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ACTUALITé NATIONALE Sécurité sous pression

Après les violences du 17 octobre, qui doit répondre de l’échec du maintien de l’ordre et protéger le droit de manifester ?

Laurent Nuñez reconnaît l’échec du maintien de l’ordre le 17 octobre, mais affirme rester ministre tant qu’il conservera la confiance de l’exécutif. Au-delà de sa responsabilité, le débat porte sur l’équilibre entre sécurité et liberté de manifester.

Barrières mobiles alignées sur une rue urbaine, devant des façades et des commerces sans enseigne lisible.
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En bref

Laurent Nuñez reconnaît un échec du maintien de l’ordre lors des violences du 17 octobre et affirme qu’il restera ministre tant qu’il aura la confiance nécessaire. Le débat dépasse sa responsabilité politique : les autorités doivent prévenir les violences tout en protégeant le droit de manifester et en garantissant des interventions proportionnées.

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Comment garantir la sécurité dans la rue sans empêcher les citoyens de faire entendre leurs revendications ? Après les violences du 17 octobre, Laurent Nuñez défend son maintien à l’Intérieur, tout en reconnaissant un échec du maintien de l’ordre.

Un échec reconnu, mais pas de départ annoncé

Le ministre de l’Intérieur qualifie lui-même les événements de « gros plantage du 17 octobre ». Ce lundi 26 octobre, il affirme en assumer la responsabilité et rappelle avoir présenté sa démission. « Je ne me suis jamais caché dans ma vie », insiste-t-il.

Cette reconnaissance ne s’accompagne toutefois pas d’un nouveau départ annoncé. Laurent Nuñez fixe une autre règle : « Je resterai aussi longtemps qu’on me fera confiance ». Il place ainsi son avenir ministériel sous le signe de la confiance politique, plutôt que sous celui d’une échéance personnelle.

Il assure également n’avoir « aucun projet politique personnel ». Sa justification repose sur la continuité de l’État : servir le pays et préserver sa stabilité. Malgré une situation qu’il décrit comme tendue, il affirme que le gouvernement tiendra jusqu’à l’élection présidentielle. Il s’agit d’un engagement politique, pas d’une garantie sur la durée de vie de l’exécutif.

Son propos distingue donc deux sujets : reconnaître un échec opérationnel et rester en fonction pour conduire la suite. Mais assumer une responsabilité ne dit pas encore quelles décisions changeront, ni comment éviter de reproduire les mêmes difficultés.

Maintenir l’ordre, c’est aussi permettre de manifester

« Mon travail c’est de maintenir l’ordre public dans la rue », rappelle Laurent Nuñez. Cette mission ne consiste pourtant pas seulement à empêcher les dégradations. Elle doit aussi permettre l’exercice des libertés, notamment celle de manifester.

Le Conseil d’État rappelle l’équilibre entre libertés et protection de l’ordre public : les autorités doivent concilier l’expression collective des opinions avec la sécurité des personnes et des biens. Ces objectifs ne s’excluent pas. Le dispositif policier doit précisément les faire tenir ensemble.

Concrètement, organiser un rassemblement suppose des échanges avec les pouvoirs publics. La procédure de déclaration des manifestations sur la voie publique prévoit notamment de préciser le parcours, les horaires et les dispositifs de sécurité. L’administration peut demander des modifications ou interdire une manifestation lorsqu’elle estime qu’elle risque de troubler l’ordre public.

Ces choix ont des effets différents selon les acteurs. Les organisateurs ont besoin d’un parcours qui rende leur mobilisation visible. Les riverains et les commerçants attendent une protection des accès et des biens. Les forces de l’ordre doivent, elles, disposer de consignes permettant de distinguer les situations et les comportements.

Une manifestation et des violences urbaines ne désignent donc pas une même réalité. Les rapprocher dans le débat politique ne dispense pas d’examiner séparément les risques, les interventions et les responsabilités.

Un appel à la mesure qui engage aussi l’État

Au-delà des réponses policières, Laurent Nuñez demande à certains groupes politiques et syndicats de veiller à la cohésion et à la mesure dans l’expression de leurs demandes. Il reconnaît néanmoins la légitimité des revendications.

Son raisonnement bénéficie à la stratégie de stabilité défendue par le gouvernement : réduire les tensions doit permettre à l’exécutif de poursuivre son action. Pour les organisations mobilisées, l’enjeu diffère. Elles cherchent à conserver un moyen de pression, sans que les violences effacent leurs demandes du débat public.

Cet appel à la responsabilité trouve cependant une contrepartie : les autorités doivent elles aussi faire preuve de discernement. Dans une analyse publiée après son collège de déontologie du 20 mars 2025, la Défenseure des droits avait critiqué la dispersion rapide d’une manifestation pacifique. Elle distinguait une gêne à la circulation d’un risque établi pour l’ordre public.

Cette position ne constitue pas une appréciation des événements du 17 octobre. Elle rappelle néanmoins une limite essentielle : perturber temporairement la circulation ne suffit pas, à lui seul, à justifier n’importe quelle intervention. Dans le dossier examiné, l’institution avait aussi conclu à un usage disproportionné de la force.

Des règles communes, des conséquences très concrètes

La doctrine nationale existe déjà. Le ministère a publié un premier schéma national du maintien de l’ordre en 2020, actualisé en décembre 2021. Ce document fixe un cadre commun aux forces engagées dans les manifestations.

Son histoire montre toutefois que les choix opérationnels restent soumis au contrôle du juge. Après une première censure en 2021, le Conseil d’État a examiné la version révisée en 2023. Il a notamment reconnu un encadrement suffisant de l’encerclement, technique consistant à contenir un groupe dans un périmètre.

Selon cette présentation des garanties applicables aux manifestations, cette technique vise les violences graves et imminentes, pour une durée limitée. Un passage doit permettre de sortir. Le juge a également protégé le droit des observateurs indépendants de rester sur place après un ordre de dispersion.

Ces garanties concernent directement les participants, mais aussi ceux qui documentent les interventions. Elles permettent de ne pas réduire le bilan d’une opération au seul retour au calme.

Dans les prochaines semaines, le point à surveiller sera donc la traduction opérationnelle de l’échec reconnu par Laurent Nuñez : quelles consignes évolueront, et avec quelles garanties ? Son maintien en fonction laisse entière cette question, distincte de celle de son avenir personnel.

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