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ACTUALITé NATIONALE La rue sous haute surveillance

Manifestations du 31 octobre : comment protéger les villes sans restreindre le droit de manifester ?

Laurent Nuñez annonce un dispositif policier aussi important que celui du 24 octobre pour la mobilisation du 31. Entre prévention des violences, protection des commerces et liberté de rassemblement, les autorités devront trouver un équilibre.

Vitrines et rideaux métalliques de commerces bordent une rue pavée, devant des façades de briques sous le soleil d’hiver.
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En bref

Laurent Nuñez annonce pour le 31 octobre un dispositif policier comparable à celui du 24, après les violences survenues lors de la mobilisation du 17. Les autorités devront protéger les personnes et les commerces tout en permettant les rassemblements. Les décisions prises localement permettront de juger comment sécurité publique et liberté de manifester sont conciliées.

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Comment manifester sans craindre les violences, tout en permettant aux commerces et aux habitants de poursuivre leur journée ? À l’approche du samedi 31 octobre, cette question place le gouvernement devant deux obligations : protéger les personnes et garantir la liberté de rassemblement.

Un dispositif policier reconduit pour le 31 octobre

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé mardi 27 octobre sur RTL un dispositif « aussi conséquent que samedi dernier ». Il entend ainsi reconduire l’effort de sécurité déployé le 24 octobre, après les violences survenues pendant les manifestations du 17 octobre.

Son raisonnement repose sur une distinction : les forces de sécurité auraient contenu les débordements le 24 octobre, sans faire disparaître les intentions violentes. Le ministre évoque notamment des prises à partie de policiers et des tentatives de rejoindre les centres-villes pour dégrader des commerces.

Cette annonce prolonge les avertissements formulés la veille. Laurent Nuñez avait déjà annoncé un dispositif renforcé et souligné que la soirée d’Halloween ajouterait une difficulté au maintien de l’ordre, comme le rapporte le compte rendu de ses déclarations du 26 octobre.

La formule employée sur RTL reste toutefois une indication politique, pas une description opérationnelle. Dans cette intervention, le ministre ne précise ni les effectifs prévus pour le 31 octobre, ni leur répartition territoriale. Elle ne permet donc pas de connaître les moyens affectés à chaque rassemblement.

Deux lectures opposées de la mobilisation

Pour le gouvernement, l’enjeu immédiat consiste à empêcher la répétition des violences du 17 octobre. En déplacement à Marseille lundi 26 octobre, Emmanuel Macron a présenté le samedi suivant comme une nouvelle journée à risque. Il a insisté sur la protection des personnes, des commerces et des bâtiments publics.

Les organisateurs mettent en avant une autre lecture. Après avoir qualifié la mobilisation du 24 octobre de « grande réussite », certains syndicats ont annoncé leur volonté de poursuivre le mouvement. Les appels évoquent des rassemblements et des sit-in, ces occupations collectives et statiques d’un lieu, devant l’Assemblée nationale et les mairies.

Leur objectif affiché est de défendre les libertés publiques et de dénoncer ce qu’ils considèrent comme une dérive autoritaire du gouvernement. Cette qualification appartient aux organisateurs : elle ne constitue pas un constat partagé par toutes les parties.

Chaque position répond donc à des intérêts distincts. L’exécutif veut protéger la population et démontrer sa capacité à prévenir les dégradations. Les participants cherchent à maintenir leur visibilité et leur capacité de contestation. Les commerçants et les riverains, eux, attendent une protection qui ne rende pas leurs quartiers inaccessibles.

La sécurité ne suspend pas le droit de manifester

Le cadre juridique ne place pas la manifestation sous un régime général d’autorisation. Les organisateurs doivent la déclarer aux autorités. Celles-ci peuvent ensuite l’interdire si elles estiment qu’elle menace l’ordre public, selon les règles applicables aux rassemblements sur la voie publique.

Mais l’existence d’un risque ne dispense pas les autorités de justifier leur réponse. Le Conseil d’État rappelle que les mesures de police doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées. Autrement dit, elles doivent répondre au danger identifié sans restreindre les libertés au-delà de ce qu’exige la situation, comme le précise sa décision du 10 juin 2021 sur la liberté de manifester.

Ce principe impose de distinguer les auteurs de violences des participants pacifiques. Une mobilisation ne perd pas automatiquement sa protection juridique parce que certains individus commettent des dégradations. L’objectif consiste à prévenir et réprimer ces actes sans traiter toute présence dans la rue comme une menace.

La vigilance concerne aussi les méthodes policières. Dans ses travaux sur la déontologie de la sécurité présentés en juin 2026, le Défenseur des droits souligne la nécessité de préserver l’intégrité physique des manifestants. Ce rappel général ne préjuge pas du dispositif du 31 octobre, mais fournit un critère pour l’évaluer.

Des conséquences différentes selon les acteurs

Le choix du dispositif dépasse donc le seul nombre de policiers. Les lieux de rassemblement, les accès maintenus et les éventuelles restrictions détermineront concrètement qui peut circuler, travailler ou participer. Une protection efficace des bâtiments ne suffit pas, à elle seule, à garantir le bon déroulement d’une manifestation.

Pour un commerce indépendant, l’enjeu peut être de rester ouvert sans exposer salariés et clients. Pour les manifestants, il s’agit de pouvoir rejoindre le rassemblement et en repartir. Pour les forces de sécurité, la difficulté consiste à intervenir contre les violences tout en protégeant les autres personnes présentes.

Ces intérêts peuvent se rejoindre sur la prévention des dégradations. Ils peuvent aussi entrer en tension lorsqu’une restriction protège un secteur mais complique son accès. C’est pourquoi l’annonce nationale ne permettra pas, seule, de mesurer les conséquences locales du dispositif.

Du 31 octobre au rendez-vous syndical du 5 novembre

Laurent Nuñez reconnaît lui-même une limite à la réponse policière : « la solution ne peut pas être que sécuritaire ». Il évoque des discussions en cours et des annonces déjà faites, tout en donnant la priorité au maintien de l’ordre.

Deux échéances permettront désormais d’apprécier cette stratégie : les rassemblements du 31 octobre, puis la mobilisation syndicale nationale annoncée pour le 5 novembre. D’ici là, les décisions préfectorales, les conditions d’accès aux rassemblements et le contenu des discussions constitueront les principaux éléments à surveiller.

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