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Patrick Bruel lâché par Sony, RFM et les Enfoirés : comment le milieu du spectacle tourne la page face aux accusations

Visé par une trentaine de témoignages et plusieurs enquêtes judiciaires pour agressions sexuelles, Patrick Bruel voit les portes se fermer une à une. Sony, RFM et les Enfoirés ont pris leurs distances. Le chanteur conteste les faits.

Trente-trois participations aux Enfoirés depuis 1993. Sony comme maison de disques depuis des décennies. RFM comme radio fidèle. En quelques heures, tout cela s’est effondré.

Patrick Bruel, 66 ans, figure majeure de la chanson française, est visé par une trentaine de témoignages et plusieurs enquêtes judiciaires pour violences sexuelles et sexistes. Au moins huit plaintes ont été déposées en France ; une procédure est en cours en Belgique pour agression sexuelle, pour des faits qu’il conteste. Face à cette accumulation, le milieu du spectacle — longtemps silencieux — a commencé à fermer ses portes les unes après les autres.

Les Enfoirés sans lui

C’est l’annonce la plus symbolique. Patrick Bruel ne participera pas à la prochaine édition des Enfoirés, les concerts caritatifs de TF1 au profit des Restos du Cœur. Selon les informations de Mediapart, confirmées par l’organisation, la décision est actée. Anne Marcassus, directrice artistique du spectacle, a précisé à l’AFP que le choix venait de l’artiste lui-même : il a expliqué ne pas vouloir placer l’association « dans un quelconque embarras ».

Il était le chanteur le plus présent de la troupe depuis sa création.

Sony Music, sa maison de disques historique, a indiqué à ses collaborateurs qu’elle mettait « en pause ses activités avec l’artiste ». Une information confirmée par une source syndicale. La radio RFM, elle, a annoncé qu’elle ne diffuserait plus ses chansons. L’animateur Nagui a également coupé les ponts. À Paris, un collectif féministe a interrompu une représentation théâtrale à laquelle il participait au théâtre Édouard-VII, scandant des accusations. Une manifestation est annoncée lors de la première date de sa tournée.

Une accumulation qui change tout

L’affaire ne date pas d’hier. En 2019, cinq femmes travaillant dans des spas de luxe en France avaient déjà déposé des plaintes pour violences sexuelles contre Patrick Bruel. Les procédures avaient été classées sans suite, faute de preuves. Depuis, le dossier a pris une toute autre ampleur. Daniela Elstner, directrice générale d’Unifrance — l’organisme de promotion du cinéma français à l’international — a notamment déposé une plainte, décrivant des faits remontant à 1997. D’autres accusations couvrent une période allant de 1992 à 2019.

La défense de Patrick Bruel a maintenu une ligne constante. Son avocat, Christophe Ingrain, a affirmé à l’AFP que le chanteur « n’a jamais rejeté un refus, n’a jamais contraint qui que ce soit à un acte ou une relation sexuelle ». La présomption d’innocence s’applique tant que la justice n’a pas tranché.

Reste que l’équation est désormais différente. Dans plusieurs affaires similaires — PPDA, Gérard Depardieu — les institutions culturelles avaient attendu des mois, parfois des années, avant de prendre position. Ici, les retraits se sont enchaînés en quelques jours, signe d’un rapport de force qui a changé.

Le milieu face à lui-même

La question posée par l’affaire Bruel dépasse le cas individuel. Elle touche à la manière dont le secteur du spectacle traite les signalements. Des plaignantes dénoncent un système de protection qui aurait, pendant trop longtemps, privilégié la carrière des artistes sur la parole des victimes. Des procédures classées sans suite, des pressions informelles pour ne pas parler, une industrie organisée autour de la notoriété de ses têtes d’affiche.

À l’international, le festival de Pully, en Suisse, a lui choisi de maintenir Patrick Bruel à son programme malgré la polémique, quand le Paléo Festival de Nyon et une agence québécoise ont annoncé leur rupture. Le partage est net entre ceux qui attendent le verdict judiciaire et ceux qui estiment que l’accumulation des témoignages suffit à justifier une mise à l’écart immédiate.

La prochaine audience devant un tribunal, si elle a lieu, dira jusqu’où la justice française entend aller. En attendant, les dates de tournée de Patrick Bruel, prévues dans les prochains mois, restent pour l’heure maintenues.

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