Balkany condamné, Szpiner bientôt en garde à vue, Sarkozy fixé en novembre : la justice rattrape trois figures de la droite française
Patrick Balkany est condamné à la prison ferme pour détournement de fonds. Le Sénat lève l'immunité de Francis Szpiner, soupçonné de corruption. Et Nicolas Sarkozy attend la décision de la cour d'appel dans l'affaire du financement libyen de sa campagne de 2007.

Trois noms, trois dossiers, un seul point commun : la droite française face à ses juges. En l’espace de quarante-huit heures, la justice a rattrapé Patrick Balkany, préparé le terrain pour Francis Szpiner et refermé l’audience sur Nicolas Sarkozy. Rarement la chronique judiciaire aura autant ressemblé à un inventaire.
Balkany, le baron qui ne s’arrête jamais
Le tribunal correctionnel de Nanterre a condamné ce jeudi l’ancien maire de Levallois-Perret à quinze mois de prison ferme dans un premier dossier et trois ans ferme dans un second, pour détournement de fonds publics. Le tribunal a toutefois renoncé à prononcer un mandat de dépôt « compte tenu de l’âge » du prévenu, 77 ans. Patrick Balkany n’était même pas présent au délibéré, hospitalisé selon son avocat Me Robin Binsard, qui a annoncé faire appel des deux décisions.
Les amendes s’élèvent à 850 000 euros au total, assorties de dix ans d’inéligibilité et de cinq ans d’interdiction d’exercer dans la fonction publique. Dans la première affaire, il était reproché à l’ancien édile d’avoir utilisé les fonds d’une association subventionnée par la ville, la Codeeil, pour rémunérer indûment un ancien directeur du développement économique. Dans la seconde, il avait affecté entre 2010 et 2015 des policiers municipaux à des tâches personnelles, les transformant en chauffeurs privés. La présidente du tribunal a regretté qu’en dépit de ses condamnations passées, Patrick Balkany ait gardé « un discours inchangé au fil des audiences ».
Le palmarès est vertigineux. Déjà condamné en 2023 avec son épouse Isabelle pour avoir dissimulé 13 millions d’euros au fisc, il a effectué cinq mois de détention en 2019-2020 puis six mois en 2022. En avril, la cour d’appel de Rouen a confirmé sa libération conditionnelle pour les quinze mois de prison qu’il lui restait à purger dans le dossier fiscal.
Szpiner, le sénateur qui risque la garde à vue
Au Sénat, le bureau devait se pencher ce 28 mai sur la levée de l’immunité parlementaire de Francis Szpiner, sénateur Les Républicains et ancien maire du XVIe arrondissement de Paris. La demande, transmise par le garde des Sceaux Gérald Darmanin, ouvrirait la voie à un placement en garde à vue, une procédure rare pour un parlementaire.
L’affaire est sordide. L’avocat et élu est soupçonné d’avoir conditionné l’attribution d’un logement social dans le XVIe arrondissement à l’obtention de faveurs sexuelles de la part d’une jeune femme de 26 ans, qui l’avait contacté en 2023 alors qu’elle se trouvait en situation de détresse après des violences conjugales. Une information judiciaire pour corruption active et passive est ouverte depuis plus d’un an. Le domicile de Francis Szpiner avait été perquisitionné en avril 2025.
Sarkozy, le verdict en novembre
Le procès en appel sur les soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy s’est achevé mercredi 27 mai, après plusieurs semaines d’audiences. La défense a plaidé la relaxe. L’ancien président de la République, 71 ans, qui encourt sept ans de prison pour association de malfaiteurs, corruption et financement illégal de campagne, a clamé une dernière fois son innocence devant la cour : « Je n’ai pas reçu un centime d’argent libyen. »
Le parquet général, lui, l’a désigné comme « l’instigateur » d’un pacte de corruption avec la Libye de Mouammar Kadhafi, au « plus haut niveau de gravité que la République puisse connaître ». L’ancien secrétaire général de l’Élysée Claude Guéant, 81 ans, est également poursuivi et encourt six ans. Son avocat a livré mardi une plaidoirie acide, dénonçant la stratégie de défense de Nicolas Sarkozy qui, selon lui, revient à dire : « C’est pas moi, c’est les autres. »
La décision de la cour est attendue le 30 novembre. D’ici là, trois trajectoires judiciaires qui racontent, chacune à sa manière, les liens anciens entre pouvoir politique et arrangements avec la loi.



