Marine Tondelier face au dilemme de 2027 : défendre l’union ou porter seule l’écologie à la présidentielle
Marine Tondelier mise sur une primaire de gauche pour préparer 2027, mais les divisions entre partis fragilisent ce scénario. Les écologistes se préparent déjà à une candidature autonome.

Marine Tondelier a été désignée par Les Écologistes pour défendre leur candidature dans une éventuelle primaire de gauche en vue de 2027. Le refus de plusieurs forces politiques et les hésitations du Parti socialiste fragilisent ce scénario, tandis que son parti prépare l’hypothèse d’une campagne autonome.
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Une candidate peut-elle se lancer quand le scrutin qui doit la désigner n’est pas encore certain ? C’est le pari risqué de Marine Tondelier, dont la stratégie pour 2027 dépend largement de l’union de la gauche.
Une candidature annoncée avant que les règles soient fixées
À l’automne 2025, Marine Tondelier prévient Mélanie Vogel, sénatrice écologiste et membre de son propre courant, qu’elle s’apprête à entrer dans la course présidentielle.
La réponse de sa camarade résume le problème : « Tu vas déclarer une candidature à rien, on ne sait même pas si la primaire va se faire. »
La formule pointe une contradiction centrale. Marine Tondelier veut être candidate à l’élection présidentielle de 2027. Mais elle inscrit cette candidature dans une primaire commune de la gauche et des écologistes. Or, à ce moment-là, ni les participants, ni les règles, ni même le principe d’un tel scrutin ne sont définitivement établis.
Le 22 octobre 2025, la secrétaire nationale des Écologistes officialise pourtant sa candidature. Elle ne présente pas cette décision comme une rupture avec l’union. Au contraire, elle défend l’idée d’un candidat commun, choisi par une primaire. Le scrutin interne aux Écologistes doit donc servir de première étape vers cette éventuelle compétition élargie.
Cette stratégie bénéficie d’abord à son parti. Elle donne aux écologistes une candidate identifiée et leur permet de peser dans les discussions avec le Parti socialiste, les mouvements issus du Nouveau Front populaire et les autres forces progressistes.
Elle comporte aussi un risque personnel. Si la primaire commune disparaît, Marine Tondelier doit choisir entre une candidature autonome et un retrait. Dans les deux cas, elle peut être accusée d’avoir utilisé l’union comme marchepied ou, à l’inverse, d’avoir renoncé trop tôt à défendre l’écologie politique.
Le pari de l’union face aux divisions de la gauche
Depuis 2024, Marine Tondelier défend régulièrement l’idée d’une candidature commune de la gauche. L’objectif est simple : éviter une nouvelle dispersion des voix au premier tour de la présidentielle.
Dans une élection à deux tours, plusieurs candidatures proches peuvent empêcher un camp d’accéder au second tour. Cette mécanique électorale est particulièrement sensible à gauche, où les partis restent nombreux et où les désaccords stratégiques sont profonds.
La primaire imaginée par Marine Tondelier doit répondre à ce problème. Elle permettrait aux électeurs de gauche et écologistes de départager plusieurs personnalités, puis de rassembler leurs organisations derrière une seule candidature.
Mais cette solution ne fait pas consensus. La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon ont refusé de s’inscrire dans ce cadre. Raphaël Glucksmann, de son côté, a également pris ses distances avec le projet de primaire unitaire. Le Parti socialiste reste traversé par plusieurs lignes, entre défense d’une candidature socialiste et soutien à une procédure commune.
La primaire présente donc un avantage pour les formations qui souhaitent éviter une candidature de La France insoumise. Elle peut en revanche apparaître comme un dispositif destiné à exclure Jean-Luc Mélenchon. Cette lecture nourrit les tensions avec l’aile gauche de la coalition.
Marine Tondelier, candidate du parti avant d’être candidate de la gauche
En décembre 2025, les adhérents des Écologistes désignent Marine Tondelier pour représenter leur formation dans la primaire de la gauche et des écologistes. Cette étape renforce sa position interne.
