Jordan Bardella peut-il convertir les succès électoraux du RN en majorité capable de gouverner la France ?
La progression du Rassemblement national aux européennes et aux législatives marque le bilan de Jordan Bardella. Mais les 143 députés de son camp n’ont pas suffi à former une majorité, tandis que le congrès d’Orléans relance la question de son autonomie face à Marine Le Pen.

Jordan Bardella a conduit le RN à un résultat de 31,37 % aux européennes de 2024, puis à un groupe de 126 députés après les législatives. Avec ses alliés, son camp compte 143 élus, sans majorité absolue à l’Assemblée. Le congrès d’Orléans doit aussi préciser la place de Marine Le Pen dans la préparation de 2027.
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Gagner des voix suffit-il à prouver qu’un parti peut gouverner ? Pour Jordan Bardella, le bilan à la tête du Rassemblement national se joue dans cet écart : une progression électorale réelle, mais une capacité à conquérir le pouvoir encore à démontrer.
À Orléans, le congrès du RN doit renouveler sa direction et préparer la présidentielle de 2027. Derrière la reconduction attendue de son président, une question demeure : qu’a-t-il changé dans un mouvement toujours étroitement associé à Marine Le Pen ?
Cinq ans aux commandes, mais quatre ans depuis son élection
La chronologie compte pour apprécier ce bilan. Jordan Bardella prend la présidence par intérim en septembre 2021, lorsque Marine Le Pen se consacre à la présidentielle. Il remporte ensuite l’élection interne du 5 novembre 2022 avec 84,84 % des suffrages exprimés, face à Louis Aliot. Sa déclaration auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique distingue bien ces deux périodes.
Il exerce donc la fonction depuis cinq ans, mais son mandat électif remonte à près de quatre ans. De même, le programme officiel du congrès du Rassemblement national fixe le rendez-vous aux 24 et 25 octobre 2026, et non aux 23 et 24 octobre. Le parti prévoit l’annonce des résultats internes le samedi, puis un grand meeting le dimanche.
En 2022, son accession représente une rupture symbolique : la présidence quitte la famille Le Pen. Toutefois, ce changement de visage ne signifie pas un effacement de Marine Le Pen. Le programme d’Orléans met encore les deux responsables au premier plan. Il faut donc distinguer le renouvellement de l’organigramme et le partage effectif du pouvoir.
Une progression électorale impossible à effacer du bilan
Qualifier ces années de simple stagnation ne résisterait pas aux résultats. Aux européennes de juin 2024, la liste conduite par Jordan Bardella obtient 31,37 % des suffrages exprimés et 30 sièges. Les résultats officiels des élections européennes de 2024 constituent un acquis majeur pour le président du RN.
Ce succès bénéficie directement à Bardella : il conduit personnellement la liste. Il profite aussi au parti, qui renforce sa représentation européenne. En revanche, une victoire dans ce scrutin national à la proportionnelle ne démontre pas, à elle seule, l’existence d’une majorité prête à lui confier le gouvernement français.
Les législatives de 2024 montrent précisément cette limite. Le RN fait élire 126 députés, contre 89 en 2022. Avec les 17 élus issus de l’alliance avec Éric Ciotti, son camp atteint 143 sièges. C’est une progression importante, mais très loin des 289 nécessaires pour disposer d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale.
Le bilan des législatives de 2024 établi par LCP souligne ce double résultat : un nombre record de députés, sans la victoire permettant de gouverner. Le jugement sur Bardella dépend ainsi du critère retenu. Élargir la représentation du RN est un succès. Transformer cette poussée en majorité reste une autre épreuve.
Le rapport de force ne se résume pas à la popularité du chef
Pourquoi cet écart ? Les règles électorales changent les conditions de la victoire. Aux européennes, les voix déterminent la répartition des sièges entre les listes. Aux législatives, chaque circonscription organise sa propre compétition, avec un second tour lorsque personne ne l’emporte dès le premier.
En 2024, les désistements ont permis de concentrer une partie des voix opposées au RN sur un seul candidat. Ce « front républicain » désigne une stratégie de retrait et de vote destinée à empêcher l’élection de l’extrême droite. Une analyse du Cevipof consacrée aux scrutins de 2024 constate l’efficacité de ce mécanisme.
Cette configuration bénéficie aux adversaires du RN capables de rassembler au-delà de leur électorat habituel. À l’inverse, elle pénalise ses candidats lorsqu’ils restent isolés au second tour. Pour Bardella, la difficulté ne consiste donc pas seulement à mobiliser davantage de sympathisants : elle concerne aussi les alliances et la capacité à convaincre hors du socle partisan.
Les effets diffèrent également selon les territoires. Les cartes électorales de 2024 montrent un RN plus largement implanté, mais des résistances persistantes, notamment en Bretagne et en Île-de-France. Une forte présence médiatique nationale ne remplace donc pas automatiquement le travail des candidats locaux. Pour les électeurs, le choix porte aussi sur une personne susceptible de représenter leur circonscription.
À Orléans, deux lectures opposées de la normalisation
Le congrès doit conforter la direction et afficher sa préparation pour 2027. Ses règles donnent toutefois un rôle important aux responsables déjà installés : un candidat à la présidence doit obtenir le parrainage d’au moins 20 % des membres du Conseil national élargi. Ce filtre favorise les candidatures disposant de relais internes, comme le précise le protocole publié par le parti.
À l’extérieur, les opposants contestent cette démonstration de normalisation. Des responsables de gauche et des organisations syndicales appellent à manifester à Orléans. Leur objectif est de maintenir une opposition politique visible à l’extrême droite, face à un RN qui entend présenter son congrès comme une étape vers le pouvoir. LCP détaille cette mobilisation et les mesures de sécurité annoncées.
Les habitants, eux, subissent des conséquences immédiates, indépendamment de leurs préférences politiques : restrictions de circulation, arrêt annoncé des tramways et protections autour de certains bâtiments. Le rendez-vous partisan mobilise ainsi l’espace public bien au-delà des seuls adhérents.
Les résultats internes du 24 octobre, la composition des instances et les discours du meeting du 25 octobre fourniront les prochains éléments concrets. Ils permettront surtout d’observer comment Bardella et Marine Le Pen répartissent les responsabilités pour 2027, au-delà de l’affichage d’unité.



