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ANALYSES & OPINIONS La visibilité en ligne sous pression

Bloquer des comptes politiques peut-il vraiment réduire leur audience, ou seulement filtrer son propre fil d’actualité ?

La campagne #OnBloquelExtremeDroite invite à cesser les interactions et à bloquer des comptes ciblés. Mais les compteurs déclaratifs ne prouvent pas une baisse d’audience : le blocage agit d’abord sur les échanges entre utilisateurs.

Une main tient un smartphone affichant un profil social générique et une commande de blocage, dans un intérieur sobre.
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En bref

La campagne #OnBloquelExtremeDroite appelle à ne plus interagir avec des comptes désignés comme d’extrême droite et à les bloquer. Ce geste peut modifier le fil et les échanges de chaque participant, mais les compteurs déclaratifs ne permettent pas de mesurer une baisse d’audience générale. Les listes posent aussi la question des critères de classement.

Un prompt optimisé est pré-rempli pour chaque moteur. Les résultats générés par l'IA peuvent différer du contenu original.

Répondre à une publication politique pour la contester, est-ce aussi lui faire de la publicité ? Avec le mot-dièse #OnBloquelExtremeDroite, des internautes proposent de changer de réflexe : ne plus alimenter les échanges et bloquer certains comptes.

Derrière cette campagne, une question dépasse les seuls militants : quelle prise avons-nous sur les contenus politiques que les plateformes rendent visibles ? Il faut distinguer trois choses : choisir son fil personnel, réduire les interactions d’un compte et faire reculer son audience globale.

Une mobilisation pour retirer de l’attention

Apparu en début de semaine, le mot-dièse totalise 45 488 messages au jeudi 29 octobre 2026, toutes plateformes confondues, d’après le décompte de l’outil de veille Visibrain. Ce chiffre mesure des publications, pas un nombre de participants, encore moins des blocages.

La consigne vise des personnalités politiques ou médiatiques que les participants classent à l’extrême droite. Elle consiste à ne plus répondre à leurs publications, ni les commenter ou les repartager. Le blocage complète cette stratégie : au lieu de combattre un message dans ses réponses, l’internaute coupe les interactions avec son auteur.

Sur X, le compte « Un Facho KO » relaie largement la campagne et revendique la création d’un site répertoriant les profils concernés. Le dispositif annonce 15 millions de blocages. Toutefois, il demande aux participants de signaler eux-mêmes chaque action pour alimenter son compteur. Ce total déclaré ne constitue donc pas une mesure indépendante réalisée par les réseaux sociaux.

Un autre site participant à la campagne de blocage sur Instagram explicite cette logique : ouvrir un profil, le bloquer sur le réseau, puis revenir confirmer. Il précise qu’il ne bloque aucun compte à la place de l’utilisateur.

Pourquoi répondre peut aussi donner de la visibilité

Le raisonnement des participants repose sur un mécanisme réel : les plateformes utilisent les interactions pour sélectionner les contenus proposés. L’engagement désigne notamment les commentaires, les partages et les réactions. Une réponse hostile reste une interaction ; son intention critique ne suffit pas à empêcher toute amplification.

Le laboratoire d’innovation de la CNIL explique que les systèmes de recommandation servent aussi les intérêts économiques des plateformes et des annonceurs. Ils cherchent notamment à augmenter le temps passé et les interactions. La bataille politique se joue donc dans un espace commercial, dont les utilisateurs ne fixent pas les règles.

Cependant, la formule « davantage de commentaires égale davantage de visibilité » simplifie le fonctionnement des recommandations. Dans son étude de 2022 sur les réseaux sociaux, le Conseil d’État décrit plusieurs critères : origine et ancienneté du contenu, niveau de partage, centres d’intérêt ou intérêt commercial.

Retirer ses réactions supprime ainsi un signal possible. Cela ne démontre pas qu’un compte perdra automatiquement de la visibilité auprès de tous les autres utilisateurs. L’objectif politique de la campagne et son efficacité technique restent deux questions distinctes.

Bloquer protège une relation, sans supprimer une parole

Sur X, le blocage agit d’abord sur les relations entre deux comptes. D’après les règles de blocage présentées par X, le compte bloqué ne peut plus suivre l’utilisateur concerné, lui envoyer des messages privés ou interagir avec ses publications.

En revanche, il peut toujours consulter ses publications publiques. Le blocage ne constitue donc ni une suppression de compte ni une interdiction générale de lire. Il ne faut pas non plus le confondre avec un signalement, qui demande à la plateforme d’examiner un contenu.

Pour les participants, le bénéfice recherché est double : maîtriser leurs échanges et cesser d’apporter de l’attention aux adversaires désignés. Pour les comptes visés, l’enjeu concerne surtout la capacité à toucher des personnes extérieures à leur public déjà convaincu.

Les conséquences pourraient différer selon leurs ressources. Un compte dépendant des repartages adverses n’occupe pas la même position qu’une personnalité disposant d’une communauté fidèle ou d’autres relais. C’est une limite logique de la stratégie, pas un effet mesuré de cette mobilisation.

Qui choisit les comptes à écarter ?

La constitution des listes soulève une autre difficulté : leurs auteurs choisissent les critères politiques du classement. Le site consacré à Instagram accepte ainsi des propositions concernant des comptes « de droite ou d’extrême droite ». Son périmètre dépasse donc l’intitulé du mouvement.

Ce site indique examiner les propositions et prévoit de signaler un mauvais classement. Ces mécanismes comptent : une liste collective facilite les blocages, mais elle donne aussi à ses responsables un pouvoir de désignation. L’utilisateur délègue une partie du tri s’il reprend leurs choix sans les examiner.

Le risque d’un appauvrissement du débat mérite également attention. La CNIL décrit les bulles de filtre créées par certaines recommandations : des contenus toujours similaires peuvent réduire la diversité des informations rencontrées.

Il serait pourtant excessif d’en déduire que tout blocage enferme automatiquement dans ses convictions. Un rapport publié par le ministère de la Culture sur la recommandation rappelle que la thèse d’un enfermement généralisé causé par les seuls algorithmes n’a pas reçu de confirmation empirique. Choix personnels et mécanismes techniques s’entrecroisent.

Le prochain test : mesurer l’audience, pas seulement les clics

Dans les prochains jours, la progression du mot-dièse permettra de suivre la mobilisation. Mais les compteurs déclaratifs ne suffiront pas à établir son efficacité. Il faudrait distinguer les participants uniques, les blocages effectivement réalisés et l’évolution de l’audience des comptes concernés.

Le point décisif sera surtout leur accès à de nouveaux publics. Une baisse des interactions venues des opposants ne signifie pas nécessairement une baisse générale de diffusion. C’est cet écart entre mobilisation visible et audience réellement perdue qu’il faudra surveiller.

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