Présidentielle 2027 : dans le bloc central, les indécis retardent encore le choix entre Attal et Philippe
Entre Gabriel Attal et Édouard Philippe, plusieurs figures du bloc central temporisent encore. Leurs hésitations pèsent déjà sur les équilibres de la majorité et sur la future campagne de 2027.

Qui, dans le bloc central, acceptera de se ranger derrière un candidat avant l’heure ? Et qui préférera attendre, pour garder ses marges de manœuvre jusqu’en 2027 ?
Un bloc central encore en recherche de chef
La majorité présidentielle vit une séquence simple à lire, mais difficile à trancher. Entre Gabriel Attal, président de Renaissance, et Édouard Philippe, président d’Horizons, plusieurs figures refusent encore de se mettre au garde-à-vous. Yaël Braun-Pivet, Gérald Darmanin, Élisabeth Borne ou encore les centristes du MoDem observent, discutent et temporisent. Ce flottement dit beaucoup d’un camp qui n’a plus de patron naturel depuis longtemps, et qui cherche encore le meilleur véhicule pour 2027. La présidente de l’Assemblée nationale occupe toujours le perchoir, c’est-à-dire la présidence de l’Assemblée, quatrième fonction de l’État. Édouard Philippe dirige Horizons, tandis que Gabriel Attal pilote Renaissance.
Ce moment n’est pas seulement une affaire d’ego. Dans un système où le premier tour de la présidentielle sert souvent de primaire officieuse, chaque ralliement compte pour exister, lever des fonds, organiser des réseaux et peser sur la future majorité. Mais s’aligner trop tôt peut aussi fermer des portes. C’est tout l’enjeu de ces indécis du centre : garder leur liberté, sans se marginaliser.
Ce que disent les faits derrière les signaux politiques
Le 29 juin, Maud Bregeon a officialisé son soutien à Édouard Philippe. La porte-parole du gouvernement, membre de Renaissance, a aussitôt relancé les spéculations sur d’autres possibles ralliements. Dans l’entourage de Gabriel Attal, on minimise pourtant ce signal. En clair : le camp Attal veut montrer qu’un soutien individuel ne vaut pas basculement d’ensemble. Il parie sur une logique plus large, celle d’une dynamique de terrain et de vote populaire, plutôt que sur l’addition de noms connus.
Gérald Darmanin reste, lui, dans une position plus ambiguë. Ministre de la Justice en 2026, il n’a pas fermé la porte à un rôle dans la séquence présidentielle. Mais il ne s’est pas déclaré candidat. Son intérêt stratégique est clair : conserver sa capacité de nuisance ou de rassemblement, tout en restant au cœur des sujets régaliens. Son poids est réel, car il incarne une droite de gouvernement passée par les cabinets de l’exécutif macroniste, avec une sensibilité populaire que le maire du Havre cherche souvent à capter.
Élisabeth Borne a, de son côté, déjà commencé à prendre ses distances avec Gabriel Attal. Elle a réuni ses soutiens au sein de Bâtissons ensemble, un mouvement qui rassemble des élus et anciens ministres restés dans l’orbite présidentielle mais désireux d’exister par eux-mêmes. Elle a aussi dénoncé les “aventures personnelles” et les “jeux tactiques”. Derrière la formule, il y a une critique politique précise : elle refuse une présidentielle réduite à une compétition de personnes et plaide pour un discours de coalition, plus large que le seul noyau Renaissance.
Yaël Braun-Pivet, elle, temporise. Elle a rappelé qu’elle ne soutenait aucun candidat qui ferait passer son ambition avant tout. Cette prudence n’a rien d’anecdotique. À la tête de l’Assemblée nationale, elle occupe une fonction institutionnelle qui impose une forme de retenue. Mais cette réserve alimente aussi les paris : certains imaginent qu’elle pourrait, à terme, aller vers Édouard Philippe, voire rester disponible pour une autre configuration. À ce stade, elle garde surtout ses distances avec Gabriel Attal.
