Après Lyhanna, le gouvernement défend Darmanin et mise sur plus de moyens plutôt qu’une démission pour rassurer les familles
Maud Bregeon a défendu Gérald Darmanin après la mort de Lyhanna, jugeant qu’une démission ne corrigerait pas les fautes relevées. L’exécutif promet des moyens supplémentaires et attend les conclusions des enquêtes administratives.

Quand la justice vacille, qui doit répondre ?
Quand un enfant meurt après plusieurs signaux d’alerte, la première question n’est pas seulement judiciaire. Elle devient politique : qui assume, et que change une démission ministérielle dans la vie réelle ? Dans l’affaire Lyhanna, le gouvernement choisit pour l’instant de défendre Gérald Darmanin plutôt que de le pousser vers la sortie.
Cette séquence se déroule dans un climat de colère très large. La mort de Lyhanna, 11 ans, a déclenché des critiques sur les dysfonctionnements de la chaîne judiciaire, mais aussi des appels à des changements plus profonds dans la protection de l’enfance. Le président de la République a lui-même parlé de « fautes » et le garde des Sceaux a présenté ses excuses « au nom de la justice », signe que le sujet dépasse le seul fait divers.
Le gouvernement resserre les rangs
Ce mercredi 10 juin, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a pris la défense du ministre de la Justice. Son argument est simple : la démission de Gérald Darmanin ne réparerait ni les erreurs déjà commises, ni les failles révélées par le dossier. Autrement dit, le problème serait structurel avant d’être personnel.
Elle insiste aussi sur un point politique précis : l’exécutif veut attendre les premières conclusions des enquêtes administratives, annoncées pour le 19 juin, avant d’en tirer des conséquences. En parallèle, le gouvernement dit vouloir continuer à renforcer le budget de la Justice en 2027, sans donner de chiffre. Cette promesse parle surtout aux magistrats, aux greffiers et à l’administration pénitentiaire, qui manquent de moyens depuis des années. Pour les familles de victimes, en revanche, elle ne vaut que si elle se traduit par des délais plus courts, un meilleur suivi des plaintes et moins de dossiers perdus dans les rouages.
Sur le fond, l’exécutif refuse de réduire l’affaire à une seule crise ministérielle. Maud Bregeon défend l’idée d’un travail de fond sur l’enfance, mais sans croire qu’une loi, à elle seule, règlerait tout. Cette prudence a une logique : dans un système déjà saturé, un texte supplémentaire ne sert à rien sans effectifs, sans outils et sans coordination entre police, justice et services sociaux.
Ce que révèle vraiment l’affaire
Le cœur du dossier n’est pas seulement la mort de Lyhanna. C’est la succession de ratés qui l’a précédée. Le ministère de la Justice lui-même reconnaît qu’environ 6 000 affaires criminelles attendent d’être jugées et que les délais peuvent aller de six à huit ans. Dans ce contexte, le gouvernement présente la lenteur comme un facteur de fragilité du système, tandis que ses critiques y voient une chaîne institutionnelle incapable de protéger les mineurs à temps.
Gérald Darmanin a choisi de répondre par des mesures de contrôle interne. Il a demandé aux procureurs généraux de reprendre l’examen d’environ 70 000 plaintes concernant des enfants, avec un objectif fixé au 14 juillet. L’idée est de repérer plus vite les dossiers mal orientés ou mal traités. Mais ce tri massif pose une question très concrète : avec quels magistrats, quels greffiers et quels services d’enquête ? Dans une justice déjà sous tension, l’effet peut être puissant sur le papier, beaucoup moins dans les tribunaux de tous les jours.
Le budget éclaire ce rapport de force. Pour 2026, la mission Justice doit atteindre 10,63 milliards d’euros de crédits budgétaires, contre 10,46 milliards en 2025, avec 1 600 emplois supplémentaires prévus, dont 286 magistrats et 342 greffiers. C’est une hausse réelle. Mais elle sert aussi à rattraper des retards accumulés depuis des années. Les grands gagnants sont donc l’administration et les juridictions qui obtiennent enfin des moyens. Les perdants restent les justiciables qui continuent à subir des délais longs tant que les recrutements n’ont pas produit d’effets.
Des critiques qui ne se limitent pas à LFI
La France insoumise réclame ouvertement la démission du garde des Sceaux. Le groupe parlementaire conteste aussi la méthode : selon lui, le gouvernement répond à la saturation judiciaire par une logique d’accélération, au risque de fragiliser les droits des victimes dans les affaires sexuelles. Ce camp politique défend une autre priorité : davantage de moyens humains, plus de formation et une remise à plat des procédures.
Le ministère, lui, soutient l’inverse. Il met en avant une réforme de la justice criminelle destinée à réduire les délais et à mieux prendre en compte les victimes, tout en maintenant les droits de la défense. C’est là que se joue le vrai désaccord. Pour le gouvernement, le problème est d’abord l’engorgement. Pour ses adversaires, le risque est d’aller trop vite et de traiter la crise comme un simple problème de cadence.
Au milieu, il y a les familles, les associations de protection de l’enfance et les professionnels de terrain. Eux jugeront les annonces à l’aune de choses très concrètes : temps de réponse des parquet, suivi des signalements, coordination avec l’Éducation nationale, accès aux enquêteurs spécialisés. Dans une affaire comme celle-ci, le débat ministériel compte. Mais la première question reste toujours la même : qui protège, au bon moment, et avec quels moyens ?
Ce qu’il faudra surveiller
Le prochain rendez-vous clé arrive vite. Les premières conclusions des enquêtes administratives sont annoncées pour le 19 juin. Elles diront si les fautes relevées relèvent d’erreurs isolées ou d’un problème plus profond dans l’appareil d’État. Ensuite, l’attention se déplacera vers le Parlement, où le gouvernement veut faire avancer ses textes sur la justice criminelle et la protection de l’enfance. C’est là que l’on verra si l’émotion provoquée par l’affaire Lyhanna débouche sur des actes, ou seulement sur une nouvelle séquence de promesses.



