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ÉLECTIONS La bataille du programme

Chez Reconquête, qui décidera du programme et du candidat si Sarah Knafo prend l’initiative face à Éric Zemmour ?

La plateforme lancée par Sarah Knafo pour préparer la présidentielle de 2027 ravive les tensions autour du leadership de Reconquête. Entre consultation citoyenne et stratégie personnelle, la question du contrôle du programme reste posée.

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En bref

Sarah Knafo a lancé une plateforme participative destinée à recueillir des idées pour le programme présidentiel de 2027. L’initiative, éditée en son nom, suscite des interrogations au sein de Reconquête sur le rôle d’Éric Zemmour et la place des responsables du programme. Pour les citoyens, contribuer ne garantit pas que leurs propositions seront retenues ni qu’elles deviendront des engagements

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Quand un parti demande aux citoyens de construire son programme, qui décide vraiment de la suite ? Chez Reconquête, la plateforme lancée par Sarah Knafo pose aussi une question de pouvoir : prépare-t-elle la candidature d’Éric Zemmour ou son propre avenir ?

Le parti d’extrême droite aborde la présidentielle de 2027 avec une tension visible. Son fondateur reste la figure autour de laquelle s’organise la préparation électorale. Mais sa compagne, devenue députée européenne, dispose désormais d’une tribune institutionnelle et d’un outil politique à son nom. Son mandat figure sur sa fiche officielle au Parlement européen.

Un programme participatif, mais sous quelle autorité ?

Sarah Knafo a lancé en avril 2026 « Le programme pour la France ». Le principe affiché : recueillir des problèmes concrets, des propositions et des votes pour nourrir un projet présidentiel. Les conditions générales de la plateforme pour la présidentielle de 2027 désignent explicitement Sarah Knafo comme éditrice. Elles rattachent aussi la consultation à cette échéance électorale.

Cette initiative inquiète Geoffrey Fournier, militant de la première heure et responsable du pôle Programme de Reconquête. Il affirme ne pas avoir reçu d’information préalable sur son lancement. Alors qu’il travaillait régulièrement avec Éric Zemmour, il décrit des réunions hebdomadaires devenues progressivement plus rares.

Sa critique porte sur la destination politique du dispositif. Il y voit moins un outil collectif qu’un instrument de promotion personnelle. Son interrogation reste centrale : quel candidat portera les propositions recueillies, et quelle place les instances du parti conserveront-elles ?

Le site apporte néanmoins une nuance importante. Sarah Knafo y revendique l’héritage de la campagne Zemmour de 2022. Elle présente la consultation comme le passage du diagnostic aux solutions, sans annoncer qu’elle remplacera le fondateur. La présentation de la consultation politique de Sarah Knafo personnalise donc fortement l’initiative, mais ne constitue pas une déclaration de candidature.

Le précédent de 2022 pèse sur les rapports de force

Cette discussion ne surgit pas dans un parti installé au sommet. Le 10 avril 2022, Éric Zemmour a obtenu 2 485 226 voix, soit 7,07 % des suffrages exprimés. Marine Le Pen atteignait 23,15 %. Les résultats officiels de la présidentielle de 2022 montrent l’écart entre les deux candidatures d’extrême droite. Deux mois plus tard, Reconquête n’obtenait aucun député aux législatives.

Ce précédent donne un enjeu concret au débat sur le leadership. Pour les cadres, préparer une nouvelle campagne suppose de transformer la notoriété en implantation et en voix. Pour les militants, il faut savoir derrière quelle personnalité investir du temps. Pour les électeurs, l’enjeu reste le contenu des propositions, au-delà du visage qui les présente.

Ancienne figure des gilets jaunes, Jacline Mouraud avait rejoint Reconquête en 2021 avant d’en devenir brièvement porte-parole. Elle porte aujourd’hui un jugement sévère sur cette expérience : « Je n’ai été qu’un alibi dans cette campagne. » Elle estime que sa présence servait surtout à afficher un lien avec les milieux populaires.

Elle décrit également Sarah Knafo comme « omniprésente, omnipotente » pendant la campagne. Ce témoignage exprime le ressentiment d’une ancienne participante. Il éclaire les critiques sur la concentration du pouvoir, sans suffire à établir, à lui seul, le fonctionnement de toute l’organisation.

Participer ne signifie pas décider

La consultation offre à Sarah Knafo un avantage politique identifiable : elle l’installe au centre de la production du programme. À l’inverse, les responsables déjà chargés de ce travail risquent de perdre de l’influence si les arbitrages se déplacent vers son équipe. C’est précisément le rapport de force que décrit Geoffrey Fournier.

Pour les contributeurs, le dispositif peut ouvrir une porte sans passer par une section militante. Mais cette ouverture ne donne pas automatiquement un pouvoir de décision. Les règles autorisent l’éditeur à synthétiser, regrouper ou adapter les contributions. Elles prévoient aussi leur modération avant publication.

La différence compte. Une proposition populaire sur le site ne devient pas nécessairement un engagement électoral. La plateforme annonce que l’équipe examinera et chiffrera les idées avec des spécialistes. L’expertise et la sélection restent donc entre les mains des organisateurs, même lorsque les citoyens fournissent la matière première.

Cette méthode ne place pas non plus tous les publics à égalité. Une consultation en ligne permet de contribuer à distance. Elle exige toutefois un accès numérique et l’aisance nécessaire pour formuler une proposition. Elle ne suffit donc pas, par sa seule existence, à démontrer que les participants représentent l’ensemble des électeurs.

Un outil de mobilisation autant qu’un recueil d’idées

Un autre enjeu apparaît dans la politique de confidentialité de la consultation. Le site prévoit notamment la collecte de coordonnées, de données géographiques et, dans un questionnaire facultatif, de préférences politiques. Sarah Knafo assume la responsabilité du traitement. L’adresse de contact utilise cependant le domaine de Reconquête : la personnalisation n’efface donc pas tout lien organisationnel.

Le document précise que l’envoi d’actualités nécessite un accord explicite. Il affirme aussi que les données ne font l’objet d’aucune transmission commerciale. Pour Sarah Knafo, l’intérêt potentiel dépasse néanmoins le programme : les personnes qui le souhaitent peuvent rester en contact avec elle. Pour les participants, contribuer à une idée et accepter des communications politiques restent deux choix distincts.

Deux lectures s’opposent ainsi. Les critiques internes voient une construction personnelle qui fragilise les circuits collectifs. Sarah Knafo présente, elle, une méthode pour élargir la fabrication du projet. La visibilité acquise ne prouve cependant ni une succession décidée ni une rupture avec Éric Zemmour.

À l’approche de 2027, les prochains arbitrages devront clarifier trois points : qui validera le programme, quelles contributions deviendront des engagements et qui les portera. La publication des propositions chiffrées et la désignation du candidat permettront de mesurer si cette plateforme sert une campagne commune ou consacre un nouveau centre de pouvoir.

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