Présidentielle 2027 : le débat sur la dette publique pourrait redessiner les alliances à gauche
Aux AMFIS, Matthieu Pigasse a affiché ses convergences économiques avec LFI et évoqué 2027. Ce rapprochement relance le débat sur la dette publique, la crédibilité du programme insoumis et les futures alliances de la gauche.

Lors d’un débat avec Manuel Bompard, Matthieu Pigasse a soutenu plusieurs positions de LFI sur la dette, le Smic et le refus de l’austérité. Il s’est aussi dit prêt à aider la gauche en 2027, sans préciser s’il envisage une candidature. Cette proximité intervient alors que la dette française atteint 115,6 % du PIB.
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Que se passe-t-il quand un banquier d’affaires millionnaire reçoit les applaudissements des militants de La France insoumise ? À Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme, Matthieu Pigasse a montré qu’une partie de la gauche radicale pouvait aussi chercher des relais au-delà de ses rangs.
Un dialogue très politique aux universités d’été de LFI
Samedi, lors des AMFIS 2026, l’université d’été de La France insoumise, Matthieu Pigasse a débattu avec Manuel Bompard, coordinateur national du mouvement. Le rendez-vous réunissait plusieurs milliers de militants près de Valence.
Le choix de cet invité n’était pas anodin. Matthieu Pigasse dirige le groupe Combat, qui rassemble notamment Radio Nova. Il est aussi connu pour ses activités dans la banque d’affaires et pour ses prises de position publiques à gauche.
Avec une pointe d’ironie, il a rappelé cette différence de milieu en lançant : « Je ne sais pas quelle est la fréquence de Nova ici. » La remarque a fait sourire la salle. Mais le débat a rapidement porté sur des sujets très politiques : la dette, le salaire minimum, les dépenses publiques et l’élection présidentielle de 2027.
Devant environ un millier de participants à la rencontre, Matthieu Pigasse a revendiqué de nombreuses convergences avec LFI. « Ce que vous dites à LFI, c’est possible, économiquement », a-t-il affirmé. Il a ensuite résumé son accord avec le mouvement en une formule : « Il y a pas mal de convergences. »
Manuel Bompard lui a répondu sur le ton de la plaisanterie : « Tu dis un certain nombre de convergences, mais c’est plus un nombre certain. » La salle a largement approuvé.
La dette au cœur de la discussion
Le principal point d’accord a concerné la dette publique. Depuis plusieurs semaines, Jean-Luc Mélenchon défend l’idée de remettre en cause une partie de la dette, avec une formule volontairement spectaculaire : « foutre au feu » une partie des sommes dues. Manuel Bompard a présenté cette expression comme une formule politique, destinée à poser le débat.
Matthieu Pigasse a, lui, contesté l’idée d’un « mur de la dette ». Selon lui, cette expression relève davantage de l’argument idéologique que d’une réalité financière immédiate. « La France emprunte chaque semaine sans aucun problème », a-t-il déclaré.
La situation est toutefois plus nuancée. D’après les dernières données de l’Insee sur la dette publique française en 2025, la dette au sens de Maastricht atteignait 3 460,5 milliards d’euros à la fin de l’année. Elle représentait 115,6 % du produit intérieur brut, contre 112,6 % en 2024.
La France ne se trouve donc pas dans une situation de faillite. Un État ne fonctionne pas comme un ménage ou une entreprise : il refinance régulièrement sa dette en émettant de nouveaux titres. En revanche, il doit convaincre les investisseurs de continuer à lui prêter de l’argent à des conditions acceptables.
C’est ce point qui inquiète les institutions financières. Dans son rapport sur la stabilité financière de juin 2026, la Banque de France estime qu’une trajectoire d’endettement soutenable reste indispensable pour préserver de bonnes conditions de financement.
Autrement dit, le débat ne porte pas seulement sur la possibilité technique d’emprunter. Il porte aussi sur le coût de ces emprunts. Quand les taux augmentent, la charge d’intérêts progresse. L’argent consacré au remboursement des intérêts ne peut alors pas être utilisé pour les services publics, les salaires, les retraites ou l’investissement.
Deux lectures opposées de la rigueur budgétaire
Matthieu Pigasse a également rejeté les politiques d’austérité défendues par une partie de la droite. Il a estimé qu’il n’existait « aucun risque de faillite en France ». Son raisonnement est le suivant : un pays disposant d’une économie importante, d’une fiscalité solide et d’un marché financier profond peut continuer à investir sans réduire brutalement ses dépenses.
Cette position bénéficie directement aux ménages modestes, aux salariés et aux secteurs dépendants de la dépense publique. Une hausse du salaire minimum, des services publics mieux financés ou des investissements supplémentaires pourraient soutenir leur pouvoir d’achat et leur activité.
Mais cette stratégie comporte aussi un autre versant. La Banque de France souligne que le niveau élevé de dette réduit la marge de manœuvre de l’État en cas de nouvelle crise. Une hausse rapide des taux ou une perte de confiance des investisseurs pourrait renchérir le financement de toute l’économie : banques, entreprises et ménages seraient concernés.
Le sujet oppose donc deux priorités. D’un côté, LFI et Matthieu Pigasse mettent en avant l’urgence sociale, le soutien à la demande et la nécessité de ne pas transformer la dette en prétexte à l’inaction. De l’autre, les institutions financières et les défenseurs de la discipline budgétaire insistent sur la crédibilité financière et sur la capacité à payer les intérêts dans la durée.
Ces deux approches ne produisent pas les mêmes effets selon les acteurs. Les grandes entreprises et les investisseurs disposent souvent de davantage de moyens pour absorber une hausse du coût du crédit. Les petites entreprises, les collectivités locales et les ménages déjà fragiles y sont plus exposés.
Un rapprochement qui dépasse la question économique
Le débat ne s’est pas limité aux finances publiques. Matthieu Pigasse a répété que la France traversait une période « prérévolutionnaire », une analyse régulièrement défendue par Jean-Luc Mélenchon et les cadres insoumis.
Cette convergence de diagnostic est importante pour LFI. Manuel Bompard l’a expliqué avant la rencontre : lorsqu’un banquier d’affaires défend une hausse du Smic ou critique les politiques d’austérité, ces propositions peuvent paraître plus crédibles à certains électeurs.
Pour le mouvement, cette présence permet donc de toucher un public différent de celui de ses meetings habituels. Elle donne aussi une caution économique à un programme souvent attaqué sur son financement.
Pour Matthieu Pigasse, l’intérêt est inverse. En dialoguant avec LFI, il affirme une identité de gauche tout en conservant une position extérieure aux appareils politiques. Cette liberté peut séduire des électeurs qui ne se reconnaissent plus dans les partis traditionnels.
Elle alimente cependant une question de fond : comment concilier son statut de banquier d’affaires et de propriétaire de médias avec les critiques portées par LFI contre les puissances financières et la concentration des médias ? Le débat n’a pas supprimé cette contradiction. Il l’a rendue plus visible.
Vers une candidature en 2027 ?
Matthieu Pigasse a lancé devant les militants : « On va gagner en 2027. » Il s’est également dit « prêt » si la gauche avait besoin de lui. Ces déclarations entretiennent l’hypothèse d’une candidature à l’élection présidentielle.
Le calendrier politique reste toutefois très ouvert. Jean-Luc Mélenchon est déjà présenté par LFI comme son candidat. Dans le même temps, d’autres forces de gauche cherchent à organiser une candidature commune ou une primaire. Les écologistes, les socialistes et plusieurs mouvements issus de la gauche critique ne partagent pas la stratégie d’isolement revendiquée par LFI.
La participation de Pigasse aux universités d’été insoumises ne vaut donc pas ralliement. Elle montre plutôt que des passerelles existent sur l’économie et sur le diagnostic de crise, sans effacer les désaccords sur la méthode, les alliances et le choix du candidat.
Les prochaines étapes à surveiller
Matthieu Pigasse doit poursuivre son tour des universités d’été de la gauche, notamment auprès du Parti socialiste. Ses prochaines interventions permettront de mesurer s’il cherche à construire un espace commun ou simplement à faire entendre sa propre ligne.
Il faudra aussi suivre les débats budgétaires. Avec une dette publique à 115,6 % du PIB en 2025, la question du financement des promesses sociales restera centrale. L’enjeu sera de savoir quelles dépenses la gauche veut engager, quelles recettes elle prévoit et comment elle entend convaincre les créanciers de l’État.
Enfin, la présidentielle de 2027 se précisera progressivement. La question ne sera pas seulement de savoir si Matthieu Pigasse est « prêt ». Il faudra voir s’il peut transformer ses convergences avec LFI en proposition politique, et si cette proposition trouve une place dans une gauche déjà très fragmentée.



