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ACTUALITé NATIONALE Liberté individuelle sous tension

Interdiction du voile dans la rue : entre liberté des femmes adultes et protection des mineures, la droite se divise

Le RN veut sanctionner par une amende le port du voile islamique dans l’espace public après 2027. Valérie Pécresse juge cette mesure impraticable et défend la liberté religieuse des femmes adultes, tout en appelant à protéger les mineures.

Couloir clair d’un bâtiment institutionnel avec salle d’audition et deux femmes anonymes en discussion
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En bref

Le Rassemblement national envisage une amende contre les femmes portant le voile dans l’espace public s’il accède au pouvoir. Valérie Pécresse rejette cette interdiction générale, tout en soutenant la protection des mineures et en distinguant le voile du voile intégral déjà interdit en France.

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Une femme qui porte le voile dans la rue pourrait-elle demain recevoir une amende ? C’est la proposition défendue par le Rassemblement national. Elle provoque déjà une opposition au sein de la droite, mais aussi un débat sur les limites de la liberté religieuse.

Un débat qui dépasse la seule question du vêtement

Le Rassemblement national propose de sanctionner le port du voile islamique dans l’espace public s’il arrive au pouvoir après l’élection présidentielle de 2027. Le député Jean-Philippe Tanguy a évoqué une amende visant les femmes concernées.

Cette proposition ne concerne pas uniquement les lieux soumis à des règles particulières, comme l’école ou certains services publics. Elle viserait plus largement l’espace public : les rues, les places, les transports ou encore les commerces ouverts à tous.

La France dispose déjà d’une loi sur le voile intégral. Depuis la loi du 11 octobre 2010, il est interdit de dissimuler son visage dans l’espace public. Cette règle concerne notamment la burqa et le niqab, mais pas le voile qui laisse le visage découvert. La violation de cette interdiction constitue une contravention de deuxième classe, punie d’une amende. La loi française sur la dissimulation du visage dans l’espace public distingue donc clairement les deux situations.

Le projet évoqué par le RN franchirait une étape supplémentaire. Il ne s’agirait plus seulement d’interdire un visage dissimulé. Le texte viserait un signe religieux visible, porté par des femmes dont le visage reste découvert.

Valérie Pécresse refuse une interdiction générale

Valérie Pécresse a qualifié cette mesure de « démagogique et impraticable ». La présidente Les Républicains de la région Île-de-France a expliqué qu’elle n’y était pas favorable, car cette proposition ne correspond pas à sa conception de la liberté individuelle.

L’élue de droite estime toutefois que le voile « n’est pas un vêtement comme les autres ». Elle le décrit comme un signe religieux et comme un signe de soumission des femmes. Dans le même temps, elle défend le droit d’une femme adulte à croire ou à ne pas croire, et à choisir sa religion.

Cette position repose sur une distinction centrale. Pour Valérie Pécresse, l’État doit protéger les mineures contre les pressions. En revanche, il ne devrait pas sanctionner automatiquement les femmes majeures qui portent le voile dans la rue.

Elle souhaite notamment mieux protéger les fillettes à l’école et dans le sport. Son objectif affiché est de leur permettre de s’émanciper et de décider librement de leur tenue. Elle rappelle aussi avoir soutenu l’interdiction de la burqa, qui dissimule entièrement le visage.

La responsable LR affirme enfin que le RN a changé de position sur ce sujet. Elle rappelle que Jean-Marie Le Pen n’était pas favorable à l’interdiction de la burqa au moment où cette question était débattue. Pour elle, cet exemple montre que le parti d’extrême droite peut modifier sa ligne selon les périodes et les rapports de force politiques.

Une mesure difficile à appliquer

La principale difficulté serait de définir précisément l’interdiction. Faudrait-il sanctionner tout voile porté dans la rue ? Faudrait-il distinguer un foulard couvrant les cheveux d’autres vêtements religieux ? Les forces de l’ordre devraient-elles constater l’intention religieuse d’une tenue ?

Ces questions ne sont pas secondaires. Une amende suppose une règle suffisamment claire pour être appliquée de manière identique partout. Elle suppose aussi de déterminer qui contrôle, dans quelles circonstances et sur quels critères.

Le droit actuel s’appuie sur un élément objectif : la dissimulation du visage. Une interdiction du voile visible reposerait davantage sur l’identification d’un signe religieux. Le contrôle pourrait donc conduire les agents à apprécier la tenue, le contexte ou la pratique religieuse de la personne.

La mesure pourrait également produire des effets différents selon les femmes concernées. Une personne disposant de ressources importantes pourrait payer une amende ou contester la sanction. Pour une femme aux revenus modestes, la même amende représenterait une charge bien plus lourde.

Le risque serait aussi de déplacer la contrainte. Si une femme porte le voile sous la pression de son entourage, une sanction dirigée contre elle pourrait la pénaliser sans atteindre la personne qui exerce cette pression. La loi française prévoit déjà une infraction spécifique lorsque quelqu’un impose à une autre personne de dissimuler son visage par menace, violence ou contrainte. Le dispositif pénal contre la dissimulation forcée du visage vise ainsi l’auteur de la contrainte, et non la personne qui la subit.

Liberté religieuse contre volonté de protection

Les partisans d’une interdiction générale défendent plusieurs arguments. Ils considèrent le voile comme un marqueur politique ou religieux qui peut traduire une pression exercée sur les femmes. Ils veulent aussi renforcer la visibilité de l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’espace commun.

Dans cette logique, la sanction aurait une fonction dissuasive. Elle chercherait à limiter la présence de signes perçus comme contraires aux principes républicains. Le RN pourrait également y voir un moyen de répondre à une partie de son électorat, particulièrement attentive aux questions d’immigration, de laïcité et d’identité nationale.

Les opposants à cette mesure mettent en avant un autre principe : la liberté de conscience. Une femme majeure peut avoir des raisons différentes de porter le voile. Il peut s’agir d’une conviction religieuse, d’une habitude familiale, d’une affirmation personnelle ou d’une décision prise dans un contexte complexe.

Ils redoutent qu’une interdiction générale stigmatise les musulmanes et crée un contrôle ciblé dans l’espace public. La question serait alors moins celle de la neutralité de l’État que celle de la surveillance d’une catégorie de citoyennes.

Le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’homme ont validé l’interdiction française de la dissimulation intégrale du visage. La Cour de cassation a également jugé cette règle compatible avec la liberté religieuse, en raison de son objectif lié à l’ordre et à la sécurité publics. Ces décisions ne tranchent toutefois pas automatiquement la question d’une interdiction du voile laissant le visage découvert. La jurisprudence de la Cour de cassation sur le voile intégral porte sur une situation juridique différente.

Le prochain enjeu : le contenu exact du projet

Pour l’instant, la proposition politique du RN doit encore être transformée en texte précis pour pouvoir être réellement examinée. Il faudra connaître le montant de l’amende, les exceptions prévues et le champ exact de l’interdiction.

Le débat portera aussi sur les mineures. Une interdiction qui viserait les fillettes ne répondrait pas aux mêmes enjeux qu’une sanction visant les femmes adultes. Elle soulèverait notamment la question de la responsabilité des parents, de la protection de l’enfant et du risque de pénaliser directement la mineure.

Dans les prochaines semaines et les prochains mois, trois éléments seront donc à surveiller : la rédaction du programme du RN, les réactions des autres formations de droite et le éventuel examen parlementaire d’une proposition de loi. Le désaccord entre le RN et Valérie Pécresse montre déjà que la question du voile ne sépare pas seulement la droite de la gauche. Elle traverse aussi la droite elle-même.

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