Au congrès du RN, l’expulsion de journalistes pose la question de l’indépendance réelle de la presse
Des journalistes accrédités ont été brièvement évacués du congrès du Rassemblement national à Orléans avant de pouvoir y retourner. L’incident, survenu après des révélations contestées sur Jordan Bardella, relance le débat sur l’accès de la presse aux événements politiques.

À Orléans, le service d’ordre du Rassemblement national a évacué des journalistes accrédités avant de les laisser réintégrer le congrès. Le parti a invoqué la crainte d’un mouvement de foule, tandis que l’incident survient dans un contexte de tensions après des révélations contestées sur Jordan Bardella. L’épisode soulève des questions sur les conditions d’accès des médias aux rassemblements
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Peut-on informer librement sur un parti lorsque ses militants prennent les journalistes pour cible ? À Orléans, l’expulsion temporaire d’une équipe de Mediapart interroge les conditions concrètes de couverture d’une campagne présidentielle.
Un rendez-vous politique, pas seulement une réunion interne
Le Rassemblement national réunissait environ 5 000 militants et cadres, samedi 24 octobre 2026, au Zénith d’Orléans. Jordan Bardella, seul candidat à sa succession, y a obtenu sa réélection à la présidence du parti. Les adhérents devaient également renouveler les instances internes.
Mais ce congrès dépasse la seule organisation du mouvement. Il précède le premier grand meeting de campagne présidentielle de Marine Le Pen, programmé dimanche 25 octobre. Le RN attend environ 10 000 participants pour cette seconde journée. Le parti entend donc transformer son rassemblement militant en lancement électoral.
Le calendrier officiel du congrès du Rassemblement national distingue ces deux séquences : résultats des élections internes le samedi, meeting présidentiel le dimanche. Pour les dirigeants, l’enjeu consiste à afficher une organisation prête à gouverner. Pour les journalistes, il s’agit aussi d’observer ce que cette mise en scène laisse hors champ.
Une équipe accréditée, évacuée puis autorisée à revenir
C’est avant l’ouverture officielle du congrès que des militants ont pris à partie l’équipe de Mediapart. Les journalistes disposaient pourtant d’une accréditation, c’est-à-dire d’une autorisation délivrée par l’organisation pour couvrir l’événement. Le service d’ordre du RN les a ensuite brutalement évacués de la salle.
Les images de la scène montrent des journalistes poussés vers l’extérieur. L’un d’eux proteste : « Vous ne sortez pas la presse. » Le directeur du service de presse du RN intervient finalement auprès des agents. L’équipe peut ensuite regagner la salle avant le début officiel du rassemblement.
Le parti avance une raison de sécurité : la « peur d’un mouvement de foule », selon l’explication rapportée par une journaliste de TF1 présente sur place. Cette justification décrit le risque invoqué par le RN. Elle ne répond pas, à elle seule, à la question des gestes employés contre les reporters.
Dans son témoignage sur les violences subies au congrès du RN, Mediapart indique que quatre de ses journalistes ont été physiquement malmenés. Le média dénonce une atteinte à leur travail. Il est ici à la fois l’employeur des personnes concernées et un acteur directement engagé dans la contestation de leur traitement.
Des révélations contestées en arrière-plan
L’incident intervient après la publication d’enquêtes sur des écrits antisémites attribués à Jordan Bardella. Celui-ci conteste en être l’auteur et a déposé plainte pour diffamation. Cette procédure porte sur des accusations qu’il estime attentatoires à sa réputation ; elle ne constitue pas, en elle-même, une décision sur leur véracité.
Il faut donc distinguer deux dossiers. D’un côté, l’attribution de ces écrits oppose le responsable politique au média d’investigation. De l’autre, des journalistes autorisés à couvrir un congrès ont subi une évacuation physique. Le désaccord sur une enquête ne tranche pas la question de leurs conditions de travail.
Le cofondateur de Mediapart, Edwy Plenel, affirme que les journalistes ont reçu des excuses après leur réintégration. Les éléments rapportés sur l’expulsion et le retour des journalistes font ainsi apparaître deux réponses successives : l’intervention du service d’ordre, puis celle des responsables de presse pour permettre la reprise du travail.
La sécurité et l’information ne protègent pas les mêmes intérêts
Pour le RN, maintenir l’ordre permet de protéger les participants et d’assurer le déroulement du congrès. Cela préserve aussi la visibilité de ses discours et de ses annonces. Pour les reporters, rester dans la salle permet de recueillir des images et des témoignages sans dépendre exclusivement de la communication du parti.
Le rapport de force reste cependant asymétrique. L’organisateur contrôle les accès, les déplacements et son service de sécurité. Les journalistes présents dépendent donc matériellement de ses décisions, même lorsqu’ils disposent d’une accréditation. À Orléans, cette autorisation n’a pas empêché l’expulsion temporaire de l’équipe.
Les effets diffèrent aussi selon les acteurs. Les dirigeants conservent la tribune et leurs moyens de communication. Les reporters interrompent leur collecte d’informations. Quant aux citoyens absents du congrès, ils dépendent des comptes rendus pour comprendre l’événement. L’accès de la presse concerne donc aussi ceux qui ne participent pas au rassemblement.
Une ville mobilisée, une nouvelle séquence électorale attendue
À l’extérieur, une mobilisation importante contestait la présence du parti d’extrême droite. La manifestation a rassemblé 13 000 personnes selon les autorités, contre 26 000 selon les organisateurs. Ces chiffres correspondent à deux comptages distincts, pas à une estimation unique.
La dépêche de l’AFP sur la manifestation et la réélection de Bardella précise que le défilé s’est déroulé dans le calme. Cette mobilisation extérieure doit donc rester distincte des tensions survenues à l’intérieur du Zénith.
La prochaine échéance annoncée est le meeting de Marine Le Pen, dimanche 25 octobre. Au-delà du discours présidentiel, les conditions d’accueil et de travail des journalistes constitueront un point concret à observer après l’incident du samedi.



