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ACTUALITé NATIONALE

Choose France 2026: record d’investissements, mais la vraie question est ce que ces annonces changent pour les territoires

À Versailles, le dernier Choose France d’Emmanuel Macron affiche 93 milliards d’euros annoncés. Derrière le record, le débat reste vif sur l’emploi, les data centers et les retombées locales.

Salle du conseil municipal en lumière naturelle, avec chaise vide, micros et dossiers flous sur une table.

Un sommet de vitrines, mais aussi un thermomètre politique

Que veut dire, pour un pays, « attirer » des milliards d’euros d’investissements étrangers ? Pour les salariés, les élus locaux et les habitants, la vraie question est plus simple : ces annonces se traduisent-elles en usines, en emplois durables et en activité visible sur le terrain ? Le neuvième sommet Choose France, organisé le 1er juin 2026 à Versailles, met justement cette promesse au centre du jeu. Le gouvernement a annoncé 71 nouveaux investissements pour 93 milliards d’euros et plus de 15 000 emplois, tandis que l’Élysée affirme que l’événement a déjà conduit, depuis 2018, à plus de 230 décisions d’investissement représentant près de 87 milliards d’euros.

Ce rendez-vous n’est pas un salon de plus. C’est une scène politique. Depuis 2018, Emmanuel Macron en a fait un symbole de sa stratégie économique : fiscalité plus attractive, droit du travail assoupli, simplifications réglementaires et mise en avant de l’électricité décarbonée. Le message est clair : la France veut rester le premier point d’entrée des capitaux internationaux en Europe. Le gouvernement s’appuie d’ailleurs sur le baromètre EY 2026, qui place la France en tête des destinations européennes pour la septième année consécutive, avec 852 projets recensés en 2025.

Les faits : un record affiché, porté par l’IA et les data centers

Cette édition 2026 marque un saut d’échelle. L’exécutif parle d’un niveau « historique » d’investissement annoncé. Dans le détail, une large part des montants mis en avant concerne l’intelligence artificielle et les infrastructures numériques. L’Élysée a explicitement cité SoftBank, Mubadala et MGX parmi les acteurs majeurs de cette vague, avec des projets de data centers et d’infrastructures associées. Reuters a rapporté que SoftBank porterait à lui seul jusqu’à 75 milliards d’euros d’investissements sur plusieurs sites français, avec une première phase de 45 milliards d’euros.

Le gouvernement présente ces annonces comme le prolongement d’une trajectoire lancée en 2018. Sur le papier, la France veut montrer qu’elle attire encore, et qu’elle attire mieux que ses voisins. Le problème, c’est que ces chiffres additionnent des projets de nature différente : nouvelles implantations, extensions, centres de données, laboratoires, plateformes logistiques, investissements industriels. Ils ne disent pas tout, à eux seuls, sur la qualité de l’emploi ni sur la profondeur de la réindustrialisation.

Le contraste est net avec 2025. L’an dernier, 53 projets pour 40,8 milliards d’euros avaient été annoncés, et le gouvernement revendiquait alors 163 000 emplois associés depuis 2018. En 2026, la barre remonte encore, surtout grâce aux mégaprojets numériques. Cela dit beaucoup de la stratégie actuelle : miser sur des secteurs très capitalistiques, capables d’annoncer de grands montants vite, mais pas forcément de créer beaucoup d’emplois directs.

Décryptage : qui gagne, qui attend, qui s’inquiète

Les gagnants immédiats sont d’abord l’État, qui affiche une France stable et ouverte aux capitaux, et les grands groupes, qui trouvent un interlocuteur politique centralisé, des procédures accélérées et un discours pro-investissement. Les territoires d’accueil y voient aussi une chance, surtout quand un site industriel, un laboratoire ou un data center peut faire vivre un bassin d’emploi. L’INSEE rappelle d’ailleurs que les entreprises sous contrôle étranger emploient 2,3 millions de personnes en France, soit 13 % de l’effectif des secteurs marchands principalement non agricoles et non financiers, et qu’elles pèsent 16 % des investissements corporels réalisés dans le pays.

