Après la mort de Lyhanna, la justice est sommée de montrer qu’elle peut protéger avant qu’un nouveau drame survienne
Après la mort de Lyhanna, 11 ans, l’avocat de ses parents met en cause les moyens de la justice. À Fleurance, il demande une réponse concrète plutôt qu’une nouvelle réforme.

Quand un drame survient, une question revient toujours
Est-ce qu’on aurait pu l’éviter ? Après la mort de Lyhanna, 11 ans, cette question traverse forcément les proches, les habitants et, plus largement, tous ceux qui attendent de la justice qu’elle protège vraiment.
À Fleurance, dans le Gers, l’avocat des parents de la collégienne a choisi des mots très directs. Il n’a pas demandé une nouvelle loi. Il n’a pas demandé un grand geste politique. Il a demandé autre chose : des moyens, et surtout la capacité de les faire fonctionner.
Cette distinction compte. En France, le débat public se concentre souvent sur les textes. Pourtant, sur le terrain, le problème est aussi celui des effectifs, du temps disponible, des enquêtes qui s’accumulent et des décisions qui arrivent trop tard.
Ce que dit l’avocat des parents
Mardi 9 juin, devant la mairie de Fleurance, François Roujou de Boubée a pris la parole au nom des parents de Lyhanna. Son message est clair : « Accordez à la justice les moyens de bien faire son travail. »
Selon lui, si la justice avait disposé de plus de moyens, « ce drame et tous les autres auraient pu être évités ». Il a aussi refusé l’idée d’une réponse purement politique à chaud. « Nous ne voulons pas de loi ou de réforme, nous ne voulons pas de récupération, juste des moyens et l’efficacité de ces moyens », a-t-il insisté.
Autrement dit, le cœur du message n’est pas de changer encore le droit pour le principe. Le problème, ici, est d’abord l’exécution. Une règle mal appliquée, faute de personnels, de temps ou de coordination, protège mal. Et pour les familles, c’est là que la confiance se brise.
Les moyens de la justice, un sujet concret
Quand on parle de « moyens », on parle de choses très concrètes : magistrats, greffiers, enquêteurs, experts, délais d’audiencement, suivi des dossiers, places d’hébergement, coordination avec l’école, la police, le parquet et les services sociaux. Sans ces maillons, la chaîne se fragilise.
Dans les affaires impliquant des mineurs, cette fragilité pèse encore plus lourd. Le temps judiciaire n’est pas le temps des familles. Il n’est pas non plus celui d’un enfant exposé à un danger. Plus l’alerte se perd dans les circuits, plus la réponse perd de sa valeur.
Le débat dépasse donc le seul cas de Lyhanna. Il touche à une réalité plus large : les grandes annonces sur la justice ne suffisent pas si, au quotidien, les tribunaux restent sous tension. Pour les justiciables, cela se traduit par des délais. Pour les professionnels, par de la surcharge. Pour les victimes, par une impression d’impuissance.
Dans ce type de drame, les familles attendent une chose simple : que les institutions agissent vite, lisiblement et jusqu’au bout. Quand ce n’est pas le cas, la colère vise d’abord le système, pas seulement un individu.
Une controverse qui dépasse ce seul dossier
Le ton employé par l’avocat dit aussi quelque chose du moment politique. Après un drame, deux logiques s’affrontent souvent. D’un côté, ceux qui réclament une réponse immédiate, souvent sous forme de réforme. De l’autre, ceux qui disent que la priorité n’est pas d’écrire une nouvelle règle, mais de rendre les institutions capables d’appliquer celles qui existent déjà.
Les premiers y voient une manière d’agir vite et d’envoyer un signal. Les seconds redoutent la récupération et les mesures votées dans l’urgence, qui donnent une impression d’action sans résoudre le fond. Dans ce dossier, l’avocat des parents se place clairement dans ce second camp.
Cette position est compréhensible, surtout quand la douleur est encore vive. Mais elle renvoie aussi l’État à ses responsabilités les plus lourdes. Une justice sous-dotée coûte cher, humainement d’abord, financièrement ensuite, parce qu’elle laisse s’installer les retards et les défaillances.
La critique ne vise donc pas seulement un gouvernement, ni même un calendrier parlementaire. Elle vise un sous-dimensionnement plus ancien, plus banal, mais aussi plus difficile à corriger : celui d’un service public auquel on demande toujours plus, avec des marges d’action trop étroites.
Ce qu’il faudra surveiller
Dans les prochains jours, l’attention restera tournée vers la réponse des institutions et vers la manière dont cette affaire sera traitée publiquement. Le risque, dans ce type de séquence, est connu : l’émotion passe, puis le dossier retombe, alors que les questions de fond restent entières.
Il faudra surtout observer si ce drame relance un débat sérieux sur les capacités réelles de la justice à traiter vite les situations signalées, notamment quand des mineurs sont en jeu. Car au fond, la demande exprimée à Fleurance est simple : que les moyens annoncés produisent enfin des effets visibles, avant qu’un nouveau drame ne vienne rappeler leur absence.