Elle réduit aussi la concurrence au sein du parti. D’autres personnalités écologistes pouvaient envisager une candidature, notamment Sandrine Rousseau. Le choix d’un seul nom doit éviter une compétition interne trop longue et donner davantage de poids à la direction du mouvement.
Pour autant, cette désignation ne vaut pas investiture présidentielle définitive. Elle signifie que Marine Tondelier est la candidate des Écologistes dans un processus plus large. Elle ne garantit ni la tenue de la primaire, ni sa victoire, ni le soutien de toutes les composantes de la gauche.
Cette nuance est importante pour les électeurs. Une candidature déclarée n’a pas encore la même portée qu’une candidature soutenue par une coalition complète. Elle ne permet pas non plus de connaître précisément le projet qui sera présenté au premier tour.
Pour les militants écologistes, le choix peut toutefois sembler cohérent. Marine Tondelier incarne une ligne qui cherche à combiner transition écologique, défense des services publics et opposition à l’extrême droite. Elle s’est aussi fait connaître par son ancrage à Hénin-Beaumont, face au Rassemblement national.
Une campagne suspendue à un calendrier politique
La primaire de la gauche et des écologistes a été annoncée pour le 11 octobre 2026. Cette échéance doit permettre de désigner un candidat commun avant l’entrée dans la dernière phase de la campagne présidentielle.
Encore faut-il que les principales forces concernées acceptent de jouer le jeu. Or, l’organisation dépend de discussions entre partis qui n’ont ni les mêmes priorités, ni les mêmes électorats, ni la même stratégie face à La France insoumise.
Le Parti socialiste occupe une position décisive. S’il participe pleinement à la primaire, il peut lui apporter un réseau d’élus, une implantation locale et une capacité de financement. S’il choisit une candidature séparée, le projet d’union perd une grande partie de sa portée.
Les écologistes ne disposent pas des mêmes ressources que les formations plus anciennes. Leur force repose davantage sur la mobilisation militante, la visibilité médiatique et la capacité à attirer des électeurs sensibles au climat. Une campagne autonome pourrait donc être coûteuse et difficile à installer dans les territoires.
À l’inverse, une primaire trop large peut rendre le message illisible. Les électeurs pourraient avoir du mal à distinguer les différences entre les candidats ou à comprendre les compromis conclus après le scrutin.
Une ambition fragilisée, mais pas abandonnée
Au fil de 2026, le projet de primaire s’enlise. Marine Tondelier continue de le défendre, tout en préparant l’hypothèse d’une candidature directe au premier tour. Ce double discours traduit moins un changement complet de stratégie qu’une volonté de ne pas rester dépendante d’un accord entre partenaires.
En juillet 2026, une enquête interne aux Écologistes a donné une indication importante : 65 % des suffrages exprimés se seraient prononcés en faveur d’une candidature autonome de Marine Tondelier si la primaire n’avait pas lieu.
Ce résultat peut être lu de deux façons. Pour la direction du parti, il constitue un mandat pour poursuivre la campagne malgré les blocages. Pour les partisans de l’union, il risque de confirmer la crainte d’une multiplication des candidatures à gauche.
Les rapports de force restent donc défavorables à une candidature qui voudrait être à la fois écologiste, unitaire et compétitive. Marine Tondelier doit convaincre les militants de son parti, les partenaires de gauche et les électeurs qui attendent une offre politique claire.
Les prochaines décisions seront déterminantes
La question principale est désormais celle du calendrier. La primaire annoncée le 11 octobre 2026 pourra-t-elle être maintenue avec un nombre suffisant de candidats et de partis participants ?
Il faudra également surveiller la position définitive du Parti socialiste, les choix de François Ruffin et de Clémentine Autain, ainsi que la stratégie de Raphaël Glucksmann et de Jean-Luc Mélenchon.
Pour Marine Tondelier, l’enjeu est double. Elle doit préserver l’objectif d’une candidature commune sans donner l’impression d’attendre indéfiniment un accord impossible. Son ambition présidentielle n’est donc pas abandonnée. Mais elle reste suspendue à une question qui ne dépend pas d’elle seule : la gauche acceptera-t-elle de se choisir un candidat avant de se présenter aux électeurs ?



