Présidentielle 2027 : la majorité veut éviter la guerre Attal-Philippe qui brouillerait son offre aux électeurs
Prisca Thévenot appelle à calmer la rivalité entre Gabriel Attal et Édouard Philippe. Elle défend aussi une saisie du déontologue après l’affaire Charles Alloncle.

Dans la majorité, la présidentielle commence déjà par un problème de méthode
Quand deux anciens Premiers ministres se disputent le même espace politique, la question n’est pas seulement de savoir qui sera candidat. Elle est surtout de comprendre si la majorité peut encore parler d’une seule voix.
C’est le cas avec Gabriel Attal et Édouard Philippe. Le premier a officiellement lancé sa course à l’Élysée le 22 mai 2026, depuis Mur-de-Barrez, en Aveyron. Le second s’est déclaré plus tôt et avance déjà sa propre ligne. Entre les deux, la bataille d’image a commencé. Mais pour Prisca Thévenot, il ne faut pas transformer cette rivalité en duel de petites phrases.
Invitée de l’émission politique matinale de franceinfo, la députée des Hauts-de-Seine a défendu une ligne simple : pas de “chamailleries”, pas de surenchère verbale, pas de campagne réduite aux effets de manche. Elle soutient Gabriel Attal et veut éviter que la compétition interne brouille le message central : l’exécutif sortant doit encore séduire un électorat qui hésite entre continuité, alternance interne et rupture plus nette.
Une majorité éclatée, mais encore tenue par la peur du second tour
Le décor est connu. Depuis la fin du second quinquennat d’Emmanuel Macron, le camp central cherche un successeur crédible. Gabriel Attal, ancien Premier ministre et patron de Renaissance, veut incarner le renouvellement. Édouard Philippe, fondateur d’Horizons et lui aussi ancien chef du gouvernement, mise sur une stature plus posée. Les deux prétendent parler à l’électorat modéré, au centre et au centre droit.
Ce duel ne tombe pas du ciel. Il prolonge une rivalité déjà visible depuis des mois. Chacun prépare son appareil, son récit et sa méthode. Attal multiplie les déplacements et les signaux programmatiques. Philippe joue davantage la retenue. Le contraste n’est pas seulement esthétique. Il sert à marquer deux personnalités, deux styles, deux hypothèses de rassemblement.
Prisca Thévenot a voulu refermer la porte à l’escalade. Elle a rappelé qu’Horizons et Renaissance ne sont pas des adversaires naturels. Dans les faits, les deux formations ont gouverné ensemble. Et elles savent qu’une division trop brutale peut coûter cher à leur camp si la présidentielle se polarise entre le Rassemblement national et La France insoumise.
Ce rappel n’est pas anodin. Il dit la vraie contrainte du bloc central : parler d’avenir tout en évitant de casser l’outil d’hier. Dans cette configuration, les vainqueurs potentiels d’une querelle interne seraient les concurrents extérieurs, pas les militants du centre.
Ce que change la concurrence Attal-Philippe
Concrètement, la rivalité entre les deux hommes oblige la majorité à arbitrer entre deux besoins contradictoires. D’un côté, elle veut afficher de l’ambition et préparer 2027 tôt. De l’autre, elle doit éviter de donner l’image d’un camp qui se déchire avant même le lancement officiel de la campagne.
Pour Gabriel Attal, l’enjeu est clair : s’imposer comme l’héritier le plus naturel du macronisme, mais avec une distance suffisante pour ne pas apparaître comme le simple prolongement d’Emmanuel Macron. Pour Édouard Philippe, l’objectif est différent. Il veut conserver son avance dans les sondages et son image d’homme d’État, tout en évitant de passer pour le concurrent crispé d’un plus jeune prétendant.
