Bruno Retailleau veut faire gagner plus en travaillant davantage : ce que sa réforme changerait pour les salariés
Le candidat LR propose de supprimer les 35 heures et les cotisations sur les heures supplémentaires, sans augmenter le smic. Son programme soulève des questions de pouvoir d’achat, de financement social et de protection des lycéens mobilisés.

Bruno Retailleau défend une loi qui supprimerait les cotisations sur les heures supplémentaires et les 35 heures, tout en écartant une hausse du smic. Le gain dépendrait des heures proposées par l’employeur et du seuil retenu pour les rémunérer. Sur les lycées bloqués, il privilégie le rétablissement des cours, tandis que des institutions rappellent les droits des jeunes et la nécessité du
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Gagner davantage suppose-t-il forcément de travailler plus ? Et comment garantir les cours sans réduire la contestation lycéenne à un problème de police ? Bruno Retailleau place ces deux questions au cœur de son offre présidentielle.
Lors de son entretien télévisé du 3 novembre, le président des Républicains a défendu une ligne : alléger les prélèvements sur le travail supplémentaire, rétablir l’ordre et organiser le rassemblement de son camp. Mais derrière ces objectifs, les conséquences diffèrent fortement selon les salariés, les entreprises et les jeunes concernés.
Heures supplémentaires : une promesse qui ne concerne pas tous les salariés
Bruno Retailleau promet une loi travail dans les cent premiers jours d’une éventuelle présidence. Il veut supprimer les cotisations patronales et salariales dès la première heure supplémentaire. Il défend également la suppression des 35 heures et écarte une augmentation du smic.
Son choix privilégie donc une hausse du revenu liée au temps travaillé, plutôt qu’un relèvement du salaire minimum. Les employeurs bénéficieraient d’un coût réduit pour les heures concernées. Les salariés qui peuvent les effectuer conserveraient une part plus importante de leur rémunération.
Ce dispositif ne partirait toutefois pas de zéro. Le cadre actuel des heures supplémentaires présenté par Bercy prévoit déjà des allègements. Depuis janvier 2026, la déduction forfaitaire patronale concerne aussi les entreprises de plus de 250 salariés. Son montant varie selon leur taille.
Autre point essentiel : les 35 heures constituent une durée légale, pas un plafond interdisant de travailler davantage. Elles servent notamment de seuil pour compter les heures supplémentaires. Les supprimer impose donc de préciser quelle référence déclencherait demain une rémunération majorée.
Enfin, les salariés ne choisissent pas seuls leurs heures supplémentaires : elles dépendent de la demande ou de l’accord de l’employeur. L’avantage annoncé ne serait donc pas automatique. Une personne sans heures proposées, ou qui ne peut prolonger ses journées, ne bénéficierait pas du même levier.
Pouvoir d’achat : le financement et le partage des gains restent à préciser
La proposition soulève ainsi deux questions distinctes : combien gagnerait chaque salarié et qui financerait les exonérations ? Supprimer des cotisations réduit les prélèvements qui alimentent la protection sociale. Le projet devra préciser comment maintenir ces ressources, ou quelles économies compenseraient leur diminution.
L’articulation entre suppression des 35 heures et exonération des heures supplémentaires sera tout aussi déterminante. Sans seuil clairement défini, impossible de calculer le gain promis. Le traitement des majorations, des accords collectifs et des différentes organisations du travail comptera autant que le principe annoncé.
Le choix de ne pas augmenter le smic dessine, lui aussi, un partage des intérêts. Il évite aux employeurs la hausse directe du salaire minimum souhaitée par les défenseurs d’une revalorisation. En revanche, les salariés rémunérés à ce niveau et privés d’heures supplémentaires n’obtiendraient pas, par cette seule proposition, une hausse de leur salaire de base.
Lycées bloqués : protéger les cours, mais aussi les mineurs
Sur les mobilisations lycéennes, Bruno Retailleau affirme qu’il ferait débloquer les établissements. Il invoque la liberté d’apprendre des élèves qui souhaitent suivre les cours. Il défend également l’action des policiers et des gendarmes, dont il estime qu’ils font preuve de retenue.
Cette position répond aux intérêts des élèves et des familles pénalisés par les interruptions. Elle laisse cependant ouverte une autre question : comment traiter les difficultés scolaires à l’origine de la mobilisation ? Le retour en classe ne suffit pas, à lui seul, à résoudre ces problèmes.
Dans son communiqué du 6 octobre sur les mobilisations lycéennes, la Commission nationale consultative des droits de l’homme décrit notamment des locaux vétustes et un manque de personnels. Elle demande davantage de dialogue et refuse d’assimiler tout le mouvement aux violences commises en marge des manifestations.
Le Défenseur des droits rappelle également la protection particulière due aux mineurs. Le 10 octobre, il indiquait avoir reçu 28 saisines individuelles et enquêter sur la blessure au visage d’un adolescent de 14 ans. Ces démarches ne préjugent pas des conclusions, mais imposent un examen concret des interventions.
Deux exigences doivent donc tenir ensemble : permettre l’accès aux établissements et protéger les libertés des jeunes mobilisés. Pour les élèves, l’enjeu dépasse le choix entre blocage et évacuation : il concerne aussi leurs conditions quotidiennes d’enseignement.
À droite, une primaire envisagée et une frontière affichée avec le RN
Sur le terrain électoral, Bruno Retailleau propose trois débats avant Noël avec Gabriel Attal, Édouard Philippe et David Lisnard. Il cite le pouvoir d’achat, l’écologie et les questions régaliennes, c’est-à-dire notamment la sécurité et la justice.
Il envisage ensuite une primaire au début de l’année 2027, sous condition d’une situation inchangée dans les sondages. Cette procédure permettrait de départager plusieurs prétendants avant la présidentielle. À ce stade, son souhait ne vaut ni accord des autres candidats ni calendrier commun.
Le dirigeant LR exclut par ailleurs de nommer un Premier ministre issu du Rassemblement national. Il ferme aussi la porte à Éric Zemmour. Il cherche ainsi à distinguer son projet de ces formations, sans renoncer à une ligne ferme sur l’immigration et l’ordre public.
Cette stratégie rencontre une critique exprimée par Dominique de Villepin : protéger toutes les Françaises, y compris celles qui portent le voile, sans entretenir de soupçon général envers l’islam. Bruno Retailleau rejette cette mise en cause et présente sa position sur les signes religieux dans le sport comme la défense d’un cadre commun.
Les prochaines étapes concrètes seront donc les réponses des trois responsables invités aux débats avant Noël, puis un éventuel accord sur la primaire. Sur le fond, deux précisions seront décisives : le financement des exonérations et le seuil de déclenchement des heures supplémentaires après une suppression des 35 heures.



