne dépositaire de l’autorité publique représentent 13 %.
Ces interpellations ne constituent pas des condamnations. Elles ne permettent pas non plus de mesurer, à elles seules, le nombre total de personnes ayant participé aux violences.
Sur ce dernier point, le désaccord reste entier. La préfecture de police a avancé jusqu’à 30 000 pilleurs, dont 8 000 « émeutiers ». Benoît Payan a qualifié ces chiffres de « farfelus ». Laurent Nuñez souhaite éviter « une querelle de chiffres » et évoque quelques milliers de casseurs.
Il faut donc distinguer les dégâts recensés, les personnes interpellées et les estimations de foule. Les additionner ou les confondre brouillerait la compréhension des événements et du dimensionnement des renforts.
Pour les commerces, la sécurité ne règle pas toutes les pertes
Les commerçants constituent les bénéficiaires directs de la protection annoncée. Cependant, empêcher de nouveaux pillages ne répare ni les vitrines déjà brisées ni les marchandises disparues. La remise en état et la reprise d’activité forment un second chantier.
Marseille dispose d’un précédent concret. Après les émeutes de juin et juillet 2023, la Métropole, la Région Sud et la CCI avaient lancé un fonds de soutien de 10 millions d’euros aux commerces pillés. Le dispositif prévoyait une aide de l’ordre de 10 000 euros par établissement, pouvant couvrir notamment des pertes d’exploitation.
Ce précédent ne vaut pas annonce d’une nouvelle aide. Il montre néanmoins que les conséquences économiques dépassent le seul coût des objets volés. Une fermeture entraîne aussi une interruption des ventes, même lorsque les réparations avancent.
L’enjeu diffère donc selon les établissements. Un commerce directement pillé doit remettre ses locaux en état et reconstituer son stock. Un commerce seulement affecté par les perturbations rencontre un autre problème : retrouver des conditions normales d’ouverture et de fréquentation.
Pour les habitants et les salariés, l’attente concerne également l’accès aux rues et aux lieux de travail. L’efficacité du dispositif devra ainsi se mesurer à la protection concrète des personnes et des activités, pas seulement au nombre d’interpellations.
Protéger sans confondre manifestants et auteurs de violences
Le renforcement policier répond à la demande de protection portée par le maire et les commerçants. Pour le ministre, il répond aussi à la nécessité de prévenir une répétition des attaques. Les participants pacifiques ont, eux, intérêt à pouvoir manifester sans subir les violences ni des restrictions disproportionnées.
Cette exigence constitue un contrepoint essentiel au débat sur les effectifs. Dans ses recommandations sur le maintien de l’ordre publiées en mars 2023, la Défenseure des droits demande de privilégier la prévention, l’apaisement et la protection des libertés. Elle réclame aussi un encadrement strict des contrôles et des fouilles.
Ces recommandations générales ne constituent pas une appréciation des opérations marseillaises. Elles rappellent toutefois que renforcer les moyens ne dispense pas de distinguer les comportements individuels. La mobilité annoncée devra s’accompagner de discernement dans les interventions.
Samedi, des personnes avaient également pénétré dans le hall de la mairie, inscrit un tag anarchiste et renversé un buste de Marianne. Cet épisode ajoute une dimension institutionnelle aux dégâts commerciaux : la protection des bâtiments publics fait aussi partie des attentes.
Le prochain rendez-vous est donc fixé au samedi 24 octobre. D’ici là, les points à surveiller sont précis : les effectifs effectivement mobilisés, leur répartition et les consignes d’intervention. Puis viendra l’épreuve concrète : prévenir les attaques simultanées sans empêcher le déroulement pacifique de la manifestation.



