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ÉLECTIONS

Présidentielle : la gauche peut-elle convaincre en plaçant le climat au centre des priorités des Français ?

Benoît Biteau appelle à une candidature unique de la gauche et veut faire du dérèglement climatique une priorité absolue. Eau, pesticides et incendies restent, selon lui, les vrais marqueurs du prochain débat présidentiel.

Des habitants discutent devant la mairie, dans une scène de vie locale claire et naturelle.

Comment parler d’avenir quand sécheresses, incendies et conflits sur l’eau pèsent déjà sur les campagnes ? C’est cette question, très concrète, que Benoît Biteau place au centre du débat à gauche : selon lui, la présidentielle ne peut pas se jouer sans faire du dérèglement climatique une priorité absolue.

Une présidentielle sous l’ombre du climat

Le député écologiste et social de Charente-Maritime défend une candidature unique de la gauche. Son idée est simple : si la gauche veut peser, elle doit parler d’abord de climat, pas seulement de pouvoir d’achat ou d’alliances d’appareil. Dans son approche, l’écologie n’est pas un thème parmi d’autres. C’est le cadre qui relie l’agriculture, l’eau, les forêts et la santé publique.

Ce discours arrive dans un paysage politique déjà tendu. À gauche, la question n’est pas seulement de savoir qui porte le drapeau. Elle est aussi de savoir quel programme peut rassembler sans diluer les ruptures promises. Chez Les Écologistes, les débats stratégiques restent vifs. Leur direction cherche encore une ligne pour la présidentielle, alors que les sensibilités internes divergent sur l’union, l’autonomie et le niveau d’exigence programmatique.

Face à lui, le camp gouvernemental revendique une autre logique. L’exécutif met en avant la simplification des contraintes, l’adaptation au changement climatique et la protection des exploitations. Le ministère de l’Intérieur et celui de la Transition écologique ont aussi renforcé, en 2025, une stratégie nationale contre les feux de forêt et de végétation. Là encore, le message est clair : il faut préparer le pays à des risques plus fréquents et plus intenses.

Eau, pesticides, incendies : les lignes de fracture

Le cœur du propos de Benoît Biteau tient en trois dossiers. D’abord l’eau. Il critique les mégabassines, ces grands stockages destinés à l’irrigation, et défend au contraire la restauration du « grand cycle de l’eau », c’est-à-dire le fonctionnement naturel de l’eau entre sols, nappes, cours d’eau et zones humides. Le ministère de la Transition écologique rappelle justement que les zones humides servent de tampon en période de sécheresse et participent à la protection de la ressource. INRAE souligne, de son côté, que le réchauffement augmente la demande d’eau en agriculture et que l’agriculture française, via l’irrigation surtout, représente environ 9 % des prélèvements d’eau mais 48 % de la consommation.

Ensuite viennent les pesticides. Le député vise la loi d’orientation agricole et les dérogations accordées à deux substances interdites en France. Le dossier reste politiquement explosif, car il oppose deux lectures du même problème. Pour les défenseurs du texte, il fallait répondre à l’urgence vécue par une partie du monde agricole et éviter d’ajouter des interdictions sans solution. La FNSEA a défendu, dans ses prises de position, le principe de « pas d’interdiction sans solution » et demandé des mesures de simplification et de stockage de l’eau. Pour les écologistes et une partie des députés, au contraire, ces dérogations entérinent une agriculture plus dépendante des intrants et plus vulnérable à long terme.

Enfin, il y a les incendies. Benoît Biteau refuse l’idée que les écologistes seraient hostiles au débroussaillement. Sur le fond, le débat porte moins sur le principe que sur les méthodes. L’État a renforcé ses moyens de lutte : plus de 119 000 hectares ont brûlé en France depuis le début de l’année 2026 selon le ministère de l’Intérieur, qui rappelle aussi la montée en puissance des colonnes de renfort et des moyens aériens. Mais la prévention passe aussi par l’aménagement du territoire, l’entretien des friches, la gestion des interfaces entre habitats, forêts et terres agricoles, et la réduction de l’exposition des habitants.

Qui gagne, qui perd avec ces choix ?

Sur l’eau, les grands gagnants d’un système fondé sur les bassines sont souvent les exploitations capables d’investir, de sécuriser de gros volumes et de rentabiliser l’irrigation. Les perdants potentiels sont les petits producteurs non raccordés, les riverains qui voient la ressource se concentrer, et les milieux humides qui perdent leur rôle d’éponge naturelle. Les partisans du stockage répondent qu’il faut sécuriser les récoltes face aux sécheresses, maintenir des productions et éviter des pertes économiques majeures. Les opposants rétorquent qu’un stockage massif peut figer un modèle agricole très consommateur d’eau.

Sur les pesticides, les intérêts sont tout aussi clairs. Les filières en difficulté cherchent des solutions rapides pour sauver des rendements et rester compétitives. Les apiculteurs, les associations de protection de la nature, une partie des scientifiques et des élus écologistes demandent l’inverse : des transitions plus rapides vers des pratiques moins dépendantes des produits phytopharmaceutiques. Le Parlement a d’ailleurs été le théâtre d’un affrontement frontal sur ce point, avec des critiques fortes sur le retour dérogatoire de substances jugées nocives pour la biodiversité et la santé.

Sur les incendies, la fracture ne se résume pas à « pour » ou « contre » le débroussaillement. Les communes rurales, les propriétaires forestiers, les agriculteurs et les services de secours ont besoin d’une gestion fine des paysages. Débroussailler peut protéger des maisons. Mais replanter, rouvrir des espaces, entretenir les bords de routes et soutenir l’éco-pastoralisme peuvent aussi réduire la charge combustible sur le long terme. La stratégie publique annoncée en juin 2025 insiste précisément sur une approche globale, coordonnée et territorialisée.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

La suite se jouera d’abord dans les arbitrages à gauche. Faut-il une candidature commune, et surtout autour de quel socle programmatique ? C’est la vraie question. Ensuite, le climat restera un test de cohérence pour toutes les familles politiques : soutien à l’irrigation ou restauration des milieux humides, encadrement des pesticides ou nouvelles dérogations, prévention des incendies par les secours ou par l’aménagement des territoires. À chaque fois, le même choix revient : traiter l’urgence à court terme, ou changer les règles du jeu pour les prochaines années.

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