Présidentielle 2027 : le RN part seul devant, mais la division du bloc central peut encore rebattre l’accès au second tour
Le RN reste largement en tête, mais la lutte pour la deuxième place s’annonce très serrée. Entre Édouard Philippe, Gabriel Attal, Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann, quelques points peuvent tout changer.

Une présidentielle déjà polarisée autour d’un duel… qui n’existe pas encore
À un an du vote, la vraie question n’est plus seulement de savoir qui arrivera en tête. C’est de savoir qui pourra encore prétendre accrocher le second tour. Les derniers sondages confirment une chose simple : le Rassemblement national caracole devant, mais derrière lui, tout reste très serré.
Ce flou n’est pas un détail de campagne. Il dit quelque chose du rapport de force politique du moment. La présidentielle de 2027 se prépare dans un climat de défiance durable. Le CEVIPOF relève, dans son baromètre 2026, une confiance très basse dans les institutions nationales, tandis que l’Ifop mesure en mai 2026 une forte insatisfaction vis-à-vis d’Emmanuel Macron. Autrement dit, les candidats ne partent pas d’une page blanche. Ils partent d’un terrain déjà miné.
Le RN solidement installé, le reste du tableau reste mouvant
Sur le fond, le constat est net : Jordan Bardella ou le tandem RN reste largement en tête du premier tour, autour de 32 % dans le sondage publié par RTL et M6 fin mai, et à des niveaux encore plus hauts dans le premier test diffusé en mars. Dans tous les scénarios, le RN garde une avance confortable. Ce n’est donc pas lui qui ouvre le suspense. C’est la bataille pour la deuxième place.
Cette bataille concerne d’abord le bloc central. Édouard Philippe apparaît aujourd’hui comme le mieux placé parmi ses figures possibles. Quand il est testé seul, il se situe entre 17 % et 19 % dans le sondage de fin mai, et à 18 % dans celui de mars. Gabriel Attal fait moins bien : 13 % au printemps, puis 9 % lorsqu’il est comparé directement à Philippe. Le message est clair : la marque « bloc central » ne suffit plus. Le nom du candidat compte presque autant que la famille politique.
À gauche, Jean-Luc Mélenchon reste le premier pôle identifié. Fin mai, il est mesuré entre 14 % et 15 % quand le jeu oppose plusieurs candidatures du centre. Dans le sondage de mars, il tourne autour de 11 %. Son sujet, désormais, n’est plus seulement d’exister. C’est d’éviter que la dispersion du camp central ne lui offre une place de finaliste par défaut.
Raphaël Glucksmann suit de près. Il est donné entre 10 % et 11 % fin mai, et à 14 % dans le sondage de mars lorsqu’Édouard Philippe est le candidat unique du bloc central. Là encore, l’écart est faible. Cela suffit à entretenir l’idée d’un espace politique à prendre à gauche du centre, mais pas à installer une certitude.
La vraie variable, c’est l’éparpillement
Bruno Retailleau essaie lui aussi de garder une porte ouverte. Il plafonne entre 8,5 % et 11 % dans le sondage de fin mai. En mars, il était à 7 % dans le scénario Philippe et à 10 % dans le scénario Attal. Là encore, les chiffres disent moins une percée qu’une présence. Le patron des Républicains peut espérer exister, mais pas encore dominer.
Le cœur du problème est là : les écarts sont trop faibles pour imposer un retrait naturel. Si un seul candidat s’impose au centre, il reste devant. Si le bloc central part divisé, il se fragilise immédiatement. Dans ce cas, Mélenchon peut se faufiler. Ce n’est pas un scénario théorique. C’est déjà ce que montrent les sondages.
Cette mécanique bénéficie aux mieux installés et pénalise tous les autres. Le RN profite d’un socle déjà très haut. Le centre, lui, se bat contre sa propre concurrence interne. À gauche, la compétition entre Mélenchon et Glucksmann peut ouvrir des marges, mais elle peut aussi bloquer toute remontée décisive. En clair : plus il y a de candidats crédibles, plus le second tour devient une affaire de détails.
Le second tour reste une autoroute pour le RN
Le point le plus brutal des enquêtes n’est pas le premier tour. C’est l’après. Dans toutes les hypothèses testées fin mai, le RN sort vainqueur au second tour, avec une marge nette face à Mélenchon, Attal ou Philippe. Bardella est même crédité de 68 % contre 32 % face au leader insoumis. Face à Édouard Philippe, il reste devant, mais avec un écart plus serré. Ce n’est donc pas seulement une question de qualification. C’est une question de capacité à battre le RN si un duel se confirme.
Cette donnée change la stratégie des camps. À gauche et au centre, il ne suffit plus de raisonner en addition de voix. Les reports ne sont jamais parfaits. Les abstentions, les votes blancs et les défections brouillent les calculs. C’est précisément ce que souligne Jean-Christophe Cambadélis dans l’article de départ : la qualification pourrait se jouer à un ou deux points, mais l’arithmétique des ralliements est toujours imparfaite. Le bénéfice espéré d’un retrait est réel, mais la perte en ligne l’est aussi.
Le contraste est donc net. Le RN peut compter sur une dynamique de tête. Ses adversaires, eux, doivent choisir entre l’union et l’addition des ego. Le bloc central a davantage à perdre s’il se divise. La gauche a davantage à gagner si elle se rassemble, mais elle peine à trancher sur le nom qui pourrait fédérer. Et les électeurs, eux, observent un paysage où plusieurs candidatures semblent encore possibles, sans qu’aucune ne s’impose franchement.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines
Les prochaines étapes seront décisives pour savoir si ce paysage se fige ou non. Jean-Luc Mélenchon compte sur son meeting de Saint-Denis du 7 juin. Raphaël Glucksmann doit encore clarifier sa trajectoire à la rentrée. Édouard Philippe et Gabriel Attal, eux, avancent chacun avec leur propre calendrier et leur propre camp. Tant que ces lignes ne se croisent pas, la présidentielle de 2027 restera une course ouverte pour la deuxième place, mais verrouillée par le RN en tête.



