Marine Le Pen promet de rendre le pouvoir aux citoyens, mais le référendum reste encadré par la Constitution
À Orléans, Marine Le Pen a placé sa campagne sous le signe d’une transformation progressive et d’un recours accru au référendum. La portée de cette promesse dépendra des mesures proposées et des règles constitutionnelles qui encadrent la consultation populaire.

À Orléans, Marine Le Pen a présenté la « Renaissance » comme une transformation progressive et défendu le référendum pour rapprocher les citoyens des décisions politiques. Or, la Constitution distingue les consultations législatives des révisions constitutionnelles, qui exigent notamment un accord préalable des deux chambres. La mise en œuvre de cette promesse dépendra donc des textes soumis et
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Comment reprendre la main sur les décisions politiques quand on ne fait plus confiance aux dirigeants ? À Orléans, Marine Le Pen répond par une promesse de « Renaissance » et un recours accru au peuple.
Lors de son meeting du dimanche 25 octobre 2026, la candidate du Rassemblement national à la présidentielle a défendu une transformation progressive du pays. Son objectif affiché : regarder vers l’avenir sans renier le passé. Mais derrière cette mise en scène optimiste, une question demeure : quels changements concrets, avec quels moyens et quels contre-pouvoirs ?
Une promesse d’avenir pour dépasser la nostalgie
Le rendez-vous d’Orléans marque une étape dans la campagne présidentielle de 2027. La présentation officielle du meeting de Marine Le Pen et Jordan Bardella revendique elle-même le lancement de cette campagne autour de la « Renaissance de la France ».
Dans son discours, Marine Le Pen compare la période actuelle aux mutations historiques et technologiques de la Renaissance. Elle présente cette référence comme « une méthode, pas une rupture brutale et encore moins une révolution destructrice ». La comparaison sert donc moins à décrire une politique précise qu’à donner une direction générale.
La candidate insiste : « Je ne vous propose pas de refaire la France d’avant, je vous propose de concevoir et de construire la France de demain ». Elle résume ensuite son message : « C’était bien avant, ce sera mieux demain ».
Politiquement, cette formulation permet de parler à deux publics. Les électeurs attachés aux références nationales peuvent y retrouver une continuité. Ceux qui attendent des réponses nouvelles peuvent entendre une promesse de modernisation. C’est l’équilibre recherché par ce discours : conserver les repères tout en récusant l’image d’un retour en arrière.
La défiance politique, terrain de cette campagne
Cette promesse intervient dans un climat de défiance documenté. Publié le 9 février, le Baromètre de la confiance politique 2026 du CEVIPOF, réalisé par OpinionWay, indique que seuls 22 % des Français déclarent avoir confiance dans la politique. Les partis recueillent 15 % de confiance, contre 60 % pour les maires.
Le contraste compte. Il montre que le rejet ne touche pas tous les responsables de la même manière. Les élus de proximité conservent davantage de crédit que les organisations nationales. Pour une candidate à l’Élysée, promettre une réconciliation suppose donc de dépasser le seul changement de personne au sommet.
Marine Le Pen affirme précisément vouloir rendre le pouvoir aux citoyens : « Si nous voulons le pouvoir, ce n’est pas pour nous, mais pour le rendre au peuple ». Elle promet que sa « Renaissance » réconciliera les citoyens avec la politique.
Cette position bénéficie directement au RN : elle lui permet de présenter sa conquête du pouvoir comme une réponse au sentiment de dépossession. Toutefois, la défiance ne constitue pas, à elle seule, une adhésion à son programme. Elle peut aussi nourrir d’autres offres politiques, l’abstention ou des demandes de participation locale.
Le référendum ne supprime pas les règles constitutionnelles
Pour donner corps à cette restitution du pouvoir, Marine Le Pen fait l’éloge du référendum. Cette procédure permet aux électeurs de décider directement sur un texte. Elle rencontre une attente réelle : le même baromètre relève que 79 % des répondants souhaitent un recours plus fréquent au référendum.
Mais consulter les citoyens ne signifie pas pouvoir leur soumettre n’importe quelle question par n’importe quelle procédure. Comme l’explique le ministère de l’Intérieur dans sa présentation des référendums en France, deux cadres principaux existent. L’article 11 concerne notamment l’organisation des pouvoirs publics et certaines réformes économiques, sociales ou environnementales.
La révision de la Constitution relève, elle, de l’article 89. Ce cadre exige d’abord que l’Assemblée nationale et le Sénat adoptent le même texte. Autrement dit, une victoire présidentielle ne suffit pas à effacer le rôle du Parlement.
Les effets diffèrent selon les acteurs. Pour les électeurs, le référendum ouvre un pouvoir de décision direct. Pour l’exécutif qui en prend l’initiative, il permet aussi de fixer les termes du choix. Les parlementaires conservent, selon la procédure, un rôle décisif. L’enjeu porte donc autant sur la question posée que sur l’identité de celui qui la formule.
La proximité et les services publics, contrepoint au récit présidentiel
Les travaux du CEVIPOF apportent un contrepoint à l’idée qu’une relation directe entre un dirigeant et le peuple résoudrait seule la crise. Les chercheurs soulignent aussi la demande de proximité, de décentralisation et de participation. Leur enquête relève que 77 % des répondants soutiennent l’organisation de conventions citoyennes.
Ce diagnostic ne réfute pas l’intérêt du référendum. Il élargit cependant la discussion : rendre du pouvoir peut aussi passer par les collectivités et des dispositifs de délibération. Ces options donnent davantage de place aux acteurs locaux et aux citoyens entre deux scrutins nationaux.
La confiance reste également forte envers les institutions de protection : les hôpitaux atteignent 79 %, la Sécurité sociale 68 %, selon cette enquête. Ce résultat rappelle le poids des réponses concrètes. Pour les usagers, la relation au politique passe aussi par un soin accessible ou un service qui fonctionne.
La promesse de prospérité appelle ainsi des arbitrages que la métaphore historique ne tranche pas. Une mesure fiscale ne produit pas les mêmes effets pour un ménage modeste et une grande entreprise. Une réorganisation des services publics pose des questions différentes dans une métropole et un territoire éloigné. Financement, bénéficiaires et calendrier permettront de juger les propositions.
Après Orléans, l’épreuve des mesures
Marine Le Pen a posé un récit : transformer sans détruire, promettre un avenir meilleur et consulter davantage les citoyens. Dans les prochaines semaines de campagne, le point à surveiller sera sa traduction opérationnelle : les textes proposés au référendum, leur fondement constitutionnel et les moyens consacrés aux engagements économiques et sociaux. C’est sur ces précisions que pourra se mesurer la portée de sa « Renaissance ».



