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ÉLECTIONS Le défi de l’après-scrutin

Au Brésil, la victoire de Lula ne referme pas la fracture politique qui pèse sur la vie des citoyens

Lula a remporté le second tour face à Flávio Bolsonaro, mais le scrutin n’a pas effacé les divisions du pays. Les alliances au Congrès et les choix du nouveau gouvernement montreront quelle marge de manœuvre le président aura réellement.

Des observateurs anonymes échangent dans une salle d’audition lumineuse d’un bâtiment de justice électorale au Brésil.
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En bref

Lula a remporté le second tour face à Flávio Bolsonaro, dans un pays où les électeurs restent profondément divisés sur l’héritage politique et judiciaire des Bolsonaro. Le nouveau président devra négocier avec un Congrès conservateur : ses alliances et ses premières décisions détermineront sa capacité à répondre aux attentes des citoyens.

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Comment gouverner ensemble quand une partie des électeurs voit dans le choix de l’autre une menace pour le pays ? Au Brésil, la présidentielle a révélé une fracture qui dépasse largement les programmes.

Le second tour du 25 octobre 2026 a finalement donné la victoire à Luiz Inácio Lula da Silva face à Flávio Bolsonaro. L’incertitude de l’avant-scrutin laisse donc place à une autre question : comment exercer un nouveau mandat dans un pays aussi divisé ?

Deux candidats, mais trois figures politiques

La campagne opposait le président sortant de gauche au fils de Jair Bolsonaro. Pourtant, dans les conversations, l’ancien président occupait presque autant de place que les deux candidats. Pour certains électeurs, voter Flávio revenait d’abord à prolonger le combat du père.

À Rio de Janeiro, Denilson résumait cette fidélité familiale : « La population vote encore pour Jair Bolsonaro. » À ses yeux, le fils représentait un dirigeant injustement écarté. Cette conviction donne au bolsonarisme une force particulière : son ancrage ne dépend pas uniquement du candidat présent sur le bulletin.

Mais cette lecture militante ne décrit pas la réalité judiciaire. Le 11 septembre 2025, la Cour suprême a condamné Jair Bolsonaro à vingt-sept ans et trois mois de prison, notamment pour tentative de coup d’État. L’ancien président a dirigé le pays de 2019 à 2022. Une analyse de l’Ifri sur les institutions et la droite brésiliennes rappelle le rôle déterminant des preuves et des témoignages militaires dans cette condamnation.

L’enjeu dépasse donc une alternance classique. Les fidèles des Bolsonaro veulent réhabiliter leur famille politique. Leurs adversaires considèrent, au contraire, que la sanction des tentatives de rupture démocratique protège les règles communes. Ces deux objectifs ne se confondent pas avec un simple désaccord économique.

Rejet de Lula contre peur du retour bolsonariste

« Des raisons pour que Lula reste, il n’y en a pas », affirmait Janaina, également rencontrée à Rio. Sa formule traduit un rejet sans détour. Pour elle, le président sortant incarne le déclin, et non la protection sociale que ses soutiens associent à son parcours.

Dans l’autre camp, André exprimait une incompréhension tout aussi profonde. Il rappelait les quelque 700 000 morts de la pandémie et dénonçait les déclarations de Jair Bolsonaro pendant cette crise. « Ce retour est étrange. Je n’arrive pas à expliquer », reconnaissait-il.

Ces témoignages éclairent la campagne, sans représenter à eux seuls l’ensemble des Brésiliens. Ils montrent surtout deux façons de juger le passé. Les uns retiennent les échecs attribués à Lula. Les autres voient dans l’héritage Bolsonaro un danger que les difficultés du gouvernement ne suffisent pas à relativiser.

Les intérêts ne sont pourtant pas identiques derrière chaque bulletin. Des électeurs attendent avant tout une amélioration de leurs conditions de vie. Les responsables bolsonaristes cherchent aussi à préserver leur influence et l’avenir politique de leur camp. Quant aux soutiens de Lula, ils veulent empêcher le retour d’un courant dont ils contestent le rapport aux institutions.

Des réseaux sociaux à la rue, une bataille de confiance

La défiance concerne également la circulation de l’information. Laura, électrice favorable à Lula, racontait des difficultés pour publier le nom du président et regarder certaines vidéos. Elle y voyait la preuve d’une manipulation des plateformes au bénéfice des bolsonaristes.

Son récit établit une perception, pas une démonstration technique. Des problèmes rencontrés sur un compte ne permettent pas, seuls, de conclure à une intervention organisée. Cette distinction compte : présenter une accusation comme un fait renforcerait précisément la confusion qui nourrit la polarisation.

Pour les militants, cependant, cette impression produit des effets concrets. Quand ils ne font plus confiance aux plateformes, ils cherchent d’autres moyens de rendre leur soutien visible. Les rassemblements de rue permettent alors de mobiliser, mais aussi de montrer à son propre camp qu’il n’est pas isolé.

La division suit également une géographie sociale et économique. Au premier tour, Flávio Bolsonaro dominait notamment dans le Sud et le Centre-Ouest agricole. Lula bénéficiait d’un fort soutien dans le Nordeste. Ces différences rappellent qu’un même discours national rencontre des réalités territoriales très différentes.

Le vainqueur ne dispose pas d’un pouvoir sans limites

La personnalisation de la campagne peut masquer une contrainte décisive : le président doit composer avec le Congrès, le Parlement brésilien. Une victoire présidentielle ne donne pas automatiquement les voix nécessaires pour adopter un budget ou transformer les politiques publiques.

Dans son étude publiée en octobre 2025, l’Ifri soulignait le poids d’un Congrès structurellement conservateur. L’institut identifiait aussi un dilemme pour la droite : satisfaire la base bolsonariste ou rassurer les électeurs modérés favorables aux décisions judiciaires. La fidélité militante peut donc faciliter une campagne tout en compliquant les alliances.

Pour les citoyens, cette contrainte change la portée des promesses. Les ménages qui attendent des réponses rapides restent dépendants de négociations institutionnelles. Les partis disposant de groupes parlementaires, eux, conservent des moyens de peser après la présidentielle. Remporter l’Élysée brésilien ne signifie pas gouverner seul.

Après le vote, surveiller les alliances et les échéances

Dans les prochaines semaines, la composition de l’équipe gouvernementale et les négociations parlementaires permettront de mesurer la marge de manœuvre du président. Il faudra notamment distinguer les gestes destinés à rassurer les soutiens de campagne des accords nécessaires pour gouverner.

Le calendrier officiel des élections brésiliennes fixe au 18 décembre 2026 la date limite de certification des élus par la justice électorale. L’investiture présidentielle doit ensuite intervenir le 5 janvier 2027. D’ici là, les alliances et les nominations donneront un premier contenu concret au nouveau mandat.

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