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ÉLECTIONS

Comment les ingérences numériques sur X et TikTok peuvent peser sur une présidentielle et pousser l’État à durcir sa réponse

Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier demandent une réponse plus ferme face aux ingérences étrangères amplifiées par X et TikTok. Le débat relance la question du contrôle des plateformes pendant une campagne.

Vue par-dessus l’épaule d’un journaliste devant un écran d’ordinateur avec interface abstraite sur la désinformation.

Quand une campagne de désinformation vise un responsable politique, qui doit réagir ?

La question n’est plus théorique. Quand une opération étrangère se propage à grande vitesse sur un réseau social, elle peut salir une campagne, nourrir la défiance et brouiller le débat public en quelques heures.

C’est précisément le nœud du problème posé aujourd’hui par les plateformes. Les attaques informationnelles ne passent plus seulement par des faux sites ou des comptes isolés. Elles s’appuient aussi sur des services de diffusion massifs, capables de pousser un contenu vers des millions d’utilisateurs. En Europe, le cadre existe déjà : le règlement sur les services numériques, ou DSA, impose aux très grandes plateformes des obligations de transparence, d’évaluation des risques et de limitation des contenus illicites ou trompeurs.

En France, la menace des ingérences numériques étrangères est suivie par VIGINUM, le service rattaché au SGDSN chargé de détecter et de caractériser ces opérations. Le gouvernement a aussi adopté en 2026 une stratégie nationale qui met l’accent sur les manipulations de l’information d’origine étrangère et sur la coopération avec les autorités européennes. Le sujet n’est donc pas seulement politique. Il est aussi administratif, technique et juridique.

Ce que disent Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier

Mercredi 5 août, Raphaël Glucksmann a demandé sur RTL que les autorités françaises et européennes ne restent pas timides face aux ingérences étrangères. Selon lui, il faut aussi obliger les grandes plateformes américaines et chinoises, en particulier X et TikTok, à respecter les règles européennes, puis les sanctionner si elles ne le font pas.

Le député européen vise clairement un double front : la Russie, à l’origine de campagnes de déstabilisation, mais aussi les géants du numérique qui servent de caisse de résonance. Dans son raisonnement, les plateformes ne sont pas des spectateurs neutres. Elles font partie du problème dès lors que leurs algorithmes amplifient des contenus manipulatoires.

Marine Tondelier va plus loin. Dans un entretien publié mercredi, la patronne des Ecologistes estime « nécessaire » de menacer X d’une interdiction pendant les élections si la plateforme ne respecte pas le cadre légal européen. Elle plaide aussi pour appliquer cette sanction si des ingérences sont constatées en amont.

Son angle est différent, mais la cible est la même : l’algorithme de X. Pour elle, ce n’est pas une simple affaire de liberté d’expression. C’est un système de recommandation qui peut faire circuler la désinformation de manière continue, minute après minute, et peser davantage qu’un contenu publié ponctuellement. Elle distingue en revanche TikTok, qu’elle juge moins central dans le débat politico-médiatique, tout en soulignant son influence forte chez les jeunes et ses enjeux de données personnelles.

Pourquoi X et TikTok sont dans le viseur

Les deux plateformes ne sont pas visées par hasard. Le DSA leur impose des obligations renforcées parce qu’elles dépassent un seuil d’audience massif dans l’Union européenne. La Commission européenne rappelle que ces très grandes plateformes doivent identifier les risques systémiques, notamment pour les processus électoraux, et prendre des mesures pour les réduire. Elle précise aussi que ces règles doivent rester compatibles avec la liberté d’expression, ce qui fixe une limite politique importante aux appels à la fermeture pure et simple.

C’est là que le débat se tend. D’un côté, les partisans d’une ligne dure disent que l’arsenal actuel n’est pas assez dissuasif. Ils veulent frapper vite, fort, et si besoin suspendre l’accès à une plateforme pendant une période électorale. De l’autre, les défenseurs d’une réponse strictement proportionnée rappellent que le droit européen privilégie d’abord les obligations de transparence, les mesures correctrices et les sanctions financières. En clair : on régule les risques, on n’éteint pas l’outil du jour au lendemain.

Ce point change tout pour les acteurs concernés. Les partis et candidats veulent protéger la sincérité du vote. Les plateformes, elles, veulent éviter les sanctions, mais aussi préserver leur modèle économique fondé sur l’audience et la publicité. Les utilisateurs, enfin, cherchent un espace d’information ouvert, sans voir leur fil d’actualité devenir un terrain de manipulation. Et les petites formations politiques, souvent moins armées en communication, peuvent être plus vulnérables à une campagne de déstabilisation qu’un grand appareil partisan.

Les précédents récents montrent que le sujet n’est pas abstrait. La Commission européenne a déjà ouvert ou mené des procédures contre X et TikTok sur le terrain du DSA, notamment pour des manquements présumés liés à la transparence, à la modération ou à l’atténuation des risques électoraux. Autrement dit, Bruxelles ne parle plus seulement de principes. Elle teste désormais sa capacité à faire appliquer les règles.

Une controverse sur fond de rapports de force

La discussion dépasse le seul cas français. Elle oppose deux visions du pouvoir numérique. La première estime que les grandes plateformes doivent être traitées comme des infrastructures d’influence, avec des obligations fortes et des sanctions rapides. La seconde redoute qu’une interdiction, même temporaire, ne touche d’abord les citoyens ordinaires, les journalistes et les acteurs associatifs, tout en laissant les réseaux de désinformation se déplacer vers d’autres canaux plus opaques.

Dans ce cadre, la Russie reste un acteur identifié des campagnes de manipulation de l’information, mais elle n’est pas la seule puissance citée dans le débat. Raphaël Glucksmann évoque aussi le Parti communiste chinois, tandis que Marine Tondelier vise l’influence d’Elon Musk sur X. Le fond de leur message est identique : l’ingérence étrangère n’arrive pas seule. Elle se greffe sur des plateformes privées dont les règles de fonctionnement orientent la visibilité des contenus.

Le vrai enjeu, pour les semaines qui viennent, sera de savoir jusqu’où les autorités européennes et françaises sont prêtes à aller. Vont-elles se contenter d’exiger davantage de transparence et de modération ? Ou franchiront-elles un cap plus dur, avec des amendes, des injonctions renforcées, voire des mesures de suspension ciblées si la situation dégénère pendant la campagne ?

Ce qu’il faudra surveiller

La séquence ne fait que commencer. Il faudra suivre les réactions de la Commission européenne, les éventuelles prises de position des autorités françaises en charge du numérique et les prochaines décisions concernant X et TikTok sous l’angle du DSA. Il faudra aussi observer si d’autres responsables politiques reprennent l’idée d’une suspension temporaire des plateformes pendant une élection, ou s’ils préfèrent s’en tenir à la voie plus classique des sanctions et de la régulation.

Car derrière le cas Glucksmann-Tondelier, c’est une question beaucoup plus large qui se dessine : jusqu’où une démocratie peut-elle tolérer des plateformes qui structurent le débat public, sans les laisser devenir des accélérateurs d’ingérences ?

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