À Orléans, la manifestation anti-RN met au jour les inquiétudes des citoyens face à la présidentielle de 2027
À Orléans, des milliers de personnes ont manifesté contre le Rassemblement national pendant son congrès. Leurs inquiétudes sur les libertés et le racisme se sont exprimées dans une ville fortement sécurisée, au lendemain de l’attentat de Trappes.

À Orléans, des milliers de personnes ont défilé contre le Rassemblement national, qui y tenait son congrès et lançait la campagne présidentielle de Marine Le Pen. La mobilisation, encadrée et calme, a mis en avant les inquiétudes de participants sur les libertés et le racisme, au lendemain de l’attentat de Trappes et La Verrière, qui a fait un mort et cinq blessés.
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Comment exprimer son opposition à un parti sans voir sa ville se mettre à l’arrêt ? À Orléans, des milliers de manifestants ont défilé dans le calme, samedi 24 octobre 2026, au milieu de commerces fermés et de transports interrompus.
Le Rassemblement national tient son congrès dans la ville pendant ce week-end des 24 et 25 octobre. Marine Le Pen y lance sa campagne présidentielle pour 2027. Ses opposants veulent, eux, rendre visibles leurs inquiétudes pour les libertés et les personnes exposées au racisme.
Une mobilisation importante, dans une ville sous protection
Le cortège a réuni 13 000 personnes selon la préfecture, contre 26 000 selon les organisateurs. Ces deux estimations doivent rester distinctes : elles ne constituent pas un comptage commun. La manifestation s’est déroulée sans débordements, avec une forte présence des services d’ordre syndicaux, chargés d’encadrer les participants.
Autour du défilé, le contraste était saisissant. Des commerces avaient fermé leurs portes et protégé leurs vitrines avec des panneaux de bois. Le tramway ne circulait plus. Un couvre-feu à partir de 21 heures concernait également les mineurs de moins de 15 ans.
Les autorités avaient aussi modifié le parcours pour limiter l’exposition du centre-ville. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, justifiait ce choix par les risques de violences et la présence redoutée de militants radicaux. Les changements imposés au parcours de la manifestation répondaient ainsi à une logique de prévention, avant même le départ du cortège.
Ces précautions ont toutefois un coût concret. Pour les commerçants fermés, elles signifient une interruption d’activité. Pour les habitants dépendants du tramway, elles compliquent les déplacements. Les participants aux deux rassemblements disposent d’organisations pour préparer leur venue ; les riverains, eux, doivent adapter leur quotidien aux restrictions.
Derrière les slogans, la crainte de droits fragilisés
Dans le cortège, plusieurs participants ont expliqué leur présence par des peurs personnelles. Une jeune femme métisse disait redouter les conséquences d’une arrivée du RN au pouvoir. Un autre manifestant évoquait ses proches musulmanes portant le voile et son inquiétude face aux propositions d’interdiction.
Ces témoignages expriment une crainte politique, pas une mesure déjà entrée en vigueur. Leur point commun est néanmoins précis : les personnes concernées ne vivent pas le débat présidentiel comme une simple compétition entre candidats. Elles s’interrogent sur leur liberté, leur sécurité et leur place dans la société.
Les organisateurs contestent ainsi la « dédiabolisation », cette stratégie par laquelle le RN cherche à rendre son image plus acceptable. À leurs yeux, le changement de présentation du parti ne dissipe pas les risques associés à son projet.
L’appel collectif à manifester contre le congrès du RN rassemble notamment des syndicats, des associations antiracistes et plusieurs partis de gauche. Il associe défense des libertés, salaires, services publics et partage des richesses. Ses signataires cherchent donc aussi à disputer au RN sa prétention à représenter les catégories populaires.
Pour ces organisations, l’enjeu dépasse le nombre de marcheurs : il s’agit de construire une opposition durable dans les entreprises et les territoires. Cependant, une mobilisation commune contre le RN ne signifie pas, à elle seule, un accord sur un programme ou une candidature présidentielle.
Après Trappes, une émotion forte et des accusations politiques
La manifestation intervenait au lendemain de l’attentat raciste commis le 23 octobre à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. L’attaque a fait un mort et cinq blessés. Elle a donné une gravité particulière aux prises de parole contre le racisme.
Présent à Orléans, Ali Rabeh, maire de Trappes, expliquait être venu « se réchauffer au contact de ceux qui n’ont jamais abandonné le combat antiraciste ». Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, dénonçait pour sa part « un discours de haine qui crée les conditions d’un passage à l’acte ».
Plusieurs manifestants mettaient également en cause les discours des élus RN. Il faut distinguer cette accusation politique d’une conclusion judiciaire. Leurs propos portent sur le climat du débat public ; ils ne démontrent pas une responsabilité du parti dans l’attentat.
Marine Le Pen a, de son côté, condamné le caractère terroriste et raciste de l’attaque. Le point sur l’enquête antiterroriste et les réactions politiques rappelle la nécessité de séparer les faits examinés par les enquêteurs des interprétations avancées dans le débat politique.
Deux libertés à protéger, un dimanche sous surveillance
Le RN présente les mobilisations contre son congrès sous un autre angle : celui de sa liberté de réunion. Avant le week-end, Marine Le Pen avait dénoncé les organisations cherchant, selon elle, à entraver un congrès démocratique. Cette position de Marine Le Pen sur les contre-manifestations permet au parti de défendre la tenue de son événement et de contester les méthodes de ses adversaires.
Le désaccord porte donc aussi sur les moyens d’action. Les opposants revendiquent une mobilisation publique contre le projet du RN. Celui-ci défend la possibilité de réunir ses militants. Manifester contre un parti et empêcher matériellement son rassemblement ne constituent pourtant pas la même démarche.
Le calme observé samedi ne règle pas la question du dimanche 25 octobre. Les autorités ont interdit les rassemblements prévus, redoutant des tentatives de perturbation de la prise de parole de Marine Le Pen. L’encadrement syndical présent samedi ne devait pas assurer le même rôle dimanche.
La prochaine étape immédiate concerne donc le déroulement du discours présidentiel de Marine Le Pen et le respect des interdictions de rassemblement. Pour les habitants, un autre indicateur sera tout aussi concret : la reprise des transports et de l’activité commerciale après ce week-end de restrictions.



