Le NPA-A renonce à sa propre candidature et choisit Mélenchon pour peser face au RN en 2027
Le NPA-l’Anticapitaliste a décidé de ne pas présenter de candidat en 2027 et de soutenir Jean-Luc Mélenchon. Le parti dit vouloir renforcer un front antifasciste face à l’extrême droite.

À gauche, la bataille présidentielle de 2027 ne se joue pas seulement entre candidats. Elle se joue aussi dans les arrière-boutiques militantes, là où l’on décide qui pèse, qui se retire et qui accepte de faire un pas de côté.
Un choix rare à l’extrême gauche
Le NPA-l’Anticapitaliste a tranché. Réuni en conférence nationale le 27 juin, le parti a annoncé le 29 juin qu’il ne présenterait pas de candidat à l’élection présidentielle de 2027 et qu’il soutiendrait Jean-Luc Mélenchon. Dans son texte, il dit vouloir œuvrer à la construction d’un « front antifasciste large » face à la progression de l’extrême droite. Le parti estime aussi qu’à ce stade, la candidature du chef de file de La France insoumise est « la mieux à même de rassembler les votes des classes populaires ».
Le signal est politique autant que tactique. À l’extrême gauche, l’habitude est plutôt à la concurrence des sigles, des courants et des candidatures. Ici, le NPA-A choisit l’effacement électoral. Il ne renonce pas à exister, mais il accepte de ne pas porter ses couleurs à l’élection la plus visible du quinquennat. En pratique, cela revient à miser sur la dynamique la plus puissante à gauche de la gauche, celle de Jean-Luc Mélenchon.
Ce ralliement s’inscrit dans une séquence déjà engagée. La France insoumise a officiellement proposé la candidature de Jean-Luc Mélenchon pour 2027 dès le 3 mai 2026, en ouvrant ensuite la collecte des parrainages d’élu·es. Le mouvement rappelle aussi que la règle reste implacable : il faut 500 parrainages pour être candidat, et seuls les élu·es peuvent les accorder. C’est donc une course politique, mais aussi une course administrative. Sans réseau local, pas de bulletin de vote.
Pourquoi ce ralliement compte
Le NPA-l’Anticapitaliste n’est pas le plus gros acteur du paysage, mais son geste a une portée symbolique. Née de la scission de 2022, cette branche rassemble notamment Philippe Poutou et Olivier Besancenot. Elle se présente comme plus réformiste que le NPA-Révolutionnaires. Depuis deux ans, cette différence de stratégie s’est traduite par des choix opposés : d’un côté, le soutien à des dynamiques d’union avec la gauche de rupture ; de l’autre, la volonté de garder une ligne révolutionnaire autonome.
Cette décision montre surtout une chose : pour une partie de l’extrême gauche, le risque principal n’est plus l’effacement par le centre gauche, mais la banalisation du Rassemblement national. Le NPA-A dit voir dans l’extrême droite le danger prioritaire. Il place donc l’unité antifasciste avant la pureté d’organisation. Ce choix bénéficie d’abord à La France insoumise, qui consolide son ancrage à gauche. Mais il sert aussi les militants du NPA-A, qui évitent une candidature sans perspective de victoire et tentent d’exister dans une campagne plus large.
Pour Mélenchon, l’appui d’un parti comme le NPA-A est utile à double titre. D’abord, il confirme son positionnement comme point de rassemblement de la gauche de rupture. Ensuite, il renforce une ligne qui cherche à parler aux classes populaires en contournant les appareils traditionnels. Le chef de file insoumis a déjà fait de cette stratégie le cœur de sa campagne. Son camp martèle qu’en 2027 il faut une candidature solide, capable d’affronter l’extrême droite dans un face-à-face assumé.
Mais ce pari a son revers. Plus Mélenchon se pose en pôle central, plus il oblige les autres forces de gauche à se situer par rapport à lui. Pour ses soutiens, c’est la condition d’une clarification utile. Pour ses adversaires, c’est une manière d’imposer sa tutelle sur une gauche déjà fragmentée.
Une gauche éclatée, des intérêts divergents
Le paysage reste morcelé. Le NPA-Révolutionnaires, l’autre branche issue de la scission, a déjà désigné Selma Labib comme candidate. Lutte ouvrière a de son côté acté une nouvelle candidature de Nathalie Arthaud. Révolution permanente avance aussi ses propres ambitions. Autrement dit, l’extrême gauche ne se fond pas dans un seul bloc. Elle conserve des lignes de fracture profondes sur la stratégie électorale, l’autonomie militante et le rapport à Mélenchon.
Ces divergences ne sont pas seulement idéologiques. Elles reflètent des rapports de force très concrets. Les petites organisations savent qu’une campagne présidentielle coûte cher en énergie, en temps et en signatures. Elles savent aussi que l’espace médiatique est limité. Miser sur une candidature autonome peut servir à maintenir une identité, mais cela peut aussi enfermer dans une visibilité marginale. À l’inverse, se ranger derrière un candidat plus puissant permet de peser davantage dans le débat, au prix d’une part d’indépendance.
Le choix du NPA-A bénéficie donc à plusieurs niveaux. Il renforce Mélenchon face à ses concurrents de gauche. Il donne au NPA-A un rôle de soutien actif plutôt que de figurant isolé. Et il place le débat sur le terrain antifasciste, un angle qui peut mobiliser au-delà des cercles militants. Mais il peut aussi agacer ceux qui craignent qu’une logique de rassemblement autour de Mélenchon ne réduise encore l’espace pour d’autres sensibilités de gauche.
À l’inverse, les formations qui maintiennent leurs propres candidatures défendront une autre idée du pluralisme. Elles diront qu’il faut porter une parole ouvrière, révolutionnaire et indépendante, sans se dissoudre dans un leader déjà très identifié. Leur intérêt est clair : conserver une existence politique distincte, même modeste, et éviter que la présidentielle ne se transforme en primaire informelle autour d’un seul nom.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La suite dépendra de deux choses. D’abord, la forme concrète du soutien du NPA-A : participation à la campagne, présence dans les meetings, relais militants ou simple appui politique. Ensuite, la capacité de Jean-Luc Mélenchon à transformer ces soutiens en dynamique durable, alors que la collecte des parrainages d’élu·es reste une étape incontournable.
Il faudra aussi observer la réaction des autres forces de gauche. Le Parti socialiste, les écologistes et les communistes n’ont pas les mêmes réflexes que le NPA-A. Certains cherchent encore une voie d’autonomie. D’autres refusent tout alignement trop précoce. Dans cette configuration, chaque ralliement compte. Il ne dit pas seulement qui soutient qui. Il dit aussi quelle gauche pense déjà à l’affrontement final et quelle gauche espère encore garder sa propre route.