Pour les électeurs, ce duel peut avoir deux effets opposés. Il peut clarifier l’offre politique du bloc central, en obligeant chacun à préciser ses idées. Mais il peut aussi brouiller la lisibilité du camp présidentiel, si les distinctions deviennent purement personnelles. C’est exactement ce que Prisca Thévenot cherche à éviter.
Un autre élément compte : l’éducation. La députée a rappelé que Gabriel Attal veut en faire son sujet numéro un, avec le retour de l’autorité et du “choc des savoirs”. Là encore, le message est politique avant d’être technique. Il s’agit de parler aux familles, aux enseignants et aux classes moyennes qui demandent des résultats visibles, pas seulement une ligne de communication.
Au fond, la bataille Attal-Philippe ne porte pas seulement sur un leadership. Elle porte sur la méthode pour exister en 2027 : former un pôle de continuité, ou construire une alternative à l’intérieur même du camp macroniste.
Sur le dossier Alloncle, la transparence plutôt que le réflexe partisan
Prisca Thévenot s’est aussi exprimée sur un autre sujet sensible : les photos publiées par LCP a rapporté la saisine du déontologue de l’Assemblée nationale concernant le député Charles Alloncle. L’élue a demandé que “toute la lumière” soit faite. Elle a raison sur un point : dès qu’un doute existe sur un possible conflit d’intérêts, la réponse doit être institutionnelle, pas émotionnelle.
Le rappel juridique est simple. Depuis 2017, les parlementaires ne peuvent plus employer leur conjoint, leur partenaire de pacs ou leur concubin. Cette règle est née dans le climat de défiance qui a suivi l’affaire Fillon. Le but était clair : limiter les soupçons d’emplois de complaisance et redonner un peu de crédibilité à l’usage de l’argent public. Le rôle du déontologue de l’Assemblée a d’ailleurs été renforcé dans ce cadre, avec un contrôle accru des emplois familiaux. Le site de l’Assemblée nationale précise que cette mission s’est élargie après les lois de septembre 2017 sur la confiance dans la vie politique.
Mais il faut aussi regarder ce que cette règle produit dans la pratique. Pour les défenseurs de la transparence, elle protège l’institution et évite que l’intime se mêle trop facilement au public. Pour certains élus, elle ajoute une couche de suspicion permanente, alors même qu’un collaborateur parlementaire peut être recruté pour sa compétence, sa loyauté ou sa connaissance du terrain. Le vrai sujet reste donc le même : comment distinguer le travail réel du simple confort d’image ?
Prisca Thévenot a aussi visé, au passage, les réactions habituelles des formations les plus dures sur le terrain du contrôle moral. Elle les accuse de réclamer vite des commissions d’enquête ou des saisines du déontologue quand l’affaire touche leurs adversaires, mais de crier à l’acharnement dès qu’elles sont elles-mêmes exposées. Cette critique renvoie à un vieux réflexe de la vie parlementaire : tout le monde demande de la probité, mais personne n’aime être contrôlé.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains jours
La séquence ne fait que commencer. La première chose à surveiller est la manière dont Gabriel Attal et Édouard Philippe vont se répondre, ou au contraire s’ignorer. Une montée des piques personnelles serait le signe d’une compétition ouverte. Un ton maîtrisé indiquerait qu’un pacte de non-agression tient encore.
Il faudra aussi regarder la réaction des autres composantes de la majorité. Les soutiens de Renaissance, d’Horizons et des groupes alliés ont intérêt à éviter l’embrasement. Sinon, la discussion sur 2027 risque de se transformer en guerre de familles politiques avant même l’entrée dans la vraie campagne.
Enfin, le dossier Charles Alloncle dépend désormais du déontologue de l’Assemblée. C’est là que se jouera la suite. Si l’instance conclut à l’absence de problème, le sujet retombera. Si elle relève une irrégularité, la majorité comme l’opposition devront gérer un nouveau débat sur les règles qui encadrent les collaborateurs parlementaires et la frontière, toujours fragile, entre vie privée et mandat public.



