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Keir Starmer démissionne : le Royaume-Uni s’apprête à connaître son septième premier ministre en dix ans

Moins de deux ans après son triomphe électoral, le premier ministre britannique quitte Downing Street, poussé dehors par son propre parti. Andy Burnham, le populaire maire de Manchester, se positionne déjà pour lui succéder.

Sept premiers ministres en dix ans. Le chiffre résume à lui seul la crise de gouvernance qui frappe le Royaume-Uni. Ce lundi 22 juin, Keir Starmer a annoncé sa démission lors d’une brève allocution devant la porte du 10, Downing Street, la voix étranglée par l’émotion. Moins de deux ans après avoir conduit le Parti travailliste à une victoire historique, l’ancien avocat spécialisé en droits humains quitte le pouvoir sous la pression de son propre camp.

La séquence qui l’a fait tomber s’est jouée en quelques jours. Jeudi 19 juin, Andy Burnham, maire du Grand Manchester et figure populaire de l’aile gauche du Labour, a remporté haut la main une élection législative partielle dans la circonscription de Makerfield, au nord-ouest de l’Angleterre, avec 54,8 % des voix contre 34,5 % pour le candidat de Reform UK. Ce scrutin n’avait rien d’anodin : le précédent député travailliste du siège, Josh Simons, avait démissionné précisément pour permettre à Burnham de revenir au Parlement et de se mettre en position de défier Starmer.

Une chute en accéléré

Le premier ministre avait pourtant juré de se battre. Vendredi encore, il répétait qu’il ne « plongerait pas le pays dans le chaos » en partant. Mais le week-end a changé la donne. Selon plusieurs médias britanniques, des poids lourds du gouvernement, dont la ministre des Affaires étrangères Yvette Cooper, l’ont exhorté lors de consultations à Chequers, la résidence de campagne des premiers ministres, à fixer un calendrier de départ. Plus de cent députés travaillistes, soit environ un quart du groupe parlementaire, réclamaient publiquement sa tête.

Lundi matin, Starmer a cédé. Il a informé le roi Charles III de sa décision, puis s’est adressé à la nation. Les candidatures pour lui succéder à la tête du Labour s’ouvriront le 9 juillet et se clôtureront le 16, à la pause estivale du Parlement. Si un seul candidat émerge, le transfert pourrait être rapide. En cas de compétition interne, un nouveau chef sera désigné avant le 1er septembre. Starmer reste premier ministre intérimaire dans l’intervalle.

Le « roi du Nord » aux portes du pouvoir

Andy Burnham, 56 ans, est le grand favori de cette succession. Maire de Manchester depuis 2017, il a supervisé la transformation d’une ville longtemps considérée comme le symbole du déclin industriel britannique. Surnommé le « roi du Nord » par la presse, il est la personnalité politique préférée des Britanniques selon l’institut YouGov. Candidat malheureux à la direction du Labour en 2010 puis en 2015, il a affiné depuis un discours critique du « néolibéralisme » et promet de repositionner le parti plus à gauche, en mettant l’accent sur la revitalisation des régions désindustrialisées.

Son investiture officielle comme député, prévue lundi en début d’après-midi, constitue l’étape préalable indispensable pour briguer la direction du parti. Wes Streeting, ancien ministre de la Santé qui avait claqué la porte en mai en accusant Starmer de manquer de « vision », pourrait être son seul concurrent sérieux.

Deux ans d’espoirs déçus

L’aveu d’échec est d’autant plus brutal que Starmer était entré à Downing Street le 5 juillet 2024 porté par un raz-de-marée électoral, mettant fin à quatorze années de gouvernements conservateurs. Les Britanniques attendaient un tournant. Deux ans plus tard, l’économie reste atone, le coût de la vie continue de peser sur les ménages et les services publics, en particulier le système de santé, demeurent sous tension après des années d’austérité.

Les erreurs politiques ont aggravé l’usure. La nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington, en décembre 2024, s’est transformée en scandale lorsque les liens de l’ancien commissaire européen avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein ont été révélés. Mandelson a été limogé neuf mois plus tard, mais le mal était fait. Puis, en juin, la démission successive du ministre de la Défense John Healey et de la secrétaire d’État Jess Phillips a ouvert une brèche que Starmer n’a plus réussi à colmater.

La débâcle des élections locales de début mai, où le Labour a perdu environ 1 500 sièges de conseillers et le contrôle de plus de 25 collectivités au profit de Reform UK et des Verts, a précipité la spirale. Nigel Farage, le chef du parti anti-immigration en tête des sondages nationaux depuis des mois, a d’ailleurs appelé lundi à la tenue d’élections législatives anticipées. Une hypothèse peu probable : le Labour conserve une large majorité au Parlement et le prochain scrutin n’est pas prévu avant 2029.

Un bilan contrasté à l’international

Le tableau n’est pas uniformément sombre. Sur la scène internationale, Starmer s’est efforcé de redonner au Royaume-Uni un poids en Europe, fragilisé depuis le Brexit, en se rapprochant des positions européennes sur l’Ukraine. Son refus de soutenir pleinement l’offensive israélo-américaine contre l’Iran lui a valu les critiques acerbes de Donald Trump, mais aussi le respect d’une partie de l’opinion britannique. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lui a rendu hommage en le qualifiant d’« homme d’État » ayant contribué à renforcer la sécurité de l’Europe.

Trump, de son côté, avait anticipé l’événement avec sa brutalité habituelle. Dès dimanche, il avait écrit sur Truth Social que Starmer allait démissionner, lui souhaitant « le meilleur ».

Ce qu’il faut surveiller

Le calendrier est serré. Si aucun challenger crédible ne se manifeste face à Burnham avant le 16 juillet, le transfert de pouvoir pourrait intervenir dans les semaines qui viennent. En cas de compétition, les candidats devront réunir le soutien d’au moins 20 % des députés travaillistes, avant un vote des adhérents et sympathisants du parti. Le Royaume-Uni, qui n’a pas connu de premier ministre capable de boucler un mandat complet depuis David Cameron en 2016, saura alors si le « roi du Nord » parvient là où six de ses prédécesseurs en dix ans ont échoué : durer.

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