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ÉCONOMIE & SOCIéTé Chômage, chiffres en trompe-l’œil

Hausse des inscrits à France Travail : faut-il y voir plus de chômage ou l’effet des nouvelles règles d’inscription ?

Les inscriptions en catégorie A progressent de 0,9 % au troisième trimestre 2026, mais la réforme du plein emploi pèse sur le chiffre. Hors cet effet, la hausse atteint 0,3 % sur le trimestre.

Des dossiers et formulaires vierges occupent le comptoir d’un espace d’accueil administratif, devant un clavier et des postes informatiques.
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En bref

Au troisième trimestre 2026, le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A augmente de 0,9 %, soit 30 400 personnes de plus. La progression tombe à 0,3 % si l’on neutralise l’effet des nouvelles inscriptions prévues par la loi pour le plein emploi. Ces chiffres mesurent les inscrits, pas directement l’évolution du chômage ou des pertes d’emploi.

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Une hausse des inscriptions à France Travail signifie-t-elle forcément que davantage de personnes viennent de perdre leur emploi ? Non : depuis 2025, les règles d’inscription modifient aussi la lecture des chiffres.

Un compteur administratif qui a changé de périmètre

Pour comprendre cette différence, il faut distinguer deux situations : devenir sans emploi et entrer dans les fichiers de France Travail. Une personne peut chercher du travail depuis longtemps sans avoir figuré auparavant dans ces statistiques.

La loi pour le plein emploi du 18 décembre 2023 a changé ce périmètre. Depuis janvier 2025, elle prévoit notamment l’inscription automatique des bénéficiaires du revenu de solidarité active, le RSA. Elle concerne aussi les jeunes en recherche d’emploi accompagnés par les missions locales et les personnes suivies par Cap emploi. Le ministère présente cette réforme comme un moyen de mieux coordonner l’accompagnement vers l’emploi.

Autrement dit, les fichiers accueillent désormais des personnes dont les difficultés professionnelles existaient déjà. Leur inscription rend ces situations plus visibles, sans correspondre nécessairement à une dégradation nouvelle du marché du travail.

Au troisième trimestre 2026, deux lectures de la hausse

Les chiffres publiés mercredi 28 octobre par le service statistique du ministère du Travail montrent une augmentation des demandeurs d’emploi en catégorie A. Cette catégorie regroupe les personnes sans activité, tenues de rechercher un emploi.

Au troisième trimestre 2026, leur nombre augmente de 0,9 %, soit 30 400 personnes supplémentaires. Sur un an, la progression atteint 2,1 %. Ces données décrivent donc une hausse des inscriptions dans cette catégorie, pas un décompte des licenciements.

En écartant les effets de l’inscription automatique des allocataires du RSA et des jeunes en parcours d’insertion, la hausse revient à 0,3 % sur le trimestre. Sur un an, elle atteint alors 0,9 %.

Le ministère précise que « ces évolutions sont affectées par les effets de la loi pour le plein emploi et ne reflètent donc pas des évolutions conjoncturelles ». La conjoncture désigne ici la situation économique du moment, notamment la capacité des entreprises à créer ou maintenir des emplois.

Cette précaution compte. Le chiffre brut et le chiffre corrigé ne répondent pas exactement à la même question. Le premier mesure l’évolution des effectifs enregistrés. Le second cherche à neutraliser l’effet particulier des nouvelles inscriptions. Aucun ne permet, seul, d’expliquer pourquoi chaque personne reste sans emploi.

Pourquoi la catégorie A ne résume pas le chômage

Les statistiques de France Travail répartissent les inscrits selon leur activité et leurs obligations. Une personne qui reprend quelques heures de travail peut ainsi quitter la catégorie A sans sortir des fichiers.

Les catégories B et C regroupent des demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite : jusqu’à 78 heures dans le mois pour B, davantage pour C. Les catégories D et E correspondent à d’autres situations, notamment la formation ou certains emplois, sans obligation de recherche active. La classification officielle des demandeurs d’emploi permet de comprendre ces passages.

Il faut donc examiner plusieurs catégories pour distinguer une reprise d’activité d’une véritable sortie des listes. Un contrat court et un emploi durable peuvent améliorer une situation, mais ils n’offrent pas la même sécurité.

L’Insee mesure, de son côté, le chômage au sens du Bureau international du travail. Son enquête retient trois critères : être sans emploi, disponible pour travailler et rechercher activement un poste, ou en avoir trouvé un commençant prochainement. L’inscription administrative ne constitue pas une condition. Comme l’explique l’Insee dans sa présentation des indicateurs du chômage, les deux populations ne se confondent donc pas.

Pour les personnes concernées, l’enjeu dépasse les statistiques

La réforme poursuit un objectif concret : faire entrer davantage de personnes dans un accompagnement organisé. Pour les allocataires auparavant peu suivis, le bénéfice attendu concerne l’accès à un interlocuteur, à une orientation et à des solutions adaptées. Les employeurs doivent également profiter d’une meilleure coordination des acteurs du recrutement et de l’insertion.

Mais une inscription ne supprime pas les obstacles au retour à l’emploi. Le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, le CNLE, souligne l’importance des moyens accordés à France Travail, aux caisses et aux collectivités. Dans son avis de mars 2025 sur les droits des allocataires du RSA, il demande de sécuriser les ressources et les conditions d’accompagnement.

Les besoins diffèrent fortement. Une personne immédiatement disponible pour un poste n’attend pas le même soutien qu’un parent sans solution de garde. Des difficultés de santé ou de mobilité peuvent également imposer une réponse préalable à la recherche d’emploi. La loi prévoit d’ailleurs des adaptations liées à certaines situations personnelles.

Les territoires ne partent pas non plus du même point. Un rapport du Sénat reprenant les travaux de la Cour des comptes rappelle qu’en 2019, la part des bénéficiaires du RSA orientés vers Pôle emploi variait de 0 % à 71 % selon les départements. Ce précédent éclaire l’ampleur du chantier de coordination.

Accompagner davantage, sans fragiliser les revenus

Le gouvernement défend une logique associant accompagnement et engagements des demandeurs d’emploi. Le dispositif prévoit aussi des sanctions en cas de manquement. Pour ses promoteurs, ces obligations doivent soutenir le retour vers l’activité.

La Commission nationale consultative des droits de l’homme conteste cette approche lorsqu’elle conditionne les ressources minimales. Dans une déclaration adoptée le 19 décembre 2024 sur le RSA conditionné, elle estime que l’obligation d’heures d’activité porte atteinte aux droits humains. Sa critique porte sur la protection des personnes vulnérables, pas sur la méthode de calcul des inscriptions.

Les prochaines publications sur l’emploi et le chômage devront donc compléter ce premier constat. Il faudra regarder ensemble les créations de postes, le chômage mesuré par l’Insee et les passages entre catégories de France Travail. L’enjeu sera de distinguer une meilleure couverture administrative d’une amélioration réelle de l’accès à l’emploi.

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