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ÉCONOMIE & SOCIéTé Prévention sanitaire, lignes de fracture

Face au sida, Michèle Barzach a fait de la prévention un choix politique qui a bousculé les interdits sanitaires

Ministre de la Santé de 1986 à 1988, Michèle Barzach a défendu la publicité pour les préservatifs et l’accès aux seringues face au sida. Son parcours, de la politique à l’Unicef, mêle décisions sanitaires marquantes et controverses.

Boîtes de seringues médicales scellées sur un comptoir de pharmacie, avec des tiroirs de rangement visibles en arrière-plan.
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En bref

Ministre de la Santé sous Jacques Chirac entre 1986 et 1988, Michèle Barzach a soutenu des mesures de prévention du sida, notamment la publicité pour les préservatifs et l’assouplissement de l’accès aux seringues. Son action a contribué à faire évoluer les politiques sanitaires, tandis que son parcours ultérieur a aussi été marqué par des controverses.

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Protéger la santé, est-ce aussi lever les interdits qui empêchent de parler de sexualité ou de consommation de drogues ? Le parcours de Michèle Barzach, morte à 83 ans, raconte cette confrontation entre prévention, convictions politiques et protection des personnes vulnérables.

Une médecin de droite face à l’urgence du sida

Michèle Barzach est morte à Paris le lundi 26 octobre 2026, en fin de matinée, des suites d’un AVC. Sa fille, Tatiana Renard-Barzach, a annoncé son décès. Ministre déléguée chargée de la Santé entre 1986 et 1988, elle avait ensuite présidé l’Unicef France, de 2012 à 2015.

Son passage au gouvernement correspond à la première cohabitation : François Mitterrand occupe l’Élysée, tandis que Jacques Chirac dirige un gouvernement de droite. Cette configuration oblige deux camps opposés à partager le pouvoir exécutif. Mais, face au sida, les divisions traversent aussi la majorité.

La gynécologue appartient au Rassemblement pour la République, le RPR, parti gaulliste fondé par Jacques Chirac. Elle défend pourtant une prévention qui heurte certains conservatismes. Contre le Front national notamment, elle soutient l’autorisation de la publicité pour les préservatifs, jusqu’alors interdite.

Les travaux parlementaires sur la publicité des préservatifs éclairent ce changement. Le Sénat constate alors que l’interdiction ne répond plus à l’extension du sida. Informer largement devient un instrument sanitaire, et non plus un sujet à maintenir hors de l’espace public.

Des décisions qui changent l’accès à la prévention

Une autre mesure marque son mandat : l’assouplissement de la vente des seringues en pharmacie. Le décret du 13 mai 1987 suspend certaines restrictions antérieures. Une réponse gouvernementale à l’Assemblée nationale précise que cette suspension intervient initialement pour un an, sans supprimer le cadre de distribution en pharmacie et dans les établissements spécialisés.

Le mécanisme relève de la réduction des risques : limiter les dommages sanitaires, même lorsque les pratiques concernées persistent. Pour les personnes qui s’injectent des drogues, l’accès au matériel constitue un enjeu immédiat. Pour les pharmaciens, la décision modifie les conditions de délivrance et leur rôle dans la prévention.

L’impact diffère donc selon les publics. Une campagne sur le préservatif vise une large population. L’accès aux seringues répond, lui, aux besoins d’un groupe particulièrement exposé. Les deux approches poursuivent néanmoins une même logique : rendre possible la protection, plutôt que compter uniquement sur les injonctions.

Cette orientation rencontre des résistances politiques. Une expertise de l’Inserm sur la réduction des risques replace le décret dans un contexte controversé. Derrière le débat réglementaire se trouve un choix concret : faire de l’accès au matériel un levier sanitaire, malgré l’interdit qui frappe la consommation.

De la consultation médicale aux ruptures politiques

Née à Casablanca le 11 juillet 1943, dans une famille juive d’Afrique du Nord, Michèle Barzach vient étudier la médecine à Paris. Au début des années 1970, elle tient une consultation dans un dispensaire d’Aubervilliers avec Joëlle Kauffmann. Elle ouvre également un cabinet de psychanalyse.

Son expérience professionnelle précède donc son ascension partisane. Au RPR, elle devient déléguée nationale aux affaires sociales avant son entrée au gouvernement. Après son mandat ministériel, elle remporte un siège de députée à Paris en 1988, puis exerce des responsabilités municipales auprès de Jacques Chirac.

Son parcours illustre aussi les fractures de la droite. Elle reproche à Charles Pasqua une « dérive droitière » et quitte le RPR en 1990 avec d’autres responsables. Sa proximité avec Jacques Chirac ne suffit pas à effacer ces désaccords internes.

En 1996, elle signe avec Simone Veil, notamment, un manifeste pour la parité politique. L’enjeu dépasse les trajectoires individuelles : il concerne l’accès des femmes aux candidatures et aux mandats, dans un univers où les partis contrôlent largement les investitures.

L’engagement humanitaire, sans effacer les controverses

Après la politique électorale, Michèle Barzach poursuit son engagement dans la santé internationale. Elle mène des missions pour Médecins du monde et préside, à partir de 1998, la Fondation GlaxoSmithKline, qui soutient l’accès aux soins des femmes et des enfants en Afrique subsaharienne.

Elle conseille également l’Organisation mondiale de la santé, la Banque mondiale et plusieurs gouvernements. Son action change ainsi d’échelle : des décisions nationales, elle passe à des missions auprès d’organisations internationales, d’acteurs humanitaires et d’entreprises.

À l’Unicef France, elle place la santé des mères aux côtés de celle des enfants. L’association confirme, lors de la transmission de sa présidence à Jean-Marie Dru en juin 2015, l’achèvement de son mandat de trois ans.

Ce parcours comporte toutefois des controverses majeures. En 2020, les enquêteurs l’entendent dans le cadre de l’affaire Gabriel Matzneff. Dans ses livres, l’écrivain s’était félicité qu’elle prescrive la pilule à des adolescentes avec lesquelles il avait des rapports sexuels. Cette audition ne constitue pas, en elle-même, une déclaration de culpabilité.

La même année, elle signe l’appel de Philippe Douste-Blazy pour élargir l’usage de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19. Les résultats scientifiques contredisent ensuite cette position. L’OMS déconseille ce traitement contre le Covid-19 : les essais ne montrent aucun bénéfice sur la mortalité et signalent des risques d’effets indésirables.

La prévention, prochain point d’attention

Le prochain rendez-vous public sera le 1er décembre, Journée mondiale de lutte contre le sida. Les messages de prévention et les annonces des pouvoirs publics permettront alors d’observer la place accordée à l’information et à l’accès aux moyens de protection, deux enjeux centraux du passage de Michèle Barzach au gouvernement.

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