Pourquoi Édouard Philippe séduit certains, et pas les autres
Édouard Philippe dispose d’un avantage décisif : il incarne une alternative lisible. Ancien Premier ministre, maire du Havre, chef d’Horizons, il parle à une partie de la droite modérée et à des élus centristes fatigués des querelles internes. Son réseau attire des profils venus de la majorité comme de la droite traditionnelle. C’est aussi ce qui en fait un point de ralliement crédible pour ceux qui veulent une offre plus large que Renaissance. Pour ces élus, soutenir Philippe peut permettre de parier sur une candidature jugée plus stable, plus sérieuse, et moins exposée aux turbulences du moment.
Mais ce choix a une contrepartie. Philippe reste aujourd’hui plus fort dans l’espace de la droite de gouvernement que dans celui du centre strict. C’est pourquoi plusieurs soutiens d’Élisabeth Borne estiment que le temps n’est pas encore venu de le rejoindre. Ils veulent une candidature de rassemblement, de la gauche réformiste à la droite modérée. Ce positionnement vise surtout un électorat urbain, diplômé et institutionnellement rassuré, mais il suppose de ne pas se laisser aspirer trop vite vers une droite trop marquée. Les arbitrages sont donc autant idéologiques qu’arithmétiques.
Le MoDem, lui, joue une partition différente. François Bayrou affirme qu’il ne sera pas candidat en 2027, mais le parti ne tranche pas encore entre Attal et Philippe. Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, a mis sur la table des propositions programmatiques : retraite par points, service civique ou militaire obligatoire, et éventuel blocage des réseaux sociaux s’ils ne respectent pas les règles. Il a aussi évoqué l’idée de soumettre certaines de ces options au référendum dans les cent premiers jours du prochain quinquennat. Le message est clair : le MoDem veut peser sur le contenu, pas seulement sur le casting.
Pour les uns, ce type de proposition offre un cap et rassure un électorat attaché à l’ordre institutionnel. Pour les autres, il ressemble à une manière de remettre à plus tard les vrais arbitrages présidentiels. Le député Richard Ramos, lui, pousse ouvertement la piste Barrot. C’est aussi un signal politique : une partie du centre refuse de devenir simple réserve de voix pour Attal ou Philippe. Elle veut encore croire à un candidat maison.
Le vrai sujet : qui contrôle la suite, et pour faire quoi ?
Derrière ces hésitations, il y a un enjeu concret de pouvoir. Celui qui rallie le plus d’élus avant le début réel de la campagne capte les réseaux locaux, les relais parlementaires et une partie de la légitimité programmatique. Mais les élus du bloc central ne cherchent pas seulement un drapeau. Ils cherchent surtout à préserver leur place dans la prochaine majorité, quelle qu’elle soit. C’est pour cela que les soutiens se distribuent avec prudence. Personne ne veut miser sur un cheval trop tôt, au risque de se retrouver hors jeu si le rapport de forces change.
Les plus favorisés dans ce jeu sont les candidats capables d’agréger sans exclure. Ceux qui perdent, à l’inverse, sont les profils trop clivants ou trop pressés. Gabriel Attal doit montrer qu’il n’est pas seulement le choix de la continuité de Renaissance. Édouard Philippe doit prouver qu’il peut rester un candidat de rassemblement, et pas seulement un chef de file de la droite de gouvernement. Gérald Darmanin et Élisabeth Borne, eux, disposent d’un atout rare : le temps. Mais plus ils attendent, plus ils devront justifier leur silence.
Ce qu’il faut surveiller
La suite se jouera dans les semaines et les mois qui viennent, à mesure que les soutiens se préciseront et que les mouvements internes s’accéléreront. Le MoDem doit encore dire s’il choisit une ligne programmatique commune ou un appui plus net à l’un des deux favoris. Chez Renaissance, les arbitrages autour de Gabriel Attal resteront scrutés. Et chez Horizons, chaque prise de parole d’Édouard Philippe servira de test grandeur nature. Avant 2027, le vrai vote se joue déjà dans les réseaux du centre.



