En Gironde, la solidarité soutient les évacués mais le coût des incendies sur l’économie et les forêts reste à chiffrer
Les incendies en Gironde ont détruit des milliers d’hectares et paralysé des activités touristiques, industrielles et agricoles. Sur le terrain, la solidarité aide les secours, mais la reconstruction reste un chantier immense.

Quand une forêt brûle, qui paie l’addition ?
Quand le feu approche des maisons, la première urgence est humaine. Mais très vite, une autre question s’impose : qui garde le territoire debout pendant la crise, et qui devra reconstruire ensuite ?
En Gironde, les incendies de l’été 2022 ont montré qu’un feu de forêt ne détruit pas seulement des hectares. Il arrête des activités, vide des campings, bloque des sites industriels et met sous tension toute une économie locale. Dans ces territoires très boisés, la forêt n’est pas un décor. Elle protège, elle travaille, elle attire des touristes, elle fournit du bois. Quand elle brûle, tout l’équilibre vacille.
Un incendie hors norme dans un département déjà sous pression
Le massif des Landes de Gascogne a été frappé par deux grands départs de feu en juillet et en août 2022, à La Teste-de-Buch puis à Landiras, avant d’autres reprises plus tard dans l’été. Au total, plus de 30 000 hectares de forêt ont été détruits en Gironde selon les services de l’État, et les incendies ont aussi touché Saumos et Arès. La préfecture a ensuite recensé 12 552 hectares brûlés en juillet sur le secteur de Landiras, 6 743 hectares en août, puis 3 350 hectares à Saumos et 120 hectares à Arès.
La crise a entraîné des évacuations massives. Les services de l’État ont évoqué des dizaines de milliers de personnes mises à l’abri au plus fort des feux, avec des campings, villages vacances, quartiers résidentiels et zones forestières vidés en urgence. À l’échelle du département, les pompiers ont aussi dû défendre des habitations, des routes, mais aussi des installations économiques exposées à la fumée, à la chaleur et aux coupures d’accès.
Ce type d’incendie met en lumière une réalité simple : en été, la Gironde peut basculer très vite d’un territoire touristique et productif à une zone d’évacuation et de défense civile. La proximité entre forêts, zones habitées et activités économiques crée un risque de propagation rapide. C’est exactement ce que rappellent aujourd’hui les pouvoirs publics quand ils insistent sur la prévention des feux de forêt et sur le débroussaillement, qui reste une obligation dans les zones exposées.
La solidarité locale, première ligne de défense
Face au feu, les secours ne travaillent jamais seuls. Dans les bois, les agriculteurs ont aidé à acheminer de l’eau. Des entreprises du BTP ont prêté des engins. Et certains acteurs de la chaîne logistique ont servi de trait d’union entre les besoins du terrain et les ressources disponibles. Cette entraide ne remplace pas les moyens publics, mais elle les prolonge au plus près du front. Elle permet aussi de gagner du temps, ce qui compte énormément quand un foyer repart sous l’effet du vent ou d’une météo défavorable.
Cette logique de coopération illustre un point souvent oublié : en situation de crise, la capacité à mobiliser rapidement des équipements, du carburant, des camions, des citernes ou des points d’eau devient aussi importante que le nombre de pompiers. Les grands groupes, mieux structurés, peuvent activer leurs réseaux plus vite. Les petites entreprises, elles, subissent souvent davantage l’arrêt brutal de l’activité, sans disposer des mêmes marges de sécurité. Le choc n’est donc pas réparti de manière égale.
La même fracture apparaît chez les habitants. Ceux qui vivent dans des zones déjà débroussaillées ou mieux protégées ont davantage de chances de voir leur logement résister. À l’inverse, les maisons mal entretenues, les parcelles en lisière et les équipements isolés restent plus vulnérables. Les pouvoirs publics rappellent d’ailleurs qu’en cas de feu de forêt, 9 maisons sur 10 détruites ne sont pas, ou sont mal, débroussaillées.
L’impact économique reste flou, mais les dégâts s’additionnent
Mesurer le coût total d’un incendie de cette ampleur prend du temps. Il faut additionner les pertes directes, les jours d’arrêt, les bâtiments détruits, les équipements endommagés, les surcoûts de sécurité, les recettes touristiques perdues et les travaux de remise en état. Dans l’immédiat, plusieurs secteurs ont dû se protéger ou s’évacuer : défense, énergie, chimie, industrie forestière. Autrement dit, le feu n’a pas seulement brûlé des arbres. Il a interrompu des chaînes de production et fragilisé des sites sensibles.
Dans le tourisme, l’effet est immédiat. Quand des campings et des villages vacances ferment, la saison s’effondre en quelques heures. Dans l’agriculture, la priorité devient l’accès à l’eau, la protection des animaux et la circulation des engins de secours. Dans le bâtiment, les entreprises qui prêtent du matériel peuvent aider la crise, mais elles prennent aussi le risque de désorganiser leurs propres chantiers. Le territoire paie donc deux fois : par les dommages et par l’arrêt d’activité.
La question de l’assurance s’ajoute à tout cela. En France, après un sinistre incendie, la déclaration doit être faite dans les cinq jours ouvrés. En cas de catastrophe naturelle reconnue, le délai change, mais le principe reste le même : les ménages comme les entreprises doivent agir vite pour espérer être indemnisés correctement. Pour des exploitants déjà fragiles, la trésorerie peut vite devenir le vrai sujet.
Replanter, oui. Mais pas n’importe comment
Une fois les flammes éteintes, une autre bataille commence : celle de la reconstruction forestière. Là encore, les intérêts divergent. Pour les propriétaires forestiers et la filière bois, l’enjeu est de remettre la forêt en production, de sécuriser les revenus et de retrouver une ressource exploitable. Pour les élus locaux, il faut en même temps relancer l’activité et éviter qu’un nouveau feu ne se propage avec la même vitesse.
Mais replanter à l’identique ne suffit plus. Les services de l’État comme l’ADEME rappellent que le réchauffement accentue sécheresses, canicules et incendies, et que l’adaptation des territoires devient indispensable. Le gouvernement a d’ailleurs lancé, après les incendies de 2022, une stratégie mêlant prévention, reboisement et renforcement des moyens de lutte. Cela signifie concrètement des forêts plus diverses, des peuplements moins vulnérables et une meilleure prise en compte des zones à risque.
Des organisations environnementales poussent dans le même sens, mais avec une critique nette : le reboisement ne doit pas devenir un simple retour aux plantations industrielles d’avant-crise. Le WWF rappelle qu’une forêt plus diversifiée résiste mieux aux sécheresses, aux tempêtes et aux incendies. Autrement dit, la réponse ne peut pas être seulement quantitative. Il faut aussi changer la manière de gérer la forêt. C’est un point de friction important avec une partie de la filière bois, qui cherche d’abord à sécuriser la production.
Ce qu’il faudra surveiller dans les prochains mois
La vraie question n’est plus seulement de savoir combien d’hectares ont brûlé. Il faut suivre trois chantiers concrets : la reconstruction des bâtiments et des sites touchés, la remise en état des zones forestières, et le niveau réel d’application des obligations de débroussaillement dans les communes exposées. Le gouvernement a renforcé ce volet en étendant les départements concernés et en lançant de nouvelles campagnes d’information. Reste à voir si ces mesures changeront vraiment les pratiques sur le terrain.
En Gironde, le feu a aussi laissé une leçon politique très claire : face aux incendies, l’État, les collectivités, les secours, les entreprises et les habitants dépendent les uns des autres. La solidarité aide à tenir pendant la crise. Mais seule une meilleure préparation peut réduire le coût humain, économique et forestier du prochain été.