Mais les effets sont très inégalement répartis. L’INSEE montre aussi que ces emplois sont fortement concentrés en Île-de-France et dans les zones frontalières du nord-est. Autrement dit, l’attractivité profite d’abord aux grands pôles déjà denses, bien reliés, bien équipés, proches des réseaux de transport, d’énergie et de compétences. Les territoires périphériques, eux, n’en captent pas automatiquement les retombées.

Le cas des data centers révèle ce déséquilibre. France urbaine souligne que ces infrastructures mobilisent du foncier, de l’énergie et de l’eau, avec des effets directs sur les équilibres locaux. L’association estime que leur implantation doit devenir un vrai sujet de planification territoriale, et non une décision prise d’en haut. Pour les collectivités, l’enjeu est simple : accueillir un projet ne suffit pas, encore faut-il en maîtriser les contraintes et les retombées.

L’ADEME tient un discours plus prudent encore. Son travail récent sur les centres de données rappelle que leur consommation électrique doit être suivie dans la durée, et que certains usages numériques posent la question de leur utilité sociale au regard de leur impact environnemental. Ici, la tension est nette : la France veut séduire des investisseurs gourmands en énergie, tout en tenant ses objectifs climatiques. Ce n’est pas impossible, mais cela suppose des arbitrages serrés sur le réseau, le foncier et l’eau.

Les positions qui s’affrontent

Du côté du gouvernement, la ligne est constante : Choose France prouverait que les réformes portent leurs fruits. Les services publics économiques insistent sur la fiscalité, la simplification et l’énergie décarbonée comme facteurs d’attractivité. Business France et le ministère des affaires étrangères défendent la même lecture : la France reste la première destination européenne des investissements internationaux. Pour l’exécutif, le sommet est donc la vitrine d’une stratégie cohérente.

Les entreprises, elles, demandent surtout de la visibilité. La CPME répète depuis des mois qu’un cadre plus compétitif et plus stable est décisif pour investir, embaucher et tenir dans la durée. Cette position bénéficie en priorité aux PME et aux groupes qui veulent réduire l’incertitude sur les impôts, les normes et les coûts. Le message patronal est simple : sans lisibilité, les annonces restent théoriques.

La CGT adopte l’angle opposé. Le syndicat voit dans Choose France une opération de communication qui ne répond pas au recul de l’investissement productif ni aux licenciements. Il estime que les projets mis en avant pèsent peu face aux investissements annuels des entreprises et que le sommet confond politique industrielle et avantage offert aux grands groupes. Cette critique bénéficie surtout aux salariés, aux sous-traitants et aux territoires qui craignent les effets d’annonce sans garanties sur l’emploi.

Entre les deux, les collectivités demandent davantage de pouvoir local. France urbaine ne conteste pas l’arrivée des investissements, mais veut pouvoir encadrer les projets, surtout quand ils touchent à l’eau, à l’énergie et à l’aménagement. Ce point est décisif : une stratégie d’attractivité ne profite pas pareil à un grand bassin métropolitain, à une ville moyenne ou à une commune rurale. Sans gouvernance locale, les bénéfices se concentrent et les coûts restent sur place.

Horizon : le vrai test viendra après les annonces

Ce sommet dit beaucoup d’une séquence politique qui touche à sa fin. Emmanuel Macron ne pourra plus se représenter en 2027. La question devient donc celle de la continuité : qui reprendra cette méthode, avec quelles priorités, et dans quel contexte politique ? Si l’incertitude institutionnelle se prolonge, les investisseurs les plus prudents pourraient attendre, surtout pour les projets industriels longs à monter et sensibles aux choix budgétaires et réglementaires.

Le prochain test est concret. Il faudra suivre la traduction des annonces en permis, en chantiers, en raccordements électriques et en emplois réellement créés. Il faudra aussi regarder si les projets les plus lourds, notamment dans l’IA et les data centers, avancent avec des garanties suffisantes sur l’énergie, l’eau et l’acceptabilité locale. C’est là que se mesurera, au fond, la portée réelle du dernier Choose France de l’ère Macron.

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