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ANALYSES & OPINIONS Le centriste face à ses juges

Procès Bayrou : l’appel relance le débat sur la responsabilité politique dans l’affaire des assistants du MoDem

Relaxé en première instance au bénéfice du doute, François Bayrou comparaît en appel dans l’affaire des assistants parlementaires du MoDem. Les juges devront préciser son éventuel rôle dans l’utilisation de fonds européens.

Réunion européenne à Paris avec juristes anonymes, dossiers et drapeaux de table autour d’un procès politique
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En bref

François Bayrou est rejugé en appel avec douze autres prévenus dans l’affaire des assistants parlementaires du MoDem. Relaxé en première instance au bénéfice du doute, il conteste toute implication dans l’utilisation de fonds européens pour rémunérer des collaborateurs travaillant pour le parti. La cour devra apprécier les preuves et les responsabilités individuelles.

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Que risque François Bayrou en retournant devant la justice, alors qu’il a déjà été relaxé dans l’affaire des assistants parlementaires du MoDem ? À partir du mercredi 9 septembre 2026, la cour d’appel de Paris doit réexaminer son rôle présumé dans ce dossier qui concerne l’utilisation de fonds du Parlement européen.

Une affaire qui remonte à l’UDF et au MoDem

Les faits reprochés couvrent la période allant de 2005 à 2017. À cette époque, des assistants parlementaires d’eurodéputés centristes étaient rémunérés sur des crédits européens. La justice soupçonne certains d’entre eux d’avoir travaillé, en réalité, pour l’UDF puis pour le MoDem, les formations politiques dirigées par François Bayrou.

Le Parlement européen réserve pourtant ces crédits à l’activité des députés européens. Ils doivent financer des collaborateurs chargés de préparer des dossiers, de suivre les travaux parlementaires ou d’appuyer les élus dans leurs missions à Strasbourg et à Bruxelles.

Le détournement de fonds publics désigne l’utilisation irrégulière d’argent public à une fin différente de celle prévue. Dans ce dossier, l’enjeu est donc de déterminer si des fonds européens ont servi à financer le fonctionnement interne d’un parti français.

François Bayrou est poursuivi pour complicité de détournement de fonds publics. Cette qualification ne signifie pas qu’il aurait nécessairement signé les contrats litigieux. Elle suppose que les juges examinent s’il a pu faciliter, encourager ou couvrir les pratiques reprochées.

Une relaxe prononcée en première instance

Le 5 février 2024, le tribunal correctionnel de Paris a relaxé François Bayrou. Il a considéré que les éléments du dossier ne permettaient pas d’établir, avec une certitude suffisante, que le président du MoDem avait personnellement connaissance des irrégularités reprochées.

La décision a été rendue « au bénéfice du doute ». En droit pénal, cela signifie que l’accusation n’a pas apporté la preuve nécessaire pour emporter la conviction du tribunal. Le doute doit alors profiter au prévenu.

Cette relaxe n’a toutefois pas effacé les autres volets du dossier. Le MoDem, en tant que personne morale, a été condamné à une amende de 400 000 euros. Plusieurs autres prévenus ont également été condamnés pour leur participation présumée au système de financement mis en cause.

Le parquet de Paris a fait appel de la relaxe de François Bayrou, ainsi que de celles de deux autres prévenus. La procédure d’appel permet à une nouvelle juridiction de reprendre l’examen des faits et des responsabilités. Elle peut confirmer la décision de première instance, la modifier ou prononcer une condamnation.

François Bayrou affiche sa confiance

À quelques jours de l’audience, François Bayrou affirme être « absolument serein ». Il se dit également « déterminé » à démontrer que les accusations portées contre lui ne reposent pas sur des éléments suffisants.

L’ancien Premier ministre soutient que le premier procès, qui avait duré six semaines, a permis d’examiner le dossier « au fond ». Il estime que la décision rendue en 2024 a établi l’absence de preuve d’un système dont il aurait été responsable.

Sa défense repose donc sur un point précis : même si des irrégularités ont pu être commises par certains responsables ou salariés, rien ne prouverait qu’il les a organisées ou qu’il en avait connaissance.

Cette distinction est importante. La justice ne doit pas seulement déterminer si des emplois ont été mal financés. Elle doit aussi établir, pour chaque prévenu, la nature exacte de son implication et son niveau de connaissance des faits.

Un procès qui oppose deux lectures du dossier

Le parquet défend une lecture plus sévère. Pour l’accusation, les emplois concernés ne peuvent pas être analysés comme de simples situations individuelles. Ils pourraient s’inscrire dans une organisation destinée à faire prendre en charge par le Parlement européen des salariés travaillant pour le parti.

La question centrale sera donc celle du fonctionnement collectif. Les magistrats devront examiner les contrats, les missions réellement exercées, les échanges entre responsables politiques et les modalités de supervision des assistants.

La défense, de son côté, conteste l’existence d’un système suffisamment structuré pour engager personnellement François Bayrou. Elle met en avant l’absence de preuve directe et la difficulté de déduire une responsabilité pénale à partir de fonctions politiques ou hiérarchiques.

Le débat concerne aussi le statut particulier des assistants parlementaires européens. À l’époque des faits, les règles encadrant leurs missions étaient moins précises qu’aujourd’hui. Mais cette évolution ne suffit pas, à elle seule, à effacer les éventuelles infractions commises pendant la période examinée.

Des conséquences différentes selon les acteurs

Pour François Bayrou, l’enjeu est d’abord judiciaire. Une condamnation en appel modifierait la portée de la relaxe obtenue en 2024 et pèserait sur son parcours politique. À l’inverse, une confirmation renforcerait sa position dans un dossier qui accompagne sa carrière depuis plusieurs années.

Pour le MoDem, l’affaire touche directement les finances et l’image du parti. Une formation politique dispose de ressources limitées. Le financement de salariés par des crédits européens pouvait réduire ses charges internes, mais il exposait aussi l’organisation à un risque pénal et financier important.

Les anciens eurodéputés et les collaborateurs concernés se trouvent dans une situation différente. Leur responsabilité dépendra des tâches réellement effectuées, des documents signés et de leur connaissance éventuelle de l’origine des rémunérations.

Enfin, les contribuables européens sont les premiers concernés par le principe du contrôle des fonds publics. Chaque dépense contestée alimente une question simple : l’argent a-t-il servi au travail parlementaire ou au fonctionnement d’une organisation politique ?

La prochaine étape : les audiences en appel

La cour d’appel de Paris doit entendre François Bayrou et douze autres prévenus à partir du mercredi 9 septembre 2026. Les débats devraient porter à la fois sur la réalité des emplois exercés et sur le degré d’implication de chaque personne poursuivie.

Le point à surveiller sera la manière dont la cour appréciera la preuve visant l’ancien dirigeant centriste. Le premier jugement avait reconnu des détournements concernant le dispositif, tout en estimant que la participation personnelle de François Bayrou n’était pas démontrée avec suffisamment de certitude.

La décision d’appel permettra de savoir si cette analyse est confirmée ou si les magistrats retiennent une responsabilité pénale plus large. Elle donnera aussi une réponse judiciaire définitive, sauf nouveau recours, sur le rôle de l’ancien Premier ministre dans cette affaire.

La décision du parquet de Paris faisant appel de la relaxe constitue le point de départ officiel de cette nouvelle phase judiciaire.

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