Quand la confiance exécutif s’érode, Macron et Lecornu ne parviennent plus à transformer leurs sursauts en soutien durable
Le baromètre Elabe montre un exécutif qui remonte par à-coups, puis rechute vite. Emmanuel Macron reste pénalisé par son bilan, tandis que Sébastien Lecornu peine à installer une dynamique propre.

Quand la confiance baisse, qui encaisse ?
En politique, une cote de confiance qui glisse n’est jamais qu’un chiffre. C’est aussi un signal très concret : plus le pouvoir s’éloigne, plus chaque annonce ressemble à un test, et plus la marge de manœuvre se réduit. C’est exactement ce que montre, depuis plusieurs mois, le baromètre Elabe pour l’Observatoire politique.
Un exécutif qui ne profite plus de ses sursauts
Le président de la République a bien connu un rebond au printemps. En avril 2026, 23% des personnes interrogées disaient lui faire confiance pour affronter les problèmes du pays. En mai, ce niveau tombait à 20%. Puis il remontait à 26% en juin, dans un contexte de candidatures présidentielles plus visibles et de polarisation politique plus forte.
Cette mécanique est connue : une séquence internationale, une prise de parole forte ou une actualité extérieure peuvent redonner un peu d’air à l’exécutif. Mais cette respiration reste fragile quand le jugement sur le bilan s’est déjà installé. Le baromètre Elabe montre d’ailleurs que la défiance envers Emmanuel Macron reste durablement haute, avec 73% de Français qui ne lui font pas confiance en avril 2026, puis 74% en mai.
Autrement dit, le chef de l’État ne part pas d’une page blanche. Son socle reste étroit. Et quand il progresse, il progresse rarement assez pour transformer l’essai. Dans le même temps, son propre électorat bouge lui aussi. En avril 2026, il recule chez ses soutiens du premier tour. En mai, ce repli se poursuit. C’est un point clé : quand la base présidentielle elle-même se fissure, le rebond devient mécaniquement plus difficile.
Sébastien Lecornu dans le même couloir étroit
Le Premier ministre suit une trajectoire proche. En mai 2026, 23% des Français lui faisaient confiance, soit un point de moins qu’en avril. En juin, l’écart avec Emmanuel Macron se resserre encore : Elabe note que la différence entre les deux têtes de l’exécutif s’est résorbée. Le message est clair : Matignon ne compense plus vraiment l’usure de l’Élysée.
Cette situation a un effet concret sur la façon de gouverner. Un Premier ministre qui n’incarne pas une dynamique forte dispose de moins d’autorité pour faire passer des compromis budgétaires, arbitrer les tensions sociales ou imposer un calendrier parlementaire. Dans un pays où la dette publique a dépassé 3,5 trillions d’euros, selon Le Monde, chaque décision devient un sujet de rapport de force.
Le problème n’est pas seulement politique. Il est aussi social. Quand les finances publiques sont sous tension, les arbitrages pèsent davantage sur les services publics, les collectivités, les ménages modestes et les entreprises dépendantes de la dépense publique. À l’inverse, les acteurs les mieux armés pour absorber les hausses de prélèvements, les coupes ou les reports d’investissement disposent d’un avantage net. C’est là que le bilan présidentiel se traduit en effets très différents selon les milieux sociaux et territoriaux.
Pourquoi le bilan pèse plus que les annonces
Le cœur du problème tient au crédit politique. En début de mandat, un pouvoir peut encore promettre. À mesure que le temps passe, il doit surtout convaincre qu’il peut encore agir. Or Emmanuel Macron entre dans une zone où le “bilan” mange presque tout le reste. Elabe souligne que la confiance reste inférieure à celle observée un an plus tôt en avril 2026, malgré les variations mensuelles. La trajectoire générale, elle, demeure baissière depuis l’automne 2025.
Ce phénomène ne profite pas seulement aux oppositions. Il nourrit aussi une forme de fatigue démocratique. Quand une majorité de Français ne croit plus à la capacité du pouvoir à résoudre les problèmes, chaque réforme est perçue comme un nouvel épisode de la même histoire. C’est particulièrement vrai sur le budget, le pouvoir d’achat, l’hôpital ou la transition écologique. Dans ces domaines, la crédibilité politique est souvent aussi importante que le contenu du texte.
Les oppositions dénoncent une crise de fond
À gauche, le Parti socialiste juge que la nomination de Sébastien Lecornu s’inscrit dans une continuité politique qui a déjà conduit à l’échec, au désordre et à l’instabilité. Le parti estime que cette ligne aggrave la crise politique et la défiance. Il avertit aussi qu’il censurerait le gouvernement sans changement majeur d’orientation. Cette critique est nette : elle cherche à capitaliser sur l’usure du pouvoir, tout en se présentant comme une alternative de gouvernement.
Le Rassemblement national, de son côté, insiste sur un autre angle : celui du coût du macronisme pour les finances publiques et pour les priorités du quotidien. Dans ses prises de position récentes, le mouvement dénonce une politique qui « achète du temps à crédit » et reporte la facture sur les années suivantes. Là encore, l’objectif est double : attaquer le bilan et se poser en héritier des préoccupations matérielles des Français, surtout sur le pouvoir d’achat, l’énergie et les services publics.
Ces critiques ne se recoupent pas toujours. La gauche attaque la trajectoire budgétaire et l’absence de cap social. Le RN pointe davantage l’endettement, l’ordre public et l’efficacité de l’État. Mais les deux camps convergent sur un point : le président et son Premier ministre n’apparaissent plus comme des porteurs de solution évidente. C’est précisément ce qui nourrit la baisse de confiance.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La suite se jouera sur trois terrains. D’abord, la prochaine mesure d’Elabe, pour voir si le rebond de juin n’était qu’un souffle passager. Ensuite, la capacité de Sébastien Lecornu à éviter qu’une séquence budgétaire ou sociale ne rallume la contestation. Enfin, la réponse des oppositions, qui savent que l’usure de l’exécutif peut encore s’accélérer si l’été politique se transforme en automne de crise.



