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ACTUALITé NATIONALE

Congé climatique contre plan de climatisation : quand la canicule dessine les lignes de fracture de 2027

Quarante-neuf départements en vigilance rouge, 845 écoles fermées et un débat politique inattendu. Entre congé climatique et plan de climatisation, les candidats à 2027 révèlent leurs fractures sur l'adaptation au réchauffement.

Qui aurait imaginé que le thermomètre devienne un instrument de campagne ? Ce lundi 22 juin, la quasi-totalité de la France étouffe sous une chaleur que Météo-France compare à celle d’août 2003. Quarante-neuf départements en vigilance rouge, quarante en orange, 845 écoles et collèges fermés ou en accueil minimal, des épreuves du bac reportées, la circulation différenciée imposée en Île-de-France. Et dans cette fournaise, un débat politique inattendu a pris forme en l’espace de quelques heures entre les principaux prétendants à l’Élysée.

Tout a commencé jeudi dernier, au salon VivaTech, à Paris. Marine Le Pen, présidente du groupe Rassemblement national à l’Assemblée, a défendu devant la presse ce qu’elle appelle un « plan massif de climatisation » des bâtiments publics. Écoles, hôpitaux, maisons de retraite, transports : rien ne devrait être épargné. « L’absurdité, c’est de faire mourir les gens de chaleur », a-t-elle martelé, en revendiquant un « droit à la fraîcheur » qu’elle porte, selon ses mots, « depuis plusieurs années ».

« La climatisation sauve des vies »

La formule a le mérite de la clarté. Pour Marine Le Pen, l’adaptation au changement climatique passe d’abord par l’équipement. Climatiser les lieux où se trouvent les plus vulnérables, les enfants dans les classes, les personnes âgées dans les Ehpad, les malades dans les hôpitaux. Le tout avec des systèmes « idéalement réversibles », capables de chauffer en hiver comme de rafraîchir en été. Éric Ciotti, président des Républicains, a rapidement emboîté le pas en parlant d’une « nécessité vitale ».

Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France insoumise, n’a pas tardé à répliquer. Présent lui aussi à VivaTech vendredi, il a opposé un refus net. « Il ne faut surtout pas faire ça. Climatiser partout, ça veut dire augmenter les dégâts », a-t-il lancé auprès de franceinfo, en pointant la consommation énergétique colossale que supposeraient des millions de climatiseurs supplémentaires dans un pays déjà sous tension électrique lors des pics de chaleur.

« Ni un tabou, ni une réponse à tout »

C’est dans cet espace, entre le « tout climatisation » du RN et le refus frontal de LFI, que les Écologistes ont tenté dimanche de planter leur drapeau. Marine Tondelier, secrétaire nationale du parti, a lancé une pétition réclamant la création d’un « congé climatique » pouvant aller jusqu’à cinq jours par an, sans perte de revenus. Le dispositif, inspiré du modèle espagnol qui a adopté un mécanisme comparable en novembre 2024, couvrirait les épisodes de canicule, mais aussi les inondations, les incendies ou les fermetures d’écoles liées au climat.

Sur LCI, Marine Tondelier a cadré sa proposition avec une formule millimétrée. Ce congé pourrait s’appliquer « si les conditions climatiques vous empêchent d’aller au travail », mais aussi « au cas où l’école de vos enfants ferme et vous n’avez pas de solution pour les garder ». En creux, une réponse directe à la situation que vivent ce lundi des centaines de milliers de familles françaises dont les établissements scolaires sont fermés.

Quant à la climatisation, la patronne des Écologistes a refusé de l’évacuer totalement. La climatisation ne doit être « ni un tabou, ni une réponse à tout », a-t-elle estimé, avant de tirer la balle vers le RN. Climatiser « partout, on n’est pas en mesure de le faire financièrement », a-t-elle relevé, « et si vous climatisez des logements qui ne sont pas isolés, vous n’allez pas très loin ». Une pique directe contre un parti « pas crédible sur le climat », selon elle, au vu de ses votes au Parlement français et européen.

Le silence des autres candidats

Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, invité du Grand Jury RTL-Le Figaro-Public Sénat, a rejoint le camp des partisans d’une refonte du droit du travail en appelant à « moduler » les règles et à créer un « congé spécifique ». Un rapprochement tactique entre les Insoumis et les Écologistes sur ce terrain, qui tranche avec les divergences habituelles des deux formations.

Mais le plus frappant, dans cette séquence, reste peut-être ce qui ne s’est pas dit. Ni Édouard Philippe, favori des sondages dans le camp central, ni Jordan Bardella, tête de pont du RN pour 2027, ni Bruno Retailleau, qui vient de lancer sa campagne au Parc Floral, n’ont avancé de proposition structurée sur l’adaptation climatique. Le sujet, pourtant, ne va pas disparaître avec la baisse des températures annoncée en fin de semaine. Météo-France prévient que ces épisodes deviendront plus fréquents et plus intenses dans les années à venir.

Derrière le duel « congé climatique contre climatisation », c’est un choix de société qui se profile. D’un côté, ceux qui veulent adapter les modes de vie et le droit du travail à une réalité climatique nouvelle. De l’autre, ceux qui misent sur la technologie et l’équipement pour maintenir le fonctionnement normal du pays. Entre les deux, un vide programmatique béant que les principaux candidats à la présidentielle n’ont toujours pas commencé à combler. La prochaine canicule, elle, ne les attendra pas.

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