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ÉLECTIONS

À Bourg-en-Bresse, les candidats à la présidentielle veulent convaincre des agriculteurs en quête de réponses concrètes

Au congrès des Jeunes agriculteurs, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et Marine Tondelier ont confronté leurs lignes sur normes, concurrence et transition écologique. L’absence de Marine Le Pen et Jordan Bardella a aussi pesé dans les échanges.

Un élu local de dos tient un dossier devant le congrès des Jeunes agriculteurs à Bourg-en-Bresse.

Pourquoi les candidats viennent parler d’agriculture

Quand une filière dit qu’elle est sous pression, les responsables politiques accourent. C’est ce qui s’est joué à Bourg-en-Bresse, où plusieurs prétendants à l’élection présidentielle sont venus chercher l’écoute des Jeunes agriculteurs. Le terrain est sensible. Il touche au revenu, à l’installation, aux normes, aux pesticides, mais aussi à la place de la France dans la concurrence européenne.

Le sujet dépasse largement un simple rendez-vous de campagne. L’agriculture française traverse une période de réorganisation profonde. La loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture a été promulguée le 24 mars 2025, après un long parcours parlementaire marqué par la dissolution de juin 2024 puis par la reprise du texte au Sénat au début de 2025. Le texte vise notamment le renouvellement des générations, dans un secteur où une grande part des exploitants partira à la retraite d’ici 2030.

En parallèle, le cadre européen pèse lourd. La politique agricole commune reste financée par deux fonds, pour 387 milliards d’euros sur 2021-2027, et la Commission rappelle que son rôle est aussi d’assurer un revenu aux agriculteurs et de soutenir les territoires ruraux. Mais sa part dans le budget européen a reculé sur le temps long.

Ce que les candidats ont voulu dire aux agriculteurs

Le plus offensif a sans doute été Gabriel Attal. Le secrétaire général de Renaissance a déploré l’absence de Marine Le Pen et Jordan Bardella, tout en reprochant aussi à Jean-Luc Mélenchon de ne pas s’être déplacé. Il a surtout cherché à montrer qu’il voulait tenir une ligne autonome à droite du centre et du gouvernement, avec une idée simple : éviter l’éparpillement du bloc central pour 2027.

Selon les éléments rapportés sur place, il entend pousser, via Franck Riester, l’idée d’une primaire début 2027 si aucun candidat ne se détache à l’automne dans les sondages. L’objectif est clair : trancher entre plusieurs profils du centre et du camp présidentiel avant que la campagne ne se referme sur des candidatures concurrentes. Les candidats qui bénéficieraient d’un tel mécanisme sont ceux capables de rallier l’ensemble du bloc central. Ceux qui en pâtissent sont les outsiders, forcés de se soumettre à un arbitrage plus précoce.

Bruno Retailleau a, lui, défendu une autre ligne. Le patron des Républicains veut réduire les importations, produire davantage en France et durcir le discours sur les normes. Il a aussi demandé la suppression du principe de précaution dans la Constitution, afin de donner, selon sa lecture, plus de marge à l’innovation agricole. C’est une position qui parle aux exploitants lassés des contraintes administratives, mais qui inquiète les défenseurs de l’environnement et de la santé publique.

Marine Tondelier a pris le contrepied. Elle a dit qu’il n’y aurait pas de transition écologique sans les agriculteurs et les agricultrices, tout en reconnaissant que le modèle agricole est « clairement dans l’impasse ». Le message est politique autant que social : défendre les exploitants, oui, mais en changeant de cap sur les pratiques et les débouchés.

Raphaël Glucksmann, enfin, a fait entendre son scepticisme face aux mécanismes de primaire à répétition à gauche. Sa critique vise un problème bien connu : quand les règles sont floues, les réunions s’éternisent et la désignation tourne au bras de fer interne.

Normes, pesticides et concurrence : le vrai nœud du dossier

Derrière les formules de campagne, le débat porte sur des arbitrages très concrets. Pour une partie du monde agricole, la priorité est de desserrer les contraintes, de simplifier les règles et d’aligner la France sur ses voisins. Pour ses adversaires, il faut surtout éviter de faire passer la compétitivité avant la santé, l’eau, la biodiversité et la qualité alimentaire.

Le cas de l’acétamipride résume bien cette tension. En 2024, l’Autorité européenne de sécurité des aliments a publié une évaluation scientifique sur les propriétés toxicologiques et les résidus de cette substance. En 2025, la Commission européenne a encore ajusté certains plafonds de résidus dans les denrées. Autrement dit, le sujet reste vivant au niveau européen, mais il divise profondément en France entre protection sanitaire et besoin de solutions pour certaines cultures.

C’est précisément là que le discours de Bruno Retailleau trouve un écho. Il défend une France qui « assume sa capacité productive » et veut moins de surtranspositions, c’est-à-dire moins de règles françaises plus strictes que le minimum européen. Les grands bénéfices d’une telle ligne iraient aux exploitations déjà insérées dans les marchés et capables d’investir. Les petites structures, elles, pourraient y voir un allègement bienvenu, mais aussi un risque : si la course au volume s’accélère, les plus fragiles restent exposées aux prix bas et à la concentration des filières.

Gabriel Attal tente de se placer sur un autre registre. Il parle d’agriculteurs « démunis, livrés à eux-mêmes » face à la prédation et promet d’aller plus loin sur ces questions. Là encore, le gain politique est lisible : montrer que l’État protège. Mais la bataille se joue aussi au Sénat puis à l’Assemblée, où les textes sur l’agriculture peuvent être durcis, amendés ou ralentis.

Qui gagne, qui perd, et ce qu’il faut surveiller

Les bénéficiaires ne sont pas les mêmes selon la ligne retenue. Une politique de simplification et de souveraineté profite d’abord aux exploitations qui cherchent de la visibilité, aux filières exportatrices et aux élus qui veulent incarner la défense du monde agricole. Une ligne plus écologique protège davantage les riverains, la biodiversité et les consommateurs, mais elle impose souvent des changements plus lents, plus coûteux au départ et plus difficiles à absorber pour certaines productions.

Le vrai rapport de force se situe là : comment aider des agriculteurs pris entre des charges élevées, une volatilité des prix et une concurrence européenne intense, sans transformer chaque décision en guerre de tranchées idéologique ? La réponse, pour l’instant, reste éclatée. À droite, on réclame moins de normes. Au centre, on parle d’unité et de primaire. À gauche écologiste, on assume la transition. Et dans le monde agricole, beaucoup attendent surtout des décisions lisibles, applicables et financées.

La suite se jouera vite. Les prochaines semaines diront si la majorité de droite et du centre peut éviter la dispersion, si une primaire du bloc central prend corps, et si les débats parlementaires sur l’agriculture repartent vers plus de simplification ou vers plus d’encadrement. C’est à ce moment-là que les beaux discours de Bourg-en-Bresse devront se transformer en positions tenables.

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