Mélenchon lance sa campagne à Saint-Denis pendant que la gauche non insoumise se déchire sur la méthode pour 2027
Premier grand meeting de Mélenchon ce dimanche à Saint-Denis, avec Annie Ernaux et Éric Vuillard sur scène. Pendant ce temps, Faure fixe un ultimatum au PS pour trancher sur la primaire. La gauche entre dans la campagne 2027 par deux portes opposées.

La gauche française entre en campagne. Mais par deux portes différentes, et sans se regarder.
D’un côté, Jean-Luc Mélenchon tient ce dimanche 7 juin son premier grand meeting de campagne présidentielle, place Victor-Hugo à Saint-Denis, devant la basilique et la mairie. Plus de 10 000 personnes attendues selon La France insoumise, des bus affrétés depuis toute la France, et deux invités de marque sur scène : Annie Ernaux, prix Nobel de littérature 2022, et Éric Vuillard, prix Goncourt 2017. De l’autre, Olivier Faure a fixé une date-butoir au 9 juillet pour que les militants socialistes se prononcent sur la stratégie présidentielle. Primaire ou pas primaire : la question divise, et le PS n’a plus les moyens d’attendre.
Saint-Denis, premier test de la mobilisation insoumise
Le choix de Saint-Denis n’est pas anodin. La commune de Seine-Saint-Denis est dirigée depuis mars 2026 par Bally Bagayoko, premier maire LFI élu dans cette ville, avec 50,77 % des voix au premier tour des municipales. Pour Mélenchon, c’est un ancrage territorial autant qu’un symbole : il s’agit de « faire le lien entre la Nouvelle France et l’histoire de France », selon les mots de Manuel Bompard, coordinateur de LFI et directeur de campagne.
Mélenchon a officialisé sa candidature le 3 mai sur TF1. Depuis, La France insoumise revendique plus de 280 000 parrainages citoyens chiffre avancé par le mouvement lui-même, non vérifié de manière indépendante. Ces parrainages citoyens sont distincts des 500 signatures d’élus exigées par le Conseil constitutionnel pour s’inscrire officiellement à l’élection.
La présence d’Ernaux et de Vuillard donne un tour délibérément culturel au lancement. Les deux écrivains avaient déjà soutenu Mélenchon par le passé. Manuel Bompard décrit une campagne « instructive », avec une dimension d’éducation populaire. Ce n’est pas un meeting programmatique au sens strict, mais une démonstration de force destinée à poser des jalons.
Dans les sondages, la position de Mélenchon reste fragile. Selon un sondage Ipsos de fin mai 2026, il est crédité d’environ 13 % des intentions de vote au premier tour, dans un contexte dominé par Jordan Bardella à plus de 33 %. Raphaël Glucksmann, qui n’a pas encore formalisé sa candidature, talonne Mélenchon selon les hypothèses testées, autour de 11 à 14 %.
À gauche non insoumise, la méthode bloque tout
Pendant que LFI mobilise ses troupes dans la rue, le reste de la gauche se dispute la procédure. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, défend depuis des mois l’organisation d’une primaire. Son argument : si la gauche arrive au premier tour avec sept ou huit candidats, elle perd. Et l’extrême droite gagne. Il a fixé au 9 juillet la date à laquelle les militants socialistes devront voter sur la stratégie à suivre.
En face, les réticences sont nombreuses. Raphaël Glucksmann a dit publiquement qu’il ne participerait pas à une primaire, qu’il juge trop verrouillée par les appareils partisans. Boris Vallaud, qui a quitté la direction du PS en mai avec son courant « Unir », défend une autre logique : d’abord un projet commun, ensuite un candidat. Fabien Roussel, lui, a écarté d’emblée l’hypothèse, sans ménagement.
La fracture est donc double. Entre LFI et le reste de la gauche, d’abord : Mélenchon s’est placé en dehors de tout processus commun dès sa déclaration de candidature. Entre les partisans d’une primaire et ceux qui y voient un piège, ensuite. Ce débat sur la méthode paralyse la préparation du fond depuis plusieurs mois.
Un paysage à gauche qui se dessine malgré tout
Le meeting de dimanche sera le premier vrai test de jauge pour la campagne insoumise. L’affluence place Victor-Hugo dira si LFI peut mobiliser au-delà de son socle habituel, ou si le mouvement entre en campagne sur ses bases. Ce chiffre circulera dans tous les états-majors de gauche dès lundi matin.
Pour les autres, la séquence qui s’ouvre jusqu’à l’été est décisive. Olivier Faure veut forcer le calendrier avant que les candidatures ne se figent définitivement. Les échanges se poursuivent avec les Écologistes, les proches de François Ruffin et plusieurs figures de la gauche dite non mélenchoniste. Le mois de juillet dira si une mécanique commune est encore possible, ou si chacun repart avec sa propre stratégie.
À dix-huit mois du premier tour, la gauche est en campagne. Mais pas ensemble.